Le chocolat chaud de l'enfance est une poudre délayée dans du lait. Celui-ci est autre chose : du chocolat noir fondu, monté en émulsion, avec de la crème de marrons pour la matière et une pincée de fleur de sel pour tenir l'ensemble debout.
Le mot émulsion n'est pas une coquetterie. Un chocolat chaud raté est un chocolat où le beurre de cacao s'est séparé du liquide : il fait des grumeaux, il dépose, et une pellicule grasse se forme en surface dès qu'il tiédit. La bonne méthode consiste à verser le lait chaud sur le chocolat en trois fois, en fouettant à chaque ajout. Le premier tiers fait une pâte épaisse et brillante — c'est le signe que l'émulsion a pris — et les deux autres l'allongent sans la casser.
Le chocolat, lui, se hache au couteau. En pistoles ou en tablette cassée en gros morceaux, il fond inégalement : les petits fragments sont dissous quand les gros sont encore entiers, et on chauffe davantage pour rattraper, ce qui fait exactement partir l'émulsion.
La fleur de sel n'est pas un effet de mode non plus. Une pincée ne rend rien salé ; elle atténue l'amertume perçue du cacao et allonge la fin de bouche. Sans elle, la crème de marrons rend l'ensemble un peu plat.







