C'est la question qu'on nous pose le plus en janvier, souvent à mi-voix : par quoi remplacer le verre du soir. La réponse habituelle, une infusion, échoue pour une raison qui n'a rien à voir avec le goût.
Le verre de dix-neuf heures est un marqueur. Il dit que la journée est finie. Ce marqueur tient à quatre choses concrètes, et l'alcool n'en est qu'une. Un contenant particulier, un geste de préparation, une température, et un goût qui n'appartient à aucun autre moment. Une tisane dans un mug échoue sur les quatre : c'est le même récipient que le thé du matin, il n'y a pas de geste, c'est chaud, et le goût est celui de l'après-midi.
Le levier gustatif est l'amertume, et ce n'est pas un hasard. Aucune boisson de journée n'est amère : le café l'est un peu, mais il appartient au matin. L'amertume du soir est un signal que le corps apprend en trois ou quatre jours, exactement comme il avait appris l'autre.
Il faut aussi un geste. Prélever un zeste, tordre une peau, poser un gros glaçon : trente secondes de manipulation suffisent à créer la coupure que le bouchon d'une bouteille créait.
Une chose que je dois dire, parce qu'elle sort du domaine d'un caviste : si arrêter est difficile, si le verre du soir n'est plus un choix, cette page ne suffit pas et c'est à un médecin qu'il faut en parler. Ce qui suit vaut pour une pause volontaire, pas pour un sevrage.







