Verre à pied épais rempli de café noir fumant sur une soucoupe avec un morceau de sucre, petit verre d'eau-de-vie ambrée et zeste d'orange à côté, comptoir en bois sombre

Digestif · Sucre d'abord, café laissé une minute, armagnac versé dedans en dernier

La Gloria : le café à l'armagnac

Le café arrosé des campagnes françaises, remis d'aplomb. Pas de crème, pas de chantilly : un café, une eau-de-vie, et un ordre de versement qui change tout.

  • Préparation : 3 min
  • Verre : Verre à pied épais ou grande tasse, ébouillanté avant
  • Sucre d'abord, café laissé une minute, armagnac versé dedans en dernier
  • 1 verre
  • Très facile
  • Hiver

Ingrédients

1 verre

Les bouteilles de la cave

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Ustensiles

  • verre à pied épais (ébouillanté trente secondes puis vidé ; à défaut une grande tasse)
  • petite cuiller
  • économe (pour le zeste d'orange)

La méthode

Trois gestes dans le bon ordre, et rien d'autre.

Ébouillanter le verre. Trente secondes d'eau très chaude, puis on vide. Un verre froid vole une dizaine de degrés au café en moins d'une minute, et une gloria tiède ne vaut rien.

Le sucre avant l'alcool. Ce n'est pas de la superstition : le saccharose se dissout beaucoup moins bien dans un mélange alcoolisé que dans de l'eau chaude pure. Mis en dernier, il reste en partie au fond du verre, et on boit un café amer surmontant une flaque sucrée. Sucre dans le café, on tourne, puis l'armagnac.

Le café chaud mais non bouillant. C'est la même règle que pour tous les verres chauds alcoolisés : au-delà de 80 °C environ, l'alcool s'évapore immédiatement — ça pique au nez — et il emporte avec lui les composés aromatiques de l'eau-de-vie, c'est-à-dire tout ce qu'on est venu chercher. Laissez le café une minute après l'extraction.

L'armagnac versé dans le café, pas l'inverse. En versant l'eau-de-vie dans le liquide chaud, elle se dilue progressivement et se réchauffe doucement. En versant le café brûlant sur l'eau-de-vie, on lui donne un choc thermique et une bonne partie du parfum part dans la vapeur.

Le zeste d'orange, enfin, n'est pas une fioriture : pressé au-dessus du verre, il projette des huiles qui font le lien entre l'amertume du café et le fruit sec de l'armagnac. C'est le détail qui fait passer le verre de correct à bon.

Préparation pas à pas

  1. Ébouillanter le verre 30 s

    Eau très chaude dans le verre à pied, trente secondes, puis videz.

  2. Le café et le sucre 1 min

    Versez le café chaud, ajoutez le morceau de sucre et tournez jusqu'à dissolution complète. Le sucre passe toujours avant l'alcool.

  3. Laisser une minute 1 min

    Le café doit être chaud, pas bouillant : au-delà de 80 °C l'alcool s'évapore et emporte le parfum de l'armagnac.

  4. Verser l'armagnac 20 s

    3 cl d'armagnac versés dans le café, jamais l'inverse. Un tour de cuiller.

  5. Le zeste 20 s

    Pressez un zeste d'orange au-dessus du verre pour projeter ses huiles, puis posez-le dedans.

Le conseil du caviste

C'est le meilleur moyen que je connaisse de faire découvrir l'armagnac. Beaucoup de gens n'en ont jamais bu, ou en gardent le souvenir d'un verre trop plein servi trop tard dans une soirée. Dans un café, l'eau-de-vie est portée, adoucie, et on perçoit ce qu'elle a de fruit sec, de pruneau et de bois sans être bousculé par l'alcool.

La gloria, l'irish coffee, le pousse-café : trois choses différentes. L'Irish Coffee est sucré, crémeux, et c'est presque un dessert. La gloria est sèche, noire, sans crème — c'est un café qu'on a arrosé. Et le pousse-café, lui, se boit à côté du café, dans un verre séparé. Le nom de « gloria » est celui des campagnes du centre et du sud de la France ; il vient probablement du « Gloria » de la messe, chanté juste avant l'élévation.

Quel armagnac : un 8 à 12 ans, sans hésiter. Le café est un liquide extrêmement aromatique et il couvre tout ce qui est subtil. Ce qu'on veut ici, c'est du fruit, du bois et de la rondeur, pas de la dentelle.

