180 °C, et le cube de pain le dit. C'est la température où la surface saisit immédiatement, formant une croûte qui empêche l'huile d'entrer. Un cube de pain jeté dedans doit devenir doré en une trentaine de secondes. Ce test se refait au milieu du repas : chaque bouchée plongée dans l'huile lui prend de la chaleur, et un caquelon négligé finit la soirée à 140 °C.
Trop froide, la viande boit l'huile. En dessous de 160 °C, aucune croûte ne se forme : la viande rend son eau, l'huile prend sa place, et la bouchée sort molle et grasse. C'est la cause de la réputation d'écœurement de ce plat.
Trop chaude, l'extérieur brûle sur un cœur cru. Au-delà de 190 °C, la croûte noircit en vingt secondes alors que le centre d'un cube de 2,5 cm n'a pas eu le temps de chauffer. L'huile se dégrade aussi beaucoup plus vite.
La viande doit être sèche, et c'est une question de sécurité. Une goutte d'eau plongée dans de l'huile à 180 °C se vaporise instantanément et augmente son volume de plus de mille fois : c'est ce qui projette l'huile hors du caquelon. Éponger chaque cube n'est pas une coquetterie.
Un morceau maigre et tendre. Rumsteck, tende de tranche, filet. La cuisson dure trente secondes : il n'y a aucun collagène qui puisse fondre en si peu de temps. Un morceau à braiser comme le paleron, excellent en
bourguignon, sortirait ici parfaitement coriace.
Des cubes identiques. À 2,5 cm, le cœur est encore rouge après trente secondes. À 4 cm, il est cru. Des cubes de tailles différentes rendent le temps de cuisson impossible à annoncer.
Deux fourchettes par personne, pas plus. Six convives à trois fourchettes font dix-huit morceaux froids dans un litre et demi d'huile : la température s'effondre et tout le monde mange bouilli.
Le sel après, dans l'assiette. Salée à l'avance, la viande rend son eau par osmose et arrive mouillée dans l'huile.
De la sécurité, puisqu'on y est. Caquelon en fonte et jamais en céramique, rempli à moitié, sur un réchaud stable et au centre de la table. On chauffe l'huile sur la cuisinière et on la transporte pleine mais pas brûlante. Et on ne verse jamais d'eau sur une huile qui prendrait feu : on étouffe avec un couvercle.