Canard sauvage col-vert rôti entier sur un plat à filet or, poitrine tranchée en aiguillettes rouge sombre, jus brun réduit et baies de genièvre

Plat

Canard sauvage rôti : c'est une viande MAIGRE, l'inverse exact du canard d'élevage

On applique au col-vert les repères du magret, et on obtient une viande dure et sèche. Un canard qui vole n'a pas de gras sous la peau : tout change.

  • Préparation : 20 min
  • Cuisson : 25 min
  • Repos : 20 min, plus long que la cuisson
  • Élevé
  • 4 personnes
  • Expert
  • Automne

Ingrédients

4 personnes

Ustensiles

  • thermomètre à sonde (sur une pièce aussi maigre, cinq degrés d'écart séparent le parfait du raté)
  • cocotte ou plat à rôtir en fonte (le fond doit saisir immédiatement)
  • ficelle de cuisine (pour maintenir les bardes en place)
  • plat chaud et papier aluminium (le repos dure 20 minutes : sans plat chaud, la viande refroidit)

L'astuce du chef

C'est une viande maigre, pas un magret. Le canard d'élevage porte sous la peau une couche de gras qui fond et arrose la chair. Le col-vert vole : sa poitrine est un muscle d'endurance, rouge sombre et pratiquement sans gras. Toutes les habitudes prises sur le magret sont ici des erreurs.

Barder, obligatoirement. Deux à trois bardes de lard gras ficelées sur la poitrine remplacent le gras que l'animal n'a pas. Sans elles, la chair supérieure sèche avant que le reste soit chaud.

52 à 54 °C à cœur, jamais plus. Au-delà de 58 °C, une poitrine de gibier d'eau devient dure et prend une amertume franche. C'est la température d'un bœuf saignant, et c'est volontaire.

Four très chaud, 220 °C, et court. Une pièce maigre ne supporte pas la cuisson lente : on veut colorer l'extérieur avant que l'intérieur ne monte. Comptez 18 à 22 minutes pour un col-vert de 900 g.

Le repos dure plus longtemps que la cuisson. Vingt minutes sous un aluminium lâche, sur un plat chaud. Sur une viande aussi dense et aussi peu grasse, c'est le repos qui fait la tendreté, pas la cuisson.

Les cuisses ne se servent pas avec la poitrine. Elles sont beaucoup plus coriaces et demandent une cuisson longue. On les détache et on les confit ou on les braise à part : c'est l'usage des chasseurs.

Faisandage très court : deux à trois jours au frais, plumé et vidé. Le gibier d'eau se dégrade beaucoup plus vite que le gibier à poil, et un col-vert trop faisandé devient immédiatement immangeable.

Préparation pas à pas

  1. Barder et ficeler 10 min

    Salez et poivrez l'intérieur, glissez-y quelques baies de genièvre écrasées. Posez 2 à 3 bardes de lard sur la poitrine et ficelez.

  2. Colorer 6 min

    Huile et beurre dans la cocotte, feu vif. Colorez les canards sur toutes les faces, en terminant sur le dos.

  3. Rôtir à 220 °C 20 min

    Enfournez à 220 °C pour 18 à 22 minutes. Sondez au plus épais de la poitrine et sortez à 52-54 °C.

  4. Reposer 20 minutes 20 min

    Retirez les bardes, posez les canards sur un plat chaud, couvrez d'aluminium sans serrer. Vingt minutes, c'est plus long que la cuisson et c'est normal.

  5. Le jus 10 min

    Déglacez la cocotte à l'échalote et au vin rouge, réduisez de moitié, ajoutez le fond et le reste de genièvre. Réduisez jusqu'à ce que le jus nappe.

  6. Trancher et servir 5 min

    Hors du feu, la gelée de groseille et le beurre froid. Levez les poitrières, tranchez-les en fines aiguillettes en biais, nappez de jus.

Le conseil du caviste

Le col-vert est le gibier à plume le plus puissant qui se serve rosé : chair dense, goût de sang franc, note sauvage nette. Il ne demande pas un vin souple, il en demande un qui ait de la structure et de la profondeur.

Le Château La Rose Piney, en Saint-Émilion, a la matière et le tanin fondu qu'il faut : le tanin trouve dans cette chair dense de quoi s'accrocher, ce qu'un plat plus léger ne lui donnerait pas.

Les Farcies du Pech, cuvée Élixir en Pécharmant, est l'accord du terroir : un vin sérieux, un peu épicé, qui répond à la genièvre du jus. C'est le choix que je ferais pour un vrai repas de chasse.

Pour une grande table, le Château La Truffe en Pomerol est la bouteille qui marque un repas, et il n'en reste que quelques-unes.

Servez à 17 °C, et ouvrez une heure avant : ces vins ont besoin d'air pour déployer leur volume.

Un seul interdit : ne servez pas un vin trop jeune. Ses tanins encore durs se heurteraient au goût de sang, et les deux en sortiraient métalliques.

Les bouteilles de la cave

La sélection du caviste pour cette recette — en stock.

Château La Rose Piney Saint-Émilion Grand Cru 2022Château La Rose Piney Saint-Émilion Grand Cru 2022 17,50 €
Château Les Farcies du Pech Elixir PécharmantChâteau Les Farcies du Pech Elixir Pécharmant 26,00 €
Château la Truffe PomerolChâteau la Truffe Pomerol 39,00 €
Livraison en Point de Retrait Mondial Relay dès 8,99 € Retrait gratuit à Sainte-Foy-la-Grande

Dépannage

La chair est dure et sèche

Trop cuite. Le col-vert est maigre : au-delà de 58 °C il durcit. On sonde et on sort à 52-54 °C, la température d'un bœuf saignant.

Elle a un goût amer prononcé

Même cause : le gibier à plume développe une amertume franche quand il passe le rosé. C'est irréversible.

Le dessus de la poitrine est desséché

Le canard n'a pas été bardé. Il n'a pas de gras à lui : les bardes de lard remplacent ce que l'animal n'a pas.

Le jus a coulé dans le plat au découpage

Repos trop court. Sur une viande aussi dense, vingt minutes ne sont pas une politesse : c'est le repos qui fait la tendreté.

Les cuisses sont immangeables

Elles ne se servent pas avec la poitrine. On les détache et on les braise ou on les confit à part : ce sont deux viandes différentes.

Le goût est fort, presque écœurant

L'oiseau a été faisandé trop longtemps. Le gibier d'eau ne supporte que 2 à 3 jours au frais, plumé et vidé.

Conservation & préparation anticipée

Un col-vert plumé et vidé se garde 2 à 3 jours au réfrigérateur, pas davantage. Le gibier d'eau se dégrade beaucoup plus vite que le gibier à poil : au-delà, le goût devient franchement écœurant. C'est l'inverse du chevreuil, qu'on laisse rassir.

Videz-le dès le retour de chasse, même si vous le plumez plus tard. Ce sont les viscères qui dégradent le reste.

Il se congèle très bien, vidé et plumé, jusqu'à 6 mois. C'est la solution normale d'un tableau de chasse : décongélation lente, 24 heures au réfrigérateur.

Cuit, il ne se réchauffe pas. Servi à 53 °C, il passerait au gris et à l'amer au premier réchauffage. Ce qui reste se mange froid, en fines tranches, avec une gelée de groseille : c'est excellent.

Les cuisses confites se gardent, elles, plusieurs semaines sous leur graisse. C'est l'usage traditionnel de la partie coriace de l'oiseau.

Variantes

Aux navets

Des navets glacés à part, ajoutés au dressage. Leur douceur légèrement amère répond bien au goût sauvage.

Sauce salmis

Les carcasses concassées et pressées pour extraire le jus, comme dans le salmis de palombe. La sauce devient beaucoup plus profonde.

Aux figues rôties

Le sucre des figues atténue le côté sauvage, ce qui rend le plat plus accessible à une table qui n'a pas l'habitude du gibier.

Sarcelle ou pilet

Même méthode, mêmes températures, mais réduisez le temps de four : la sarcelle est deux fois plus petite.

Questions fréquentes

Quelle différence entre canard sauvage et canard d'élevage ?

Le sauvage vole : sa poitrine est un muscle d'endurance, rouge sombre et pratiquement sans gras. Le canard d'élevage porte une épaisse couche de gras sous la peau, qui l'arrose à la cuisson.

À quelle température cuire un canard sauvage ?

52 à 54 °C à cœur, soit la température d'un bœuf saignant. Au-delà de 58 °C, la chair devient dure et amère.

Faut-il barder un canard sauvage ?

Oui, obligatoirement. Deux à trois bardes de lard gras remplacent le gras que l'animal n'a pas et empêchent la poitrine de sécher.

Combien de temps faisander un col-vert ?

2 à 3 jours au frais, plumé et vidé, pas davantage. Le gibier d'eau se dégrade beaucoup plus vite que le gibier à poil.

Que faire des cuisses ?

Elles ne se servent pas avec la poitrine : trop coriaces. On les détache et on les braise ou on les confit à part.

Quel vin servir avec un canard sauvage ?

Un rouge structuré mais aux tanins fondus, servi à 17 °C et ouvert une heure avant. Un vin trop jeune donnerait une sensation métallique face au goût de sang.

Le canard d'élevage est un animal engraissé qui ne vole pas : il porte sous la peau une épaisse couche de gras qui fond à la cuisson et arrose la chair de l'intérieur. C'est ce gras qui rend le magret indulgent. Le col-vert, lui, vole des centaines de kilomètres : sa poitrine est un muscle d'endurance, rouge sombre, dense et pratiquement sans gras. Le traiter comme un canard de ferme, c'est le condamner. Il faut le barder, le cuire très court à four très chaud, et le sortir à 52-54 °C, puis le laisser reposer plus longtemps qu'il n'a cuit.

Avant de partir

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