Doro wat éthiopien dans un plat en terre noire, ragoût rouge brique très épais, pilons de poulet et œufs durs entiers incisés, pots de beurre clarifié épicé et injera à côté

Plat

Doro wat : le beurre doit être clarifié, sinon il brûle avant d'extraire les épices

Le berbere n'est pas une poudre qu'on saupoudre : ses caroténoïdes et ses composés aromatiques sont liposolubles et ne se libèrent que dans un corps gras très chaud. Or un beurre entier noircit dès 150 °C à cause de son petit-lait. On le clarifie donc, et c'est le niter kibbeh.

  • Préparation : 40 min
  • Cuisson : 2 h
  • Repos : Le niter kibbeh se prépare la veille et se garde des semaines
  • Modéré
  • 6 personnes
  • Intermédiaire
  • Toute l'année
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Ingrédients

6 personnes

Ustensiles

  • UNE PETITE CASSEROLE POUR CLARIFIER LE BEURRE (L'USTENSILE DU PLAT : sans beurre clarifié, le berbere brûlera)
  • une passoire fine et une étamine (pour filtrer le niter kibbeh : le dépôt du fond doit rester au fond)
  • un bocal en verre (le niter kibbeh se garde des semaines au frais, autant en faire beaucoup)
  • une cocotte à fond épais (les oignons y cuisent une heure : un fond mince les brûlerait)
  • une cuillère en bois (on remue souvent pendant la cuisson des oignons, puis très peu)
  • un couteau d'office (pour inciser légèrement les œufs durs avant de les plonger)

L'astuce du chef

Le berbere doit cuire dans un corps gras. Ses caroténoïdes et sa capsaïcine sont liposolubles : dans l'eau, ils restent enfermés dans la poudre.

C'est ce qui fait la couleur. Un doro wat où le berbere a été versé avec le bouillon reste terne, granuleux et fade malgré la dose.

Il faut un gras très chaud. L'extraction demande une température franche, pas un frémissement.

Un beurre entier brûle vers 150 °C. Il contient environ 16 % d'eau, de protéines de lait et de lactose, qui noircissent et deviennent âcres.

La clarification retire exactement cela. L'eau s'évapore, les protéines se déposent : il ne reste que la matière grasse pure.

Le beurre clarifié tient plus de 200 °C. Il n'y a plus rien dedans qui puisse brunir : c'est ce qui rend l'extraction possible.

C'est l'inverse d'une sauce Buffalo. Là, on garde absolument le petit-lait, parce que c'est lui qui tient l'émulsion. Le même beurre, deux usages opposés.

Le filtrage compte autant que la fonte. Le dépôt du fond doit rester au fond : c'est lui, et lui seul, qui brûlerait.

Les oignons cuisent à sec, sans gras. Un kilo, quarante-cinq minutes, jusqu'à devenir une purée : ils sont le corps de la sauce, pas un aromate.

Le poulet ne se saisit pas. Il entre nu dans la sauce déjà faite : c'est elle qui l'enveloppe, il n'a pas besoin de croûte.

Le wat reste très épais. On mouille par petites louches, jamais d'un coup, et il doit tenir à la cuillère.

Les œufs s'incisent. Un blanc d'œuf est lisse et imperméable : sans quelques entailles, la sauce reste dessus.

Préparation pas à pas

  1. CLARIFIER le beurre à feu très doux, 25 minutes 25 min

    L'eau s'évapore, les protéines tombent au fond. On ne remue pas et on ne laisse pas colorer.

  2. Parfumer, puis filtrer à l'étamine 10 min

    Ail, gingembre, cardamome, fenugrec. Le dépôt du fond ne doit pas passer : c'est lui qui brûlerait.

  3. Cuire les oignons hachés À SEC, 45 minutes 45 min

    Sans gras, à feu doux, en remuant. Ils rendent leur eau et se défont jusqu'à devenir une purée.

  4. Ajouter le niter kibbeh et laisser chauffer 5 min

    Le gras arrive maintenant. Clarifié, il peut monter très haut sans noircir.

  5. FAIRE CUIRE LE BERBERE dans ce beurre, 5 minutes 5 min

    La couleur vire au rouge profond et l'odeur change. C'est le moment décisif du plat.

  6. Ajouter le poulet rincé au citron et le concentré 10 min

    On l'enrobe bien. Il n'est pas saisi : la sauce est déjà son enveloppe.

  7. Mouiller peu à peu et mijoter 45 minutes 45 min

    Par petites louches. Le wat doit rester très épais, il ne se mange pas à la cuillère à soupe.

  8. Plonger les œufs incisés 10 minutes avant la fin 10 min

    Ils prennent la couleur et le goût. Sans incisions, la sauce glisse dessus.

Le conseil du caviste

Le doro wat est très épicé, très concentré et gras, avec un piquant qui monte lentement et reste. Aucun vin sec ne tient debout longtemps face au berbere.

Le Château de Thenon Côtes de Bergerac Moelleux à 8 °C : le sucre résiduel éteint le feu là où l'alcool d'un vin sec l'attise, c'est l'accord de raison.

Le Moulin Caresse La Frangine Rosé VDP Périgord à 9 °C pour une version modérée en berbere, servie en repas partagé.

Le Château du Rooy Rosette à 8 °C : un demi-ton entre les deux, avec juste ce qu'il faut de douceur.

Plus le plat est piquant, plus le vin doit être sucré et froid : le sucre occupe les mêmes récepteurs que la brûlure et le froid anesthésie. L'alcool, lui, fait exactement l'inverse.

À éviter : un rouge tannique et alcooleux, qui multiplie la sensation de brûlure au lieu de l'apaiser.

Les bouteilles de la cave

La sélection du caviste pour cette recette, en stock.

Château de Thenon Côtes de Bergerac MoelleuxChâteau de Thenon Côtes de Bergerac Moelleux 6,90 €
Moulin Caresse La Frangine Rosé VDP PérigordMoulin Caresse La Frangine Rosé VDP Périgord 6,60 €
Château du Rooy RosetteChâteau du Rooy Rosette 8,80 €
Livraison en Point de Retrait Mondial Relay dès 8,99 € Retrait gratuit à Sainte-Foy-la-Grande

Dépannage

La sauce est terne et granuleuse

Le berbere n'a pas cuit dans le gras. Ses caroténoïdes sont liposolubles : versés dans le bouillon, ils restent enfermés dans la poudre.

Le beurre a noirci et c'est amer

Il n'était pas clarifié, ou mal filtré. Le petit-lait brûle dès 150 °C : il faut retirer l'eau et les protéines, et laisser le dépôt au fond.

C'est trop liquide

On a mouillé d'un coup. Le bouillon entre par petites louches, et un wat doit tenir à la cuillère.

Les oignons se sentent encore en morceaux

Pas assez de cuisson à sec. Il leur faut quarante-cinq minutes pour se défaire complètement et devenir le corps de la sauce.

Les œufs sont fades

Ils n'ont pas été incisés. Un blanc d'œuf est lisse et imperméable : quelques entailles laissent entrer la sauce.

C'est immangeable de piquant

Le berbere varie énormément d'une marque à l'autre. On commence à trois cuillères, on goûte, et on ajuste : on ne peut plus revenir en arrière.

Conservation & préparation anticipée

Le doro wat se garde 4 jours au réfrigérateur et il est bien meilleur le lendemain.

Le niter kibbeh se garde 2 mois au réfrigérateur dans un bocal, et plusieurs semaines à température ambiante : c'est une réserve, pas une préparation minute.

Il se congèle 3 mois, mais sans les œufs durs, qui deviennent caoutchouteux à la décongélation.

Il épaissit encore au froid : on rallonge d'un peu de bouillon chaud au réchauffage.

Les œufs se rajoutent frais au réchauffage, dix minutes suffisent à les colorer.

Variantes

Siga wat

La même sauce avec du bœuf en cubes, deux heures de mijotage. C'est le plat de fête le plus courant après le doro wat.

Alicha, la version douce

Sans berbere, avec du curcuma seulement. Elle se sert toujours à côté du wat rouge, pour ceux qui ne supportent pas le piquant.

