UN SAC EN PAPIER KRAFT (L'OUTIL DU FRUIT : les kiwis durs y mûrissent en 2 jours avec une pomme)
UNE POMME OU UNE BANANE (elles dégagent l'éthylène qui déclenche le mûrissement)
un économe (la peau est fine : un couteau emporte trop de chair)
une cuillère à soupe (l'autre méthode : kiwi coupé en deux, chair prélevée d'un tour de cuillère)
un couteau qui coupe (des rondelles de 5 mm, régulières, sans écraser le fruit)
un petit bol (la sauce mêlée à part avant d'être versée, jamais sur les fruits)
👨🍳 L'astuce du chef
L'actinidine, et pourquoi elle compte vraiment. Le kiwi contient une enzyme protéolytique, l'actinidine, qui digère les protéines. Les conséquences en cuisine sont immédiates et surprennent toujours : un kiwi cru mêlé à de la crème, du yaourt ou du mascarpone les fait tourner et devenir amers en une heure ; il empêche la gélatine de prendre et liquéfie une panna cotta ou une mousse ; et il pique la langue quand on en mange beaucoup, parce qu'il attaque aussi les protéines de la bouche.
Comment contourner l'enzyme. La chaleur la détruit : trente secondes à l'eau bouillante, ou une cuisson, suffisent à la neutraliser, et on peut alors utiliser le kiwi dans n'importe quelle préparation lactée ou gélifiée. L'autre solution est de séparer : le kiwi posé au dernier moment sur une pavlova, une tarte ou un fromage blanc ne pose aucun problème, puisqu'il n'a pas le temps d'agir. C'est pour la même raison qu'on ne le met jamais dans une gelée au réfrigérateur.
Le faire mûrir, et en deux jours. Le kiwi est climactérique : il se récolte ferme et continue de mûrir après. Un kiwi dur est acide, râpeux et sans parfum. Pour le faire mûrir, on l'enferme dans un sac en papier kraft avec une pomme ou une banane, qui dégagent beaucoup d'éthylène, le gaz du mûrissement : deux jours à température ambiante suffisent. Le sac retient le gaz, le papier laisse passer l'humidité. Un sac plastique ferait pourrir au lieu de mûrir.
Le test du pouce. C'est le seul qui compte, et il vaut pour l'achat comme pour la cuisine. On pose le kiwi dans la paume et on presse doucement avec le pouce : il doit céder légèrement, comme une pêche presque mûre. S'il est dur, il lui reste deux à cinq jours. S'il est franchement mou ou ridé, il est passé, sa chair est fermentée et son goût vineux. La couleur et le duvet de la peau ne renseignent sur rien.
Le froid arrête tout. Un kiwi ferme qu'on veut faire mûrir reste à température ambiante ; mis au réfrigérateur, il se bloque et n'évoluera plus. Inversement, un kiwi arrivé à point se met au froid, où il tiendra deux à trois semaines, et jusqu'à deux mois dans le bac à légumes. Et on l'éloigne des pommes et des bananes à ce moment-là, pour ne pas relancer ce qu'on veut arrêter.
Le peler, et les deux méthodes. À l'économe, en tournant le fruit, ce qui emporte la fine peau sans entamer la chair. Ou en coupant le kiwi en deux et en glissant une cuillère à soupe entre la peau et la chair, d'un tour complet : c'est plus rapide, plus propre, et cela marche même sur un fruit très mûr qu'un économe écraserait. La peau se mange d'ailleurs, frottée pour ôter le duvet, mais peu de gens y tiennent.
Les variétés, et ce qui les distingue. Le Hayward, à peau brune et chair verte, est le kiwi classique, acidulé et parfumé, celui de l'Adour. Le kiwi jaune, ou Zespri Gold, à peau lisse et chair dorée, est nettement plus sucré, plus doux et moins acide, avec une note tropicale. Le kiwaï, ou baie de l'actinidia, est un kiwi miniature à peau lisse qui se mange entier comme un raisin, et sa saison est courte, en septembre et octobre.
Sa vraie force nutritionnelle. Un kiwi couvre à lui seul les besoins quotidiens en vitamine C d'un adulte, et il en contient deux fois plus qu'une orange à poids égal. Il apporte aussi beaucoup de fibres et de potassium. Et son actinidine, qui pose tant de problèmes en pâtisserie, a l'effet inverse dans l'estomac : elle aide à digérer les protéines, ce qui en fait un bon fruit de fin de repas après une viande.
En salé, ce à quoi on ne pense pas. Le kiwi accompagne très bien les poissons gras et les crustacés : en tartare avec du saumon et de l'avocat, en dés sur des crevettes, en salsa avec du citron vert, de la coriandre et du piment. Son acidité joue le rôle du citron. Il va aussi avec le jambon cru, comme le melon, et avec un fromage frais de chèvre. Et il attendrit les viandes : quelques minutes de marinade suffisent, davantage donnerait une bouillie.
Les desserts qui marchent. En rosace sur une tarte, la crème pâtissière cuite ne craignant plus rien. Posé au dernier moment sur une pavlova, à côté des fruits rouges. En sorbet, où son acidité fait merveille. En salade de fruits d'hiver avec l'orange, la banane et la grenade. En confiture, longuement cuite, l'enzyme étant alors détruite. Et simplement coupé en deux, mangé à la cuillère avec une pincée de sucre.
Préparation pas à pas
Kiwis vérifiés : pressés doucement dans la paume, le pouce doit s'enfoncer un peu ⏱️ 1 min
Dur comme une pierre, un kiwi est acide et râpeux : il faut attendre.
S'ils sont durs : enfermés 2 jours dans un sac papier avec une pomme, à température ambiante ⏱️ 2 min
L'éthylène de la pomme déclenche le mûrissement ; le froid l'arrête.
Pelés à l'économe, ou coupés en deux et la chair prélevée d'un tour de cuillère ⏱️ 6 min
L'économe garde la chair ; un couteau en emporte le quart.
Taillés en rondelles de 5 mm ; le cœur blanc retiré à la pointe s'il est dur ⏱️ 5 min
Sur un kiwi bien mûr, le cœur se mange.
Disposés en rosace dans un plat creux, sans les empiler ⏱️ 2 min
Ils sont fragiles : on les pose, on ne les mélange pas.
Jus d'orange, jus et zeste de citron vert et miel fouettés à part dans un bol ⏱️ 2 min
L'orange adoucit ce que le kiwi a de trop acide.
Sauce versée sur les fruits ; poivre de Timut si l'on en met ⏱️ 1 min
On ne remue pas : on incline le plat.
Menthe déchirée et pistaches semées à la dernière seconde ; servi frais dans l'heure ⏱️ 1 min
Le kiwi coupé se délite : il ne se prépare pas à l'avance.
🍷 Le conseil du caviste
Une salade de kiwis à l'orange, au citron vert et au miel, pistaches et menthe à la dernière seconde, servie fraîche et non glacée.
Château Moulin Caresse Magie d'Automne Doux à 8 °C, le montravel moelleux, sur la salade de fruits et la tarte.
Tour du Roy Demi-Sec Crémant de Bordeaux à 7 °C, le crémant demi-sec, sur la pavlova et les desserts meringués.
Château de Thénon Côtes de Bergerac Moelleux à 9 °C, le moelleux ample, sur un sorbet de kiwi ou un fromage frais.
