Le Liberty figure dans le Savoy Cocktail Book de 1930 avec une recette d'une nudité rare : deux parts d'applejack, une part de rhum blanc, un trait de sirop de sucre. Pas de citron, pas de vermouth, pas d'amer. Deux eaux-de-vie, un peu de sucre, et c'est tout.
Ce genre de recette ne pardonne rien. Sans acidité ni amertume pour habiller l'ensemble, le verre ne tient que par la qualité des deux alcools et par leur accord. La pomme du calvados, qui remplace l'applejack, apporte le fruit et le mordant ; le rhum blanc apporte la canne, le sucre et un côté végétal qui, avec un rhum agricole, se marie étonnamment bien avec la pomme. Le sirop arrondit l'attaque.
Le résultat est un verre court, sec, fort et aromatique, à boire très froid et lentement, plutôt après le dîner qu'avant. Il ressemble à un digestif composé, et c'est comme cela qu'il faut le servir.
Avec un rhum agricole des Antilles, le Liberty devient un pont entre la Normandie et la Martinique, et c'est une des associations les plus inattendues de ce blog.







