La marmelade est écossaise avant d'être anglaise : la légende la fait naître à Dundee en 1797, chez Janet Keiller, avec une cargaison d'oranges de Séville trop amères pour être vendues ; le mot vient du portugais marmelada, la pâte de coings. Elle se fait avec les bigarades, les oranges amères d'Andalousie, qui ne se mangent pas crues et n'arrivent sur les étals que trois ou quatre semaines par an, en janvier, et c'est ce qui en fait un rite : on fait sa marmelade en janvier ou on n'en fait pas. La méthode anglaise, celle des oranges cuites entières, est la plus simple et la plus sûre.
Les oranges : 1 kg d'oranges amères, bigarades de Séville, lavées, brossées ; dans une grande casserole avec 2 litres d'eau, couvertes, 2 heures à frémissement, jusqu'à ce que l'écorce soit tendre et cède sous une pointe de couteau sans résistance ; les oranges sorties, l'eau de cuisson gardée, mesurée, complétée à 1,5 litre. Les oranges tièdes coupées en deux ; la pulpe, les pépins et les membranes grattés à la cuillère et mis dans un carré de mousseline noué, avec tout le jus ; les demi-écorces vidées, émincées au couteau en lanières de 2 à 3 mm, fines à l'anglaise, plus larges si on aime mâcher.
La cuisson : dans la bassine, l'eau de cuisson, les lanières d'écorce, le nouet de pépins, le jus de 1 citron ; portés à ébullition, 10 minutes ; puis 2 kg de sucre cristal, versé, dissous à feu doux en remuant, sans faire bouillir tant qu'il reste des grains ; puis grand bouillon, 15 à 25 minutes, sans remuer sauf pour empêcher d'attacher, jusqu'au point de gel : 105 °C au thermomètre, ou une goutte sur une assiette froide qui se ride quand on la pousse du doigt. Le nouet pressé au-dessus de la bassine avant de le jeter, pour en tirer toute la pectine. L'écume retirée à la fin. 10 minutes de repos hors du feu, en remuant deux fois, pour que les lanières se répartissent et ne remontent pas toutes en surface.
La mise en pots : des bocaux ébouillantés et séchés au four à 100 °C ; la marmelade versée brûlante à ras, les couvercles vissés, les pots retournés 5 minutes, puis remis debout et laissés refroidir sans y toucher. Elle prend en 24 heures, et elle est meilleure après un mois. Le service : sur du pain grillé beurré, au petit-déjeuner, à l'anglaise ; sur des scones avec de la crème ; en glaçage sur un jambon, un canard, un gâteau ; une cuillère dans une sauce au porto. Les variantes : la marmelade au whisky, 5 cl versés dans la bassine à la fin, la version de Dundee ; la marmelade foncée, dark, avec 200 g de sucre remplacés par de la mélasse, plus amère, plus longue ; la marmelade aux trois agrumes, oranges, citron, pamplemousse, quand il n'y a plus de bigarades ; et la marmelade d'oranges douces, avec 2 citrons pour l'acidité et l'écorce d'un pamplemousse pour l'amertume, faisable toute l'année, honnête.
Les oranges amères : bigarades de Séville, en janvier, chez les primeurs et sur les marchés, à la peau épaisse, rugueuse, souvent moche ; jamais traitées après récolte, puisqu'on mange l'écorce. Le sucre : du sucre cristal blanc ordinaire, 2 kg pour 1 kg de fruits, la proportion anglaise ; pas de sucre gélifiant, les pépins suffisent.