Le kiwi est le fruit le plus acide des desserts d'hiver, et cette acidité franche est exactement ce qu'il faut regarder avant de choisir le verre : un vin sec paraîtrait aussitôt maigre et métallique à côté, tandis qu'un moelleux trop lourd écraserait la fraîcheur du fruit et donnerait un ensemble sirupeux ; la bonne réponse est un moelleux fin, encore tendu, servi bien frais à 8 °C, dont le sucre équilibre l'acidité sans l'étouffer et dont la fraîcheur prolonge celle du fruit ; sur une pavlova ou un dessert meringué, où le sucre est déjà très présent dans l'assiette, c'est au contraire l'effervescence qui sauve tout, et un crémant demi-sec servi à 7 °C nettoie le palais entre deux bouchées tout en accompagnant le sucré ; sur un sorbet ou un fromage frais, le froid et le lacté demandent un moelleux plus ample à 9 °C ; et le piège absolu serait un vin sec, blanc ou rouge, que l'acidité du kiwi rendrait vert. C'est la règle des fruits acides : un moelleux frais, ou des bulles. Le Magie d'Automne doux, à 8 °C, est le verre de la salade ; le Tour du Roy demi-sec, à 7 °C, celui de la pavlova ; et le Thénon, à 9 °C, sur le sorbet.
À éviter : tout vin sec, que l'acidité du kiwi rend vert et métallique.
Les bouteilles de la cave
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Dépannage
La crème a tourné et devient amère
L'actinidine du kiwi digère les protéines. On le pose au dernier moment, ou on l'ébouillante 30 secondes, ce qui détruit l'enzyme.
Ma panna cotta ne prend pas
Même cause : l'enzyme liquéfie la gélatine. Kiwi ébouillanté 30 secondes avant, ou posé cru sur le dessert déjà pris.
C'est acide et râpeux
Kiwi pas mûr. Deux jours dans un sac papier avec une pomme, à température ambiante : le pouce doit ensuite s'enfoncer légèrement.
Il ne mûrit jamais
Il est au réfrigérateur. Le froid bloque le mûrissement : un kiwi ferme reste à température ambiante.
Ça pique la langue
Toujours l'actinidine, qui attaque aussi les protéines de la bouche. Moins marqué sur un fruit bien mûr, et nul sur un kiwi cuit.
L'épluchage emporte toute la chair
Le couteau est trop épais pour une peau si fine. Économe, ou kiwi coupé en deux et chair prélevée d'un tour de cuillère à soupe.
Conservation & préparation anticipée
Un kiwi ferme se garde à température ambiante, où il continue de mûrir ; dans un sac papier avec une pomme, il est à point en 2 jours.
Un kiwi mûr se garde 2 à 3 semaines au réfrigérateur, et jusqu'à 2 mois dans le bac à légumes, à l'écart des pommes et des bananes.
Coupé, il ne se garde pas : il rend son eau et se délite en quelques heures. On ne prépare donc jamais une salade de kiwis à l'avance.
Il se congèle 8 mois en rondelles étalées sur un plateau puis mises en sachet, pour les sorbets et les smoothies ; décongelé, il est trop mou pour être servi tel quel.
Variantes
La pavlova aux fruits rouges
Notre pavlova, où le kiwi se pose au dernier moment, jamais mêlé à la crème.
Notre sorbet au citron, la méthode à appliquer au kiwi, dont l'acidité fait merveille en sorbet.
Le tartare de saumon au kiwi
200 g de saumon cru en dés, 2 kiwis en petits cubes, un avocat, du citron vert, de la coriandre et un trait d'huile d'olive, mêlés au dernier moment : l'acidité du kiwi joue le rôle du citron, et le poisson gras y répond très bien. On ne le prépare pas à l'avance, l'enzyme attaquant la chair du poisson.
Questions fréquentes
Comment faire mûrir un kiwi rapidement ?
En l'enfermant deux jours dans un sac en papier kraft avec une pomme ou une banane, à température ambiante. Ces fruits dégagent beaucoup d'éthylène, le gaz qui déclenche le mûrissement, et le sac le retient. Il faut du papier et non du plastique, qui garderait l'humidité et ferait pourrir. Et surtout pas le réfrigérateur, qui bloque définitivement le mûrissement.
Pourquoi le kiwi fait-il tourner la crème ?
Il contient une enzyme, l'actinidine, qui digère les protéines. Mêlé cru à de la crème, du yaourt ou du mascarpone, il les fait tourner et devenir amers en une heure. Il empêche aussi la gélatine de prendre et liquéfie une panna cotta. La chaleur détruit l'enzyme : trente secondes à l'eau bouillante suffisent, ou bien on pose le kiwi au dernier moment.
Comment savoir qu'un kiwi est mûr ?
Au pouce, et seulement au pouce : on le pose dans la paume et on presse doucement ; il doit céder légèrement, comme une pêche presque mûre. Dur, il est acide et râpeux et il lui reste deux à cinq jours. Franchement mou ou ridé, il est passé et son goût devient vineux. La couleur de la peau et son duvet ne renseignent sur rien du tout.
Quelle différence entre kiwi vert et kiwi jaune ?
Le vert, variété Hayward, a une peau brune et duveteuse et une chair acidulée et parfumée : c'est le kiwi classique, celui de l'Adour. Le jaune a une peau lisse et une chair dorée nettement plus sucrée, plus douce et moins acide, avec une note tropicale. Le kiwaï, lui, est un kiwi miniature à peau lisse qui se mange entier comme un raisin, en septembre et octobre.
Peut-on cuisiner le kiwi en salé ?
Oui, et c'est sous-estimé. Son acidité joue le rôle du citron : en tartare avec du saumon et de l'avocat, en dés sur des crevettes, en salsa avec du citron vert, de la coriandre et du piment. Il va aussi avec le jambon cru, comme le melon, et avec un fromage de chèvre frais. Il attendrit également les viandes, mais quelques minutes suffisent, au-delà c'est de la bouillie.
Quel vin servir avec ?
Un moelleux fin et encore tendu, servi bien frais à 8 °C : son sucre équilibre l'acidité franche du kiwi sans l'étouffer. Sur une pavlova ou un dessert meringué, déjà très sucré, un crémant demi-sec à 7 °C, dont les bulles nettoient le palais. Sur un sorbet ou un fromage frais, un moelleux plus ample à 9 °C. Jamais de vin sec, que l'acidité du kiwi rend vert.
Venu de Chine, passé par la Nouvelle-Zélande qui lui a donné son nom d'oiseau, et aujourd'hui cultivé en France dans l'Adour et en Corrèze, le kiwi est le fruit qui sauve les desserts d'hiver, entre la fin des pommes et l'arrivée des fraises. Il contient plus de vitamine C qu'une orange, à poids égal, et se mange de décembre à mai. Son défaut est d'être vendu dur comme une pierre, parce qu'il se récolte avant maturité et mûrit ensuite. Et il porte une particularité qu'il faut connaître avant de le mettre dans un dessert : une enzyme qui digère les protéines.
Les ingrédients de la salade de démonstration, pour 4 : 6 kiwis bien mûrs ; 1 orange ; 1 citron vert ; 2 cuillères à soupe de miel ; quelques feuilles de menthe ; 1 cuillère à soupe de pistaches concassées ; 1 pincée de poivre de Timut ou de poivre noir, facultative.
La méthode : kiwis vérifiés au pouce, qui doit s'enfoncer légèrement ; pelés à l'économe ou coupés en deux et prélevés à la cuillère ; taillés en rondelles de 5 mm, le cœur blanc et dur retiré s'il est coriace ; disposés en rosace ; jus d'orange, jus et zeste de citron vert et miel mêlés à part puis versés dessus ; menthe déchirée et pistaches à la dernière seconde ; servi frais mais non glacé, et dans l'heure.
Avant de partir
Les bouteilles que le caviste sert avec cette recette, en stock et prêtes à partir.
Dites le nombre de convives : l'assistant calcule les quantités à partir des doses de restaurant et propose des bouteilles de la cave, à panacher librement.