Quand on demande une boisson sans alcool originale, on se fait proposer du concombre et de la menthe, de la pastèque et du basilic, de la framboise et du poivre. Ce sont de bonnes associations et aucune ne surprend, parce qu'elles jouent toutes dans le registre du frais et du fruité.
La fumée, personne ne l'attend. Et c'est l'un des rares arômes qui donne du volume à un verre sans lui donner du sucre. Un thé noir fumé apporte du bois, du feu de cheminée et des épices douces, exactement le registre qu'un whisky tourbé occupe dans un cocktail. Ce n'est pas une imitation : c'est une réponse indépendante à la même question, celle de savoir comment remplir la bouche autrement qu'avec du sucre.
Deux pièges, et ils expliquent les échecs. Le premier est le dosage. La fumée est envahissante : passé un certain seuil, on ne sent plus qu'elle et le verre devient un cendrier. La proportion qui fonctionne est d'un tiers de thé fumé pour deux tiers du reste, pas davantage. Le second est la fumée liquide, vendue en flacon, qui sent le barbecue industriel et qu'aucun ingrédient ne rattrape. La fumée d'un thé est douce parce qu'elle a été appliquée sur des feuilles et non pas ajoutée en arôme.
Il faut un contrepoint acide, sinon la fumée pèse. Un jus de raisin et un trait d'agrume suffisent. Et un amer pour la fin de bouche. Le verre ci-dessous se monte en trois minutes une fois le thé infusé, et c'est celui qui fait le plus parler quand on le sert à quelqu'un qui ne boit pas.







