Le gâteau de Savoie est le plus léger des gâteaux français, et sa recette est une liste de choses qu'il n'a pas : pas de beurre, pas d'huile, pas de levure, presque pas de farine. Ces absences ne sont pas des économies, ce sont des nécessités.
Tout le volume vient des blancs montés en neige. Quand on les fouette, leurs protéines se déplient et forment un film continu autour de chaque bulle d'air. Ce film est fragile, et il a un ennemi précis : le gras. Une molécule de matière grasse s'intercale entre les protéines, rompt le film, et la bulle éclate. Quelques gouttes de jaune tombées dans les blancs, un bol mal essuyé, un fouet gras, et la neige ne monte pas ou retombe.
D'où l'absence totale de beurre, qui distingue ce gâteau de tous les autres. Et d'où la deuxième conséquence : on sépare les œufs avec un soin obsessionnel, dans un bol parfaitement sec, et l'on casse chaque blanc dans un ramequin avant de l'ajouter aux autres.
Le reste de la légèreté vient de la fécule, qui remplace la moitié de la farine. Sans gluten, elle n'oppose aucune résistance à la mousse et donne une mie qui s'effrite comme un nuage.