Une façon très gasconne de faire, si vous avez un bocal de pruneaux à l'armagnac en cours : versez une cuillerée du jus du bocal à la place du sucre, puis l'armagnac. Le pruneau confit et le café forment un accord remarquable, et vous n'avez plus besoin de sucrer.

À quel moment : après un repas long, pas après un déjeuner rapide — c'est un verre qui demande qu'on reste à table.

Dépannage

Ça pique au nez et on ne sent plus l'armagnac

Le café était bouillant. Au-delà de 80 °C l'alcool s'évapore et emporte les arômes : laissez le café une minute avant de verser.

Le sucre reste au fond

Il a été ajouté après l'alcool. Le sucre se dissout mal dans un mélange alcoolisé : sucre dans le café, on tourne, et l'armagnac ensuite.

C'est tiède à mi-verre

Le verre n'a pas été ébouillanté. Trente secondes d'eau chaude, c'est une dizaine de degrés gagnés.

L'alcool domine tout

Trop d'armagnac pour la quantité de café, ou un espresso trop court. Comptez 10 cl de café long pour 3 cl d'eau-de-vie.

C'est plat

Il manque le zeste d'orange. Pressé au-dessus du verre, il fait le lien entre l'amertume du café et le fruit sec de l'armagnac.

Préparer à l'avance

Se fait au verre, se boit dans les minutes qui suivent. Rien ici ne se prépare à l'avance.

La bouteille d'armagnac, elle, se garde des années ouverte, debout et à l'abri de la lumière — une eau-de-vie à 40 degrés ne craint rien. Elle évolue très lentement une fois entamée, et n'a pas besoin d'être bue vite.

Variantes

Au jus de pruneaux à l'armagnac

Une cuillerée du jus d'un bocal de pruneaux à l'armagnac à la place du sucre, puis l'armagnac. Le pruneau confit et le café forment un accord remarquable.

Au cognac

La même chose au cognac : plus floral, un peu plus fin, légèrement moins fruité. Les deux se défendent.

À l'eau-de-vie de poire

3 cl d'eau-de-vie de poire Williams dans le café. Beaucoup plus vif et parfumé — une gloria d'été, si l'expression a un sens.

Sans alcool

Un café long, un zeste d'orange pressé et un trait de sirop de pruneau. On garde l'amertume, le fruit sec et le parfum d'agrume.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une gloria ?

Un café noir sucré et arrosé d'eau-de-vie, sans crème — le café arrosé des campagnes françaises. Rien à voir avec un Irish Coffee, qui est sucré, crémeux et presque un dessert.

Faut-il verser l'armagnac dans le café ou l'inverse ?

L'armagnac dans le café. Il se dilue et se réchauffe progressivement ; versé sous un café brûlant, il subit un choc thermique et une partie de son parfum part dans la vapeur.

Pourquoi mettre le sucre avant l'alcool ?

Parce que le sucre se dissout beaucoup moins bien dans un liquide alcoolisé. Ajouté en dernier, il reste au fond du verre et vous buvez un café amer sur une flaque sucrée.

Le café doit-il être brûlant ?

Non. Au-delà de 80 °C environ, l'alcool s'évapore immédiatement et emporte les arômes de l'eau-de-vie. Laissez le café une minute après l'extraction.

Quel armagnac pour un café arrosé ?

Un 8 à 12 ans. Le café est très aromatique et couvre les nuances fines : ce qu'il faut ici, c'est du fruit sec, du bois et de la rondeur, pas un vieux millésime.

La gloria est le café arrosé tel qu'on le buvait dans les cafés de village et à la fin des repas de famille : un café noir, un morceau de sucre, et une rasade d'eau-de-vie. Ni crème, ni chantilly, ni liqueur sucrée — rien à voir avec un Irish Coffee.

C'est aussi la façon la plus sûre de faire goûter un armagnac à quelqu'un qui le trouve trop fort pur. Le café est amer et chaud ; l'armagnac est rond et fruité. Chacun tient l'autre.

La seule vraie technique est une question de température : on verse l'armagnac dans le café, jamais l'inverse, et jamais dans un café bouillant. Un café à peine sorti de la machine fait s'évaporer l'alcool et son parfum avec ; laissez-le une minute.

Et le sucre se met dans le café avant l'eau-de-vie : dans un liquide déjà alcoolisé, il se dissout mal et reste au fond.

Avant de partir

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