L'amatriciana tient en quatre ingrédients : du guanciale, de la tomate, du pecorino et du poivre. La liste est si courte que chaque écart se voit, et le plus fréquent est le plus discret : le filet d'huile d'olive versé dans la poêle avant le guanciale.
Le guanciale est de la joue de porc salée et séchée, et c'est une pièce extraordinairement grasse : son gras représente les deux tiers du morceau. À la poêle, il en rend plus de la moitié de son poids, et ce gras est loin d'être neutre. Il porte les arômes de l'affinage, du poivre du salage, et une profondeur que ni la pancetta ni les lardons n'ont.
C'est ce gras rendu, et lui seul, qui va enrober les pâtes et lier la sauce. Il joue exactement le rôle du beurre dans une sauce française. Verser de l'huile d'olive au départ ne fait donc pas qu'ajouter de la matière grasse : cela dilue un gras aromatique dans un gras neutre, et l'on perd précisément ce qui distingue le plat.
La conséquence est aussi une méthode : on démarre le guanciale à froid, dans une poêle sèche, pour lui laisser le temps de fondre lentement. Jeté dans une poêle brûlante, il grille avant d'avoir rendu son gras.