Son support obligatoire

Notre injera, dont l'acidité change l'accord de tout le repas.

L'autre usage du beurre, exactement inverse

Nos buffalo wings, où c'est le petit-lait qu'il faut absolument garder.

Questions fréquentes

Pourquoi faut-il du beurre clarifié pour un doro wat ?

Parce que le berbere doit cuire dans un gras très chaud pour libérer ses caroténoïdes, qui sont liposolubles. Un beurre entier noircit dès 150 °C à cause de son petit-lait ; clarifié, il tient plus de 200 °C.

Qu'est-ce que le niter kibbeh ?

Du beurre clarifié parfumé à l'ail, au gingembre, à la cardamome et au fenugrec, puis filtré. Il se garde deux mois au frais et sert de base à toute la cuisine éthiopienne.

Peut-on utiliser de l'huile à la place ?

Cela fonctionne techniquement, l'huile supporte la chaleur. Mais on perd le parfum du niter kibbeh, qui est la moitié de l'identité du plat.

Pourquoi cuire les oignons sans matière grasse ?

Parce qu'ils doivent d'abord rendre toute leur eau et se défaire en purée. Le gras arrive ensuite, au moment précis où il faut extraire le berbere.

Faut-il saisir le poulet ?

Non. Il entre nu dans une sauce déjà faite, qui l'enveloppe : c'est un ragoût, pas un rôti, et une croûte n'y sert à rien.

Quel vin servir avec un doro wat ?

Un moelleux frais à 8 °C. Plus un plat est piquant, plus le vin doit être sucré et froid : le sucre apaise la brûlure là où l'alcool l'attise.

Le doro wat est le plat des grandes occasions en Éthiopie : un ragoût de poulet et d'œufs durs d'un rouge brique profond, si épais qu'il tient à la cuillère. Sa couleur et sa puissance viennent du berbere, un mélange à base de piment séché, de fenugrec, d'ajowan, de cardamome noire et d'une dizaine d'autres épices. Et cette couleur ne s'obtient pas en versant du berbere dans une sauce : elle s'obtient en le faisant cuire dans un beurre clarifié.

La raison tient en un mot : la plupart des molécules intéressantes du piment, à commencer par les caroténoïdes qui font la couleur et la capsaïcine qui fait le feu, sont liposolubles. Dans l'eau, elles restent enfermées dans les particules moulues ; dans un corps gras chaud, elles passent en solution et se répartissent dans tout le plat. C'est pour cela qu'un doro wat où le berbere a été ajouté avec le bouillon reste terne, granuleux et curieusement fade malgré la dose.

Mais il faut du gras très chaud, et c'est là que le beurre ordinaire échoue. Un beurre entier contient environ 16 % de matière non grasse : de l'eau, des protéines de lait, du lactose. Au-delà d'environ 150 °C, ces protéines et ce sucre brunissent puis noircissent, et le beurre prend un goût âcre bien avant que les épices n'aient rendu ce qu'elles ont.

Le niter kibbeh résout exactement ce problème. On fait fondre doucement le beurre, l'eau s'évapore, les protéines se déposent au fond, on récupère la matière grasse pure et dorée. Débarrassée de ce qui pouvait brûler, elle supporte plus de 200 °C. On la parfume au passage d'ail, de gingembre, de cardamome et de fenugrec, et c'est dans ce beurre que le berbere pourra enfin cuire.

C'est l'exact contraire de ce qu'on fait pour une sauce Buffalo, où l'on garde absolument le petit-lait parce que c'est lui qui tient l'émulsion. Le même beurre, deux usages opposés, et deux façons de le rater.

Avant de partir

Les bouteilles que le caviste sert avec cette recette, en stock et prêtes à partir.

Château de Thenon Côtes de Bergerac MoelleuxChâteau de Thenon Côtes de Bergerac Moelleux 6,90 €
Moulin Caresse La Frangine Rosé VDP PérigordMoulin Caresse La Frangine Rosé VDP Périgord 6,60 €
Château du Rooy RosetteChâteau du Rooy Rosette 8,80 €

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