Le coing est le fruit d'or des Grecs, le fruit de Vénus, et le seul fruit de nos vergers qu'on ne peut pas manger cru : dur, astringent, cotonneux, il ne devient comestible qu'à la cuisson, où il révèle un parfum de rose, de miel et de pomme cuite et une couleur qui va de l'ambre au rouge selon le temps de cuisson. Sa richesse en pectine en fait la base de toutes les gelées, et le mot marmelade vient de lui. On le trouve d'octobre à novembre, et une gelée faite en octobre se mange jusqu'à l'automne suivant.
Les coings : 2 kg de coings mûrs, jaunes, très parfumés ; frottés sous l'eau avec un linge pour retirer le duvet gris, qui trouble la gelée ; coupés en quartiers puis en morceaux de 3 cm, avec la peau, le cœur et les pépins, en retirant seulement les parties abîmées ; un couteau lourd, le coing est dur. Dans une grande casserole, couverts d'eau à hauteur, 1,5 à 2 litres ; portés à ébullition, puis 45 minutes à 1 heure à frémissement, à couvert, jusqu'à ce que les morceaux soient très tendres et s'écrasent sous la cuillère ; on ne remue pas, on n'écrase pas.
L'égouttage : une étamine, un torchon fin ou un sac à gelée, tendu sur un grand saladier ou noué aux pieds d'un tabouret retourné ; les coings et leur eau versés dedans ; une nuit, 8 à 12 heures, à s'égoutter sans jamais presser, sans toucher. Le jus obtenu est ambré, clair, environ 1,2 à 1,5 litre ; la pulpe restante fait la pâte de coings. Le jus mesuré ; pour chaque litre de jus, 800 g à 1 kg de sucre cristal et le jus d'un demi-citron ; on pèse, on ne devine pas.
La cuisson : le jus et le citron dans la bassine, portés à ébullition ; le sucre versé, dissous en remuant à feu doux ; puis grand bouillon, sans remuer, 15 à 30 minutes, l'écume retirée deux ou trois fois ; la gelée rosit en cuisant, de l'ambre au rose puis au grenat clair ; le point de gel à 105 °C, ou la goutte sur l'assiette froide qui se ride, ou la nappe qui tombe de la cuillère en deux gouttes réunies, le test des grands-mères. Sitôt le point atteint, hors du feu, l'écume ôtée, en pots ébouillantés, à ras, fermés et retournés 5 minutes. La gelée prend en 24 heures, transparente, tremblante, et fonce encore un peu au fil des mois. Le service : sur du pain beurré au petit-déjeuner ; avec les fromages de brebis, manchego, ossau-iraty, et les bleus ; avec le gibier, le canard, le porc rôti ; fondue en glaçage sur une tarte aux pommes ; dans un yaourt. Les variantes : la gelée de coings à la vanille, une gousse fendue dans la cuisson du jus ; au romarin, une branche 5 minutes à la fin, pour le fromage ; pommes-coings, moitié-moitié, plus douce ; et la pâte de coings, faite le lendemain avec la pulpe égouttée passée au moulin et cuite avec son poids de sucre, le cotignac, pour ne rien perdre.
Les coings : bien jaunes, mûrs, parfumés, qui embaument la cuisine ; les verts ont plus de pectine mais moins de goût, on en met un ou deux dans le lot. Le sucre : du cristal blanc ordinaire, jamais de sucre gélifiant, le coing en a trois fois trop.







