Avant que le vin chaud existe, il y avait l'hypocras. On le servait sur les tables de banquet du Moyen Âge, à la fin du repas, et il n'était pas chaud du tout : c'était un vin sucré et épicé qu'on infusait à froid puis qu'on filtrait dans une chausse de tissu — la « manche d'Hippocrate », d'où le nom.
Ce détail n'est pas un point d'histoire, c'est le point technique de la recette. L'infusion à froid ne prend que le parfum des épices, là où la chauffe prend aussi leur amertume. C'est pour ça qu'un hypocras a une finesse qu'aucun vin chaud n'atteint : on sent la cannelle, le poivre et le gingembre séparément, au lieu d'une masse épicée indistincte.
Le prix à payer, c'est le temps. Vingt-quatre heures, pas trois. En dessous, les épices n'ont rien donné et vous aurez du vin sucré ; au-dessus de quarante-huit heures, le poivre prend toute la place. C'est une recette qu'on lance la veille et qu'on oublie.
Deux façons de le servir. Frais à l'apéritif, dans un petit verre, où il tient très bien la comparaison avec un vin doux naturel. Ou tiédi à 50 °C en fin de repas, ce qui réveille les épices sans les cuire. Ce qu'on ne fait jamais, c'est le porter à 70 °C comme un vin chaud : on détruirait exactement ce qu'on a mis vingt-quatre heures à construire.







