Tout le problème est l'eau. Un champignon est fait de 90 % d'eau. Le feuilletage, lui, monte parce que l'eau contenue dans ses couches de beurre se vaporise brutalement et écarte les feuillets. Si de l'eau arrive par-dessous, la pâte s'imbibe avant d'avoir levé : elle devient une pâte à pain compacte, dorée dessus et blanche dessous.
La duxelles s'assèche à la poêle large et à feu vif. Une poêle trop petite ou trop douce fait bouillir les champignons dans leur jus : ils restent pâles et humides. Large et chaude, la surface d'évaporation est grande et l'eau part. Le repère est simple : la masse doit se détacher en bloc et ne plus attacher.
Elle doit être FROIDE au montage. Même asséchée, une farce tiède fait fondre le beurre du feuilletage au contact. Le beurre fondu s'échappe des couches, et il n'y a plus de feuilletage du tout. C'est exactement la règle de la
tourte au poulet.
Le jambon est une seconde barrière. Il enveloppe la viande, retient le jus qu'elle relâche à la cuisson et le tient loin de la pâte. Il apporte aussi le sel et le fumé dont le filet mignon, très maigre, manque naturellement.
63 °C, pas 75 °C. Le filet mignon est un muscle maigre et peu sollicité : il n'a presque pas de collagène à fondre et se mange légèrement rosé. C'est l'inverse d'une
poitrine de porc, morceau gras et riche en tissu conjonctif, qui a besoin de 75 °C pour devenir fondante. La température se rattache au morceau, jamais à l'animal. Voir aussi notre
côte de porc, cuite elle aussi à 63 °C.
La double dorure, avec un passage au froid entre les deux. La première couche sèche et fixe, la seconde donne la brillance. Appliquées coup sur coup, elles coulent et forment des flaques.
La cheminée n'est pas décorative. La vapeur produite à l'intérieur doit sortir quelque part : sans issue, elle pousse la pâte et la fait éclater sur le côté.
La plaque préchauffée attaque le dessous dès l'enfournement, là où la pâte est le plus exposée à l'humidité. C'est un détail, mais il se voit à la découpe.
Dix minutes de repos. À la sortie du four, le jus est sous pression : tranché tout de suite, il inonde la planche et la pâte.