Gâteau breton doré et quadrillé à la fourchette, une part coupée montrant une mie jaune très dense

Dessert

Gâteau breton : que des jaunes, jamais de blancs, sinon il gonfle et perd son grain

Un gâteau breton est dense, court et sableux, et il le doit à ce qu'il n'a pas : de blancs d'œufs. Les blancs sont de l'eau et de l'air. En ajouter donne un gâteau qui monte, s'allège, et n'est plus un gâteau breton.

  • Préparation : 25 min
  • Cuisson : 40 min
  • Repos : 2 h au frais avant cuisson, et refroidissement complet
  • Économique
  • 10 personnes
  • Facile
  • Toute l'année

Ingrédients

10 personnes

Ustensiles

  • un moule à manqué de 22 cm (assez petit pour que le gâteau fasse 4 cm de haut : il ne monte pas)
  • une fourchette (pour le quadrillage sur la dorure, la signature du gâteau)
  • une maryse (on mélange, on ne fouette pas : fouetter incorporerait de l'air)
  • une grille (le gâteau refroidit complètement avant d'être démoulé)
  • des ramequins (pour séparer les jaunes un à un, sans risquer d'y faire tomber un blanc)

L'astuce du chef

Les jaunes seuls font le gâteau breton. C'est la règle qui le sépare de tous les autres gâteaux au beurre, et celle qu'on enfreint par économie ou par réflexe.

Un blanc d'œuf est de l'eau et de l'air. Près de 90 % d'eau, et des protéines capables de piéger l'air : les deux choses qu'on ne veut pas ici.

L'eau développe le gluten. Elle permet aux protéines de la farine de s'associer en réseau élastique, et la mie devient souple au lieu d'être courte et sableuse.

L'air fait monter le gâteau. On obtient une mie alvéolée, plus haute et plus légère, c'est-à-dire l'inverse exact de ce qu'on cherche.

Le jaune, lui, enrichit sans alléger. Ses lipides et ses lécithines émulsionnent le beurre dans la pâte et donnent cette texture dense et fondante.

Il n'y a aucune levure. Le gâteau breton n'a pas à monter, et une levure chimique donnerait exactement le défaut qu'on évite en écartant les blancs.

Le beurre demi-sel est un ingrédient. À 250 g pour 300 g de farine, son sel est perceptible et fait partie du goût : du beurre doux donne un gâteau plat et sucré.

On mélange, on ne fouette jamais. Fouetter incorpore de l'air dans une pâte dont toute la qualité est de ne pas en contenir.

On travaille la farine le moins possible. Même sans blancs, un pétrissage prolongé développe assez de gluten pour rendre la mie caoutchouteuse.

Deux heures de froid avant d'étaler. Avec autant de beurre, la pâte est molle et collante à température ambiante : le froid la