Trois bocaux de marmelade d'oranges amères maison, ambre translucide aux fines lanières d'écorce en suspension, un bocal ouvert avec sa cuillère, demi-orange, tartine beurrée à la marmelade, plan de travail en chêne

Dessert

Marmelade d'oranges : la recette anglaise à l'orange amère

  • Préparation : 45 min
  • Cuisson : 2 h 40
  • Repos : 24 h
  • Faible
  • 6 pots de 350 g
  • Moyen
  • Hiver
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Ingrédients

6 pots de 350 g

Ustensiles

  • UNE BASSINE À CONFITURE OU UN GRAND FAITOUT (L'OUTIL DU PLAT : large, la marmelade monte au grand bouillon)
  • un carré de mousseline et de la ficelle (le nouet de pépins et de membranes, toute la pectine)
  • un thermomètre à sucre (105 °C, le point de gel)
  • un couteau bien aiguisé (les écorces en lanières de 2 à 3 mm)
  • 6 bocaux de 350 g à couvercle (ébouillantés, séchés au four)
  • une assiette au congélateur (le test de la goutte qui se ride)

L'astuce du chef

Des oranges amères. La bigarade a une écorce épaisse, très parfumée, une pulpe acide et amère, et trois fois plus de pectine et de pépins qu'une orange douce : c'est le fruit fait pour la marmelade. Une orange douce donne une gelée molle, sucrée, sans caractère ; on la corrige avec des citrons et une écorce de pamplemousse, mais ce n'est plus la même chose.

Cuites entières, sans sucre. Deux heures dans l'eau, l'écorce devient tendre, la pulpe se défait, et la pectine des pépins et des membranes passe dans l'eau de cuisson. Cuites coupées, elles perdent leur jus ; cuites avec le sucre, l'écorce durcit et reste coriace pour toujours.

L'écorce tendre au couteau. Le test : une pointe de couteau entre dans l'écorce sans résistance, comme dans du beurre. Sortie trop tôt, l'écorce reste dure dans la marmelade finie, et rien ne la rattrape ; on ne perd rien à cuire vingt minutes de plus.

L'eau de cuisson gardée. Elle contient déjà une partie de la pectine et tout le parfum de l'écorce ; c'est elle, complétée à 1,5 litre, qui devient la marmelade, jamais de l'eau fraîche.

Le nouet de pépins. Les pépins et les membranes de la bigarade sont la source de pectine la plus riche qui soit ; enfermés dans une mousseline et cuits dans la marmelade, ils la font prendre sans aucun sucre gélifiant, et le nouet pressé à la fin libère une gelée épaisse qu'on gratte dans la bassine. On ne jette jamais les pépins avant la cuisson.

Émincée fine. L'écorce tendre se coupe facilement en lanières de 2 à 3 mm, la fine cut anglaise, qui se répartissent dans la gelée et fondent en bouche ; les lanières larges, thick cut, sont pour ceux qui aiment mâcher l'amer. On coupe l'écorce vidée de sa pulpe, à plat, en demi-lunes.

Le sucre après. Versé dans les fruits déjà cuits et l'eau bouillante, le sucre est dissous à feu doux avant tout bouillon : des cristaux non dissous font une marmelade qui recristallise en pot. Et il n'a jamais touché l'écorce crue, qu'il aurait durcie.

Deux kilos pour un. La proportion anglaise, double poids de sucre par rapport aux fruits : c'est beaucoup, et c'est ce qui donne à la marmelade sa tenue, sa brillance et sa conservation de deux ans ; l'amertume de la bigarade a besoin de ce sucre pour devenir agréable. Réduit à 1,5 kg, elle prend moins et se garde moins.

Grand bouillon, sans remuer. Une fois le sucre dissous, le feu au maximum : la marmelade doit bouillir fort et vite pour atteindre le point de gel avant que le parfum s'évapore ; remuée, elle refroidit et cuit plus longtemps. Un tour de cuillère toutes les cinq minutes pour vérifier le fond, pas plus.

Cent cinq degrés, ou la goutte qui se ride. Le point de gel d'une marmelade est à 105 °C ; sans thermomètre, une goutte posée sur une assiette sortie du congélateur, une minute d'attente, et poussée du doigt : elle se ride, c'est pris ; elle coule, cinq minutes de plus. Trop cuite, la marmelade est caramélisée et dure.

Dix minutes de repos. Mise en pots brûlante aussitôt, les lanières remontent toutes en surface et le fond du pot est une gelée nue ; dix minutes hors du feu, remuée deux fois, la gelée commence à prendre et retient les lanières réparties.

L'amer se boit avec l'amer. La marmelade est la seule confiture dont le goût dominant n'est pas le sucre mais l'amertume de l'écorce de bigarade, et cette amertume ne se boit pas comme une confiture de fraise : un thé doux ou un vin moelleux paraissent fades et sucrés à côté d'elle. Ce qui lui répond, c'est ce qui a de l'amertume aussi, un thé noir corsé et tannique au petit-déjeuner, un thé fumé, et à table, quand la marmelade nappe un canard ou accompagne un fromage à pâte dure, un moelleux qui a de la structure et un peu d'écorce lui aussi. L'amer appelle l'amer, jamais le doux.

Préparation pas à pas

  1. Oranges lavées, cuites entières 2 h à frémissement dans 2 l d'eau, couvertes ; écorce tendre au couteau 2 h

    Entières, sans sucre.

  2. Oranges sorties ; eau de cuisson gardée et complétée à 1,5 l 2 min

    Elle a la pectine.

  3. Oranges coupées en deux ; pulpe, pépins et membranes grattés dans une mousseline nouée 15 min

    Le nouet, avec le jus.

  4. Écorces émincées en lanières de 2 à 3 mm 20 min

    Fines à l'anglaise.

  5. Eau, lanières, nouet, jus de citron ; 10 min à ébullition 10 min

    La pectine sort.

  6. 2 kg de sucre dissous à feu doux sans bouillir ; puis grand bouillon 15 à 25 min jusqu'à 105 °C 30 min

    Goutte qui se ride sur l'assiette froide.

  7. Nouet pressé et jeté, écume retirée ; 10 min de repos, remuée deux fois 10 min

    Les lanières se répartissent.

  8. En pots ébouillantés, à ras, retournés 5 min ; prise en 24 h, meilleure après un mois 24 h

    Quinze pots pour l'année.

Le conseil du caviste

Une marmelade d'oranges amères à l'anglaise, bigarades de Séville cuites entières, fines lanières d'écorce dans une gelée ambrée, prise avec la pectine de leurs pépins.

Meung, thé noir forestier laotien infusé à 90 °C, le thé noir corsé et tannique, sur la tartine beurrée du petit-déjeuner.

Satemwa, thé noir fumé malawite infusé à 90 °C, le thé noir fumé, sur la marmelade foncée à la mélasse et sur celle au whisky.

Château de Thenon Côtes de Bergerac Moelleux à 8 °C, le moelleux structuré, sur la marmelade servie avec un fromage à pâte dure ou en glaçage sur un canard.

L'amer se boit avec l'amer : la marmelade n'est pas une confiture douce, c'est une gelée d'écorce de bigarade dont l'amertume est le sujet, et tout ce qui est simplement doux à côté d'elle, un thé léger sucré, un vin liquoreux sans acidité, paraît plat, mou et sucré, écrasé par l'écorce ; ce qui lui tient tête, c'est ce qui porte lui-même une amertume, le tanin d'un thé noir corsé, la fumée d'un thé du Malawi, et à table l'acidité et la trame d'un moelleux qui n'est pas un sirop. C'est la règle des rares douceurs amères, la marmelade, le chocolat noir, le café, les orangettes : l'amer appelle l'amer, et le sucre pur le tue. Le Meung, un thé noir forestier laotien, corsé, boisé, tannique, infusé à 90 °C, est le thé de cette marmelade sur la tartine beurrée du matin, son tanin répond à l'écorce et son boisé au sucre cuit, c'est le breakfast tea des Écossais qui l'ont inventée ; le Satemwa, un thé noir fumé, sur la marmelade foncée à la mélasse et sur celle au whisky, où la fumée rejoint la tourbe ; et le moelleux de Thenon, un côtes de bergerac doux mais tendu, à 8 °C, sur la marmelade sortie du petit-déjeuner, en glaçage sur un magret ou un jambon, ou à côté d'un vieux cantal, où sa structure tient l'amertume que le sucre seul n'aurait pas tenue. La règle de la marmelade : rien de mièvre à côté d'elle.

À éviter : un thé vert ou un thé léger, écrasés par l'écorce, et un vin liquoreux sirupeux, qui paraît sucré et plat à côté de l'amer.

Les bouteilles de la cave

La sélection du caviste pour cette recette, en stock.

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Dépannage

La marmelade n'a pas pris

Pas de nouet de pépins, ou point de gel pas atteint. Recuite au grand bouillon avec le jus d'un citron jusqu'à 105 °C, testée sur l'assiette froide ; et la prochaine fois, tous les pépins dans la mousseline.

L'écorce est dure et coriace

Oranges pas assez cuites, ou sucre ajouté avant. Deux heures entières, jusqu'à ce que le couteau entre sans résistance, et le sucre seulement après. Une écorce dure ne se rattrape pas.

Les lanières sont toutes en haut du pot

Mise en pots trop tôt. Dix minutes de repos hors du feu, remuée deux fois, avant de verser.

La marmelade est trop foncée et goûte le caramel

Cuite trop longtemps. Le point de gel à 105 °C, pas au-delà ; le test de l'assiette dès 15 minutes de grand bouillon.

Elle a cristallisé dans le pot

Sucre pas dissous avant le bouillon. Dissous à feu doux en remuant jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un grain, et le jus de citron qui empêche la cristallisation.

Elle est trop amère

C'est une marmelade. Mais 1 kg d'oranges douces ajouté au kilo de bigarades, avec 1 kg de sucre en plus, l'adoucit ; ou une version aux oranges douces avec deux citrons.

Conservation & préparation anticipée

La marmelade en pots fermés à chaud se garde 2 ans dans un placard frais et sombre ; elle est meilleure après un mois, quand l'amertume s'est fondue dans le sucre.

Un pot ouvert se garde 3 mois au réfrigérateur ; une cuillère propre à chaque fois.

Les bigarades se gardent 2 semaines au réfrigérateur, ou se congèlent entières 6 mois, lavées et séchées ; décongelées, elles se cuisent de même, et c'est ainsi qu'on fait de la marmelade en juillet.

Les oranges cuites entières se gardent 24 heures au réfrigérateur dans leur eau, si on veut couper le travail en deux jours.

La marmelade qui n'a pas pris se recuit : reversée dans la bassine avec le jus d'un citron, portée au grand bouillon jusqu'à 105 °C, remise en pots.

Variantes

Les orangettes

Nos orangettes, l'autre destin de l'écorce d'orange, confite et trempée dans le chocolat.

La confiture de figues

Notre confiture de figues, pour comparer une confiture de fruit à une gelée d'écorce.

Stériliser des bocaux

Notre méthode des bocaux, pour toutes les conserves de l'année.

La marmelade au whisky de Dundee

La même recette, avec 5 cl de whisky écossais versés dans la bassine après le point de gel, hors du feu, mélangés, et 2 minutes de repos avant la mise en pots : l'alcool s'évapore en partie et laisse un fond de tourbe et de céréale qui prolonge l'amertume de l'écorce ; c'est la version des Écossais, la plus ancienne, qui se mange sur du pain grillé au beurre salé et se boit, plus que toute autre, avec un thé noir fumé sans sucre, la fumée du thé rejoignant celle du whisky.

Questions fréquentes

Où trouver des oranges amères ?

Chez les primeurs et sur les marchés, en janvier et début février seulement, sous le nom d'oranges amères, bigarades ou oranges de Séville ; elles sont grosses, à la peau épaisse et rugueuse, souvent tachées, et invendables autrement, ce qui fait leur prix. On les congèle entières pour en faire hors saison. À défaut, des oranges douces non traitées avec deux citrons et l'écorce d'un pamplemousse donnent une marmelade honnête.

Pourquoi cuire les oranges entières ?

Parce que c'est la méthode la plus simple et la plus sûre : en deux heures dans l'eau, l'écorce devient tendre sans qu'on ait à la blanchir trois fois, la pulpe se défait, la pectine des pépins passe dans l'eau, et le jus reste dans le fruit au lieu de couler sur la planche. On coupe ensuite des écorces molles, faciles à émincer, et on ne perd rien. C'est la méthode des cuisinières anglaises depuis deux siècles.

Faut-il du sucre gélifiant ?

Non, jamais pour la marmelade : la bigarade est le fruit le plus riche en pectine qui soit, dans ses pépins, ses membranes et son écorce, et le nouet de mousseline cuit dans la bassine suffit à la faire prendre. Le sucre gélifiant donne une gelée figée, caoutchouteuse, qui ne ressemble pas à une marmelade. Du sucre cristal ordinaire, 2 kg pour 1 kg de fruits, et le jus d'un citron.

Comment savoir si elle est prise ?

Au thermomètre, 105 °C ; ou avec l'assiette froide, sortie du congélateur : une goutte de marmelade posée dessus, une minute d'attente, et poussée du doigt, elle doit se rider et former une peau ; si elle coule et s'étale, cinq minutes de grand bouillon de plus. La marmelade paraît toujours liquide dans la bassine : elle prend en refroidissant, et complètement en 24 heures.

Combien de temps se garde la marmelade ?

Deux ans dans un placard frais et sombre, en pots ébouillantés, remplis à ras, fermés à chaud et retournés 5 minutes : le double poids de sucre et l'acidité de la bigarade la conservent sans stérilisation. Un pot ouvert se garde 3 mois au réfrigérateur. Elle est meilleure après un mois, quand l'amertume s'est arrondie, et les Anglais en font en janvier pour toute l'année.

Quel vin servir avec ?

Au petit-déjeuner, aucun : un thé noir corsé et tannique à 90 °C, dont l'amertume répond à celle de l'écorce ; un thé fumé sur la marmelade au whisky. À table, quand la marmelade glace un canard ou accompagne un fromage à pâte dure, un moelleux structuré et tendu à 8 °C, jamais un liquoreux sirupeux : l'amer se boit avec l'amer, et le sucre pur paraît plat.

La marmelade est écossaise avant d'être anglaise : la légende la fait naître à Dundee en 1797, chez Janet Keiller, avec une cargaison d'oranges de Séville trop amères pour être vendues ; le mot vient du portugais marmelada, la pâte de coings. Elle se fait avec les bigarades, les oranges amères d'Andalousie, qui ne se mangent pas crues et n'arrivent sur les étals que trois ou quatre semaines par an, en janvier, et c'est ce qui en fait un rite : on fait sa marmelade en janvier ou on n'en fait pas. La méthode anglaise, celle des oranges cuites entières, est la plus simple et la plus sûre.

Les oranges : 1 kg d'oranges amères, bigarades de Séville, lavées, brossées ; dans une grande casserole avec 2 litres d'eau, couvertes, 2 heures à frémissement, jusqu'à ce que l'écorce soit tendre et cède sous une pointe de couteau sans résistance ; les oranges sorties, l'eau de cuisson gardée, mesurée, complétée à 1,5 litre. Les oranges tièdes coupées en deux ; la pulpe, les pépins et les membranes grattés à la cuillère et mis dans un carré de mousseline noué, avec tout le jus ; les demi-écorces vidées, émincées au couteau en lanières de 2 à 3 mm, fines à l'anglaise, plus larges si on aime mâcher.

La cuisson : dans la bassine, l'eau de cuisson, les lanières d'écorce, le nouet de pépins, le jus de 1 citron ; portés à ébullition, 10 minutes ; puis 2 kg de sucre cristal, versé, dissous à feu doux en remuant, sans faire bouillir tant qu'il reste des grains ; puis grand bouillon, 15 à 25 minutes, sans remuer sauf pour empêcher d'attacher, jusqu'au point de gel : 105 °C au thermomètre, ou une goutte sur une assiette froide qui se ride quand on la pousse du doigt. Le nouet pressé au-dessus de la bassine avant de le jeter, pour en tirer toute la pectine. L'écume retirée à la fin. 10 minutes de repos hors du feu, en remuant deux fois, pour que les lanières se répartissent et ne remontent pas toutes en surface.

La mise en pots : des bocaux ébouillantés et séchés au four à 100 °C ; la marmelade versée brûlante à ras, les couvercles vissés, les pots retournés 5 minutes, puis remis debout et laissés refroidir sans y toucher. Elle prend en 24 heures, et elle est meilleure après un mois. Le service : sur du pain grillé beurré, au petit-déjeuner, à l'anglaise ; sur des scones avec de la crème ; en glaçage sur un jambon, un canard, un gâteau ; une cuillère dans une sauce au porto. Les variantes : la marmelade au whisky, 5 cl versés dans la bassine à la fin, la version de Dundee ; la marmelade foncée, dark, avec 200 g de sucre remplacés par de la mélasse, plus amère, plus longue ; la marmelade aux trois agrumes, oranges, citron, pamplemousse, quand il n'y a plus de bigarades ; et la marmelade d'oranges douces, avec 2 citrons pour l'acidité et l'écorce d'un pamplemousse pour l'amertume, faisable toute l'année, honnête.

Les oranges amères : bigarades de Séville, en janvier, chez les primeurs et sur les marchés, à la peau épaisse, rugueuse, souvent moche ; jamais traitées après récolte, puisqu'on mange l'écorce. Le sucre : du sucre cristal blanc ordinaire, 2 kg pour 1 kg de fruits, la proportion anglaise ; pas de sucre gélifiant, les pépins suffisent.

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