Les pruneaux à l'armagnac sont un monument du Sud-Ouest, et une recette qu'on croit connaître : des pruneaux, de l'armagnac, un bocal, on attend.
Sauf qu'un pruneau sec est une éponge. Plongé tel quel dans l'eau-de-vie, il en absorbe une quantité considérable pour se réhydrater : au bout de trois mois, les pruneaux sont gorgés d'alcool cru et il ne reste presque plus de liquide dans le bocal. Et l'armagnac, lui, n'a rien pris du pruneau.
La bonne méthode est celle des Gascons, et elle tient en une phrase : on gonfle d'abord les pruneaux au thé tiède, on les égoutte, et seulement ensuite on verse l'armagnac. Le pruneau, déjà plein d'eau, n'a plus de place pour pomper l'alcool. Il s'aromatise sans le boire, et le liquide reste.
Le second point : c'est un bocal qui donne deux produits. Les pruneaux, et l'armagnac qu'ils ont parfumé — lequel devient, au bout de six mois, une liqueur remarquable qu'on ne trouve nulle part.






