La Chartreuse verte titre 55 degrés. C'est énorme, et c'est ce qui fait que la plupart des gens ne l'ont goûtée qu'une fois, dans un petit verre, en grimaçant. À cette concentration, l'alcool prend toute la place et on ne perçoit presque rien des 130 plantes qui la composent.
Allongée, elle change complètement. Le tonic la ramène autour de 12 degrés — un verre de vin — et le nez s'ouvre : menthe, anis, hysope, verveine, une amertume végétale profonde. C'est la même liqueur, et ce n'est pas du tout la même boisson.
Pourquoi le tonic plutôt que l'eau gazeuse ? Parce que la quinine ajoute une amertume au lieu de diluer. Elle rencontre l'amère végétale de la Chartreuse et les deux se prolongent, exactement comme la quinine prolonge le genièvre d'un gin. À l'eau gazeuse, on obtient une Chartreuse mouillée ; au tonic, un cocktail.
Une seule précaution : ne dosez pas la Chartreuse comme un gin. Quatre centilitres, pas cinq. Elle est plus forte, plus sucrée et infiniment plus aromatique — elle n'a pas besoin de place, elle la prend.






