Le cobbler a dominé les bars américains du milieu du dix-neuvième siècle. Sa formule est élémentaire : un alcool ou un vin, du sucre, des fruits frais, et un plein verre de glace pilée. Rien d'autre, ni jus pressé ni liqueur.
Il a aussi une place particulière dans l'histoire du bar : c'est le premier verre à avoir été servi couramment avec une paille. Boire à travers un dôme de glace pilée sans paille est effectivement impraticable, et Charles Dickens, qui découvre le sherry cobbler lors de son voyage américain de 1842, en parle dans Martin Chuzzlewit avec un enthousiasme qui a fait beaucoup pour la réputation du verre en Europe.
Le point technique est le traitement du fruit. On ne le presse pas et on ne le pose pas sur le bord : on met les tranches dans le verre, dans la glace, où elles parfument lentement pendant qu'on boit. Une rondelle d'orange plantée dans la glace pilée travaille pendant vingt minutes ; pressée au shaker, elle a tout donné en trois secondes.
Un cobbler se boit lentement, et c'est le seul cocktail où la dilution est un plaisir plutôt qu'un risque.







