Un negroni servi au bar n'est pas ce qu'on a versé dedans. On l'a remué trente secondes sur glace, et pendant ce temps la glace a fondu : le verre a gagné environ un quart d'eau. Cette eau n'est pas une perte, c'est un ingrédient. Elle arrondit l'amertume du bitter, elle allonge la finale, elle rend l'alcool buvable.
Un batch mis en bouteille, lui, ne passe ni par le shaker ni par le verre à mélange. Si on embouteille les trois tiers tels quels et qu'on verse sur un glaçon, la première gorgée est dure et le verre ne s'ouvre qu'à la fin, quand la fonte a rattrapé le retard. D'où la règle : on ajoute l'eau au moment de la mise en bouteille, pas au service.
Le negroni est le meilleur candidat au batch parce qu'il ne contient aucun jus frais, aucun blanc d'œuf, aucune bulle : rien qui tourne, rien qui retombe. Une fois bouché, il attend au frais, et le service se réduit à verser sur un gros cube et à tordre un zeste d'orange.
Sur douze convives, deux bouteilles de 70 cl préparées la veille remplacent une heure passée derrière le comptoir. Si vous montez une réception complète et que vous cherchez plutôt un ordre de grandeur en bouteilles, notre estimateur de quantités calcule par type d'événement et par nombre de convives.







