Le berthoud est la plus simple des recettes savoyardes : de l'abondance dans un petit plat, du vin blanc, de l'ail, et huit minutes de four très chaud. Simple ne veut pas dire sans mécanique, et le vin blanc n'est pas ici une affaire de parfum.
Un fromage à pâte pressée est une émulsion : des globules de matière grasse retenus dans un réseau de caséine. Chauffé seul, ce réseau se contracte, expulse le gras, et l'on obtient une masse caoutchouteuse dans une flaque d'huile. Tout le monde a vu ça au fond d'un plat à gratin.
L'acide tartrique du vin blanc empêche exactement cela. En abaissant le pH, il modifie la charge électrique des caséines, qui cessent de s'agglomérer entre elles et restent dispersées. Le fromage fond alors en une masse lisse et coulante au lieu de se séparer. C'est la raison chimique pour laquelle aucune fondue et aucun berthoud ne se fait sans vin blanc.
Le reste tient au four : très chaud et très court, huit à dix minutes à 220 °C. Il ne s'agit pas de cuire le fromage mais de le faire fondre et de le colorer en surface, avant que la chaleur ait le temps de casser l'émulsion malgré le vin.







