La Normandie boit son calvados sec, en fin de repas, et rarement autrement. Le mélanger au jus de la même pomme n'a pourtant rien d'une trahison : c'est le principe du trou normand transposé dans un verre long, où l'eau-de-vie retrouve le fruit dont elle est issue.
Tout dépend du jus. Un jus de pomme industriel, limpide et sucré, écrase le calvados sous la confiture. Un jus trouble, non filtré, pressé de pommes à couteau ou de variétés à cidre, apporte de la mâche, un peu d'astringence et une acidité qui répond à l'eau-de-vie au lieu de la couvrir. C'est le seul achat qui compte dans cette recette.
La saison joue aussi. Les pressages de septembre et octobre sont les plus vifs ; passé l'hiver, les jus s'arrondissent et il faut alors forcer sur le citron pour retrouver de la tension.
On sert ce verre à l'apéritif, avant un plat de la même famille — porc, volaille rôtie, fromages à croûte lavée — ou en tout début de soirée, quand il fait encore assez doux pour boire long.






