La châtaigne est le goût de l'automne français et elle n'apparaît presque jamais dans un verre. C'est dommage, parce qu'elle apporte au vin chaud ce qui lui manque toujours : de la matière. Un vin chaud classique est aromatique mais liquide ; avec cinq centilitres de crème de châtaigne, il nappe légèrement, il tient en bouche, et on comprend d'un coup pourquoi on le boit en novembre plutôt qu'en juin.
Il y a une contrainte, et elle est absolue : le vin doit être souple. Le tanin et la châtaigne se battent. L'un est astringent et sèche la bouche, l'autre est farineuse et l'empâte ; ensemble, ils donnent une sensation poussiéreuse très désagréable, comme de la craie. Un Gamay, un Merlot souple, un rouge de période courte : oui. Un Cahors, un Madiran, un Pécharmant de garde : non, même si ce sont de meilleurs vins.
Le geste technique est ailleurs, et il est simple à rater. La crème de châtaigne ne se dissout pas dans du vin froid : elle tombe au fond en un bloc qui ne remontera plus, et vous aurez un vin chaud normal avec un dépôt. Il faut la délayer d'abord dans un fond de vin tiède, à feu doux, en remuant jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien au fond de la casserole. Une minute, et le reste suit tout seul.







