Grand verre rempli de glace pilée en dôme et de xérès ambré, demi-tranches d'orange plantées dans la glace et paille métallique, sur un comptoir de marbre veiné

Long drink · Oranges pressées doucement au shaker, secouage court, glace pilée fraîche

Sherry Cobbler

Le cocktail le plus bu d'Amérique au XIXᵉ siècle, et celui qui a rendu la paille indispensable. La glace pilée n'y est pas une décoration : c'est la recette.

  • Préparation : 5 min
  • Verre : Grand verre droit, rempli de glace pilée en dôme
  • Glace : Glace pilée, impérativement — c'est elle qui fait le cocktail
  • Oranges pressées doucement au shaker, secouage court, glace pilée fraîche
  • 1 grand verre
  • Facile
  • Toute l'année

Ingrédients

1 grand verre

Ustensiles

  • shaker
  • pilon à cocktail (ou le dos d'une cuiller — on presse, on n'écrase pas)
  • pilon à glace ou torchon et rouleau (des glaçons dans un torchon propre, quelques coups : c'est de la glace pilée)
  • paille (métal ou verre. Elle n'est pas facultative : ce cocktail est né avec elle)

La méthode

Un cocktail simple, avec un principe qu'il faut comprendre pour ne pas le rater.

La glace pilée, et pourquoi elle est la recette. Un xérès titre 15 à 18 degrés : c'est trop pour un long drink, et pas assez pour un verre court. La glace pilée résout exactement ce problème. Sa surface de contact énorme refroidit instantanément et dilue en continu pendant qu'on boit : le verre s'allonge tout seul, gorgée après gorgée. Avec des glaçons, il n'y a presque pas de dilution et le vin reste épais et sucré. C'est la différence entre un cobbler et un xérès sur glace.

Presser les oranges, pas les écraser. Deux demi-tranches au fond du shaker, deux ou trois pressions fermes du pilon, et on s'arrête. La peau libère alors ses huiles essentielles — c'est elles qu'on cherche. Insister, c'est écraser le blanc de la peau, qui est amer, et casser la pulpe, qui rendra le verre trouble.

Secouer court. Dix secondes avec des glaçons, pas plus. On ne cherche pas à diluer au shaker : la dilution viendra de la glace pilée dans le verre. Un secouage long donne un cobbler déjà fatigué avant d'être servi.

Filtrer sur de la glace pilée fraîche. Pas celle du shaker : elle est déjà à moitié fondue. Remplissez le verre, versez, puis rajoutez de la glace en dôme par-dessus — elle tasse en quelques secondes.

Le verre, enfin : les demi-tranches d'orange se plantent debout dans la glace, pas posées à plat. C'est la présentation d'origine, et elle a une raison : le nez plonge dedans à chaque gorgée.

Préparation pas à pas

  1. Piler la glace 2 min

    Des glaçons dans un torchon propre, quelques coups de rouleau. Gardez-en assez pour remplir le verre et faire un dôme.

  2. Presser les oranges 30 s

    Deux demi-tranches au fond du shaker, deux ou trois pressions fermes du pilon. On s'arrête là : le blanc écrasé est amer.

  3. Secouer court 10 s

    Ajoutez le xérès, le sirop et des glaçons. Dix secondes franches, pas plus.

  4. Remplir le verre 20 s

    Glace pilée FRAÎCHE jusqu'en haut, jamais celle du shaker.

  5. Filtrer et compléter 20 s

    Versez à travers la passoire, puis rajoutez de la glace pilée en dôme au-dessus du bord.

  6. Le verre 20 s

    Plantez les demi-tranches d'orange debout dans la glace, et la paille avec elles.

Le conseil du caviste

Quel xérès ? La question mérite d'être posée, parce que le mot recouvre des vins très différents.

Le fino et la manzanilla sont secs, pâles, vifs, avec une pointe saline ; ils donnent un cobbler tendu, presque marin, qu'il faut sucrer un peu plus. L'amontillado, oxydatif, apporte la noix et la pomme sèche : c'est le meilleur équilibre pour ce verre. L'oloroso, plus riche et plus rond, donne un cobbler d'automne — sucrez alors à peine. Évitez en revanche le Pedro Ximénez, qui est un vin de dessert quasi noir : il écraserait tout.

Je dois vous dire franchement où nous en sommes : notre rayon xérès est entièrement en rupture au moment où j'écris. Cette fiche n'a donc pas de bouteille à vous proposer, et je préfère le dire plutôt que de vous orienter vers autre chose qui ne conviendrait pas.

En attendant, la méthode marche telle quelle avec deux vins que nous avons : un vin doux naturel du Roussillon, ou un liquoreux du Sud-Ouest allongé — dans les deux cas, supprimez le sirop, ces vins en apportent déjà largement. Ce ne sera pas un Sherry Cobbler au sens strict, mais ce sera un très bon cobbler.

Un mot sur le degré, parce qu'il explique le succès de ce verre au XIXᵉ siècle et son retour aujourd'hui : dilué par la glace pilée, un Sherry Cobbler tourne autour de 10 degrés. C'est un cocktail qu'on peut boire en plein après-midi, ce qui est rare et ce qui redevient très demandé.

À table : redoutable sur des amandes salées, du jambon sec ou des olives. Le xérès et le salé sont l'un des accords les plus sûrs qui existent.

Dépannage

C'est épais et sucré, pas désaltérant

Des glaçons au lieu de la glace pilée. Sans la dilution continue de la glace pilée, le verre reste un xérès sucré — ce n'est plus un cobbler.

C'est amer

Les tranches d'orange ont été écrasées. Deux ou trois pressions fermes suffisent : on cherche l'huile de la peau, pas le blanc.

C'est trouble

Même cause — la pulpe a été cassée. Pressez doucement et filtrez à la passoire.

C'est dilué dès le début

Secouage trop long, ou glace du shaker réutilisée. Dix secondes au shaker, et de la glace pilée FRAÎCHE dans le verre.

C'est trop sec

Le sirop se règle selon le xérès : 2 cl avec un amontillado, jusqu'à 3 avec un fino, à peine 1 avec un oloroso.

Préparer à l'avance

Se fait au verre et se boit tout de suite : la glace pilée fond vite, et c'est voulu.

La bouteille de xérès, elle, demande de l'attention et c'est ce que les gens ignorent le plus souvent. Un fino ou une manzanilla sont des vins vivants : une fois ouverts, ils tiennent une semaine au réfrigérateur, pas davantage, et se servent frais. Un amontillado tient trois à quatre semaines, un oloroso deux mois — ce sont des vins oxydatifs, l'air leur fait beaucoup moins peur.

Dans tous les cas, bouchez et gardez au frais, debout.

Variantes

Cobbler au vin doux naturel

Un Rivesaltes ou un Maury à la place du xérès, sans sirop. Plus fruité, très beau en automne.

Cobbler au liquoreux

Un moelleux du Sud-Ouest, sans sirop et avec un trait de citron pour tendre l'ensemble.

Whisky Cobbler

La même méthode avec 6 cl de whisky et 2 cl de sirop. Plus fort — c'est un cocktail du soir, pas de l'après-midi.

Sans alcool

Un thé noir infusé à froid, un trait de sirop et les mêmes oranges pressées, sur glace pilée. Le tanin du thé remplace la structure du vin.

Questions fréquentes

Pourquoi de la glace pilée dans un Sherry Cobbler ?

Parce qu'elle est la recette, pas la décoration. Un xérès titre 15 à 18 degrés : la glace pilée refroidit et dilue en continu pendant qu'on boit, et c'est ce qui transforme un vin fortifié en boisson longue. Avec des glaçons, le verre reste épais et sucré.

Quel xérès choisir ?

L'amontillado donne le meilleur équilibre — noix et pomme sèche. Le fino et la manzanilla donnent un verre plus tendu et salin, à sucrer un peu plus. L'oloroso, plus riche, demande à peine de sirop. Évitez le Pedro Ximénez, trop dense.

Faut-il écraser les oranges ?

Non : deux ou trois pressions fermes, et on s'arrête. On cherche l'huile de la peau. Insister écrase le blanc, qui est amer, et casse la pulpe, qui rend le verre trouble.

Combien de degrés fait un Sherry Cobbler ?

Autour de 10 degrés une fois dilué par la glace pilée. C'est l'un des rares cocktails qu'on puisse boire en plein après-midi — ce qui explique son succès au XIXᵉ siècle et son retour aujourd'hui.

Combien de temps se garde une bouteille de xérès ouverte ?

Ça dépend du type. Un fino ou une manzanilla tiennent une semaine au réfrigérateur ; un amontillado trois à quatre semaines ; un oloroso deux mois. Les deux derniers sont des vins oxydatifs, l'air leur fait beaucoup moins peur.

Dans les années 1840, le Sherry Cobbler était le verre le plus commandé des États-Unis. Dickens l'a décrit, les Européens de passage en parlaient dans leurs lettres, et c'est lui qui a popularisé la paille — on ne pouvait pas boire autrement un verre rempli de glace pilée.

C'est aussi le premier cocktail rendu possible par un progrès technique : le commerce de la glace naturelle. Avant lui, personne ne servait un verre plein de glace pilée ; après lui, tout le monde.

Ce qui explique la seule règle de la recette : la glace pilée n'est pas un choix esthétique. Elle refroidit et dilue en continu, et c'est cette dilution progressive qui transforme un vin fortifié à 15 ou 18 degrés en une boisson longue et désaltérante. Avec des glaçons, le verre reste un verre de xérès sucré ; avec de la glace pilée, il devient un cobbler.

Le second point : les tranches d'orange se pressent doucement au shaker. On cherche l'huile de la peau, pas le jus.

À servir avec

Pas de bouteille attitrée pour cette recette : voici ce que le caviste a en cave dans le rayon moelleux & liquoreux.

Château Moulin Caresse Magie d'Automne MoelleuxChâteau Moulin Caresse Magie d'Automne Moelleux 9,90 €
Moulin Caresse Le SémillonMoulin Caresse Le Sémillon 7,90 €
Château de Thenon Côtes de Bergerac MoelleuxChâteau de Thenon Côtes de Bergerac Moelleux 6,90 €
Château du Rooy RosetteChâteau du Rooy Rosette 8,80 €

Voir tout le rayon moelleux & liquoreux →

Vous recevez ?

Combien de bouteilles prévoir ?

Dites le nombre de convives : l'assistant calcule les quantités à partir des doses de restaurant et propose des bouteilles de la cave, à panacher librement.

Calculer pour Sherry Cobbler
Retour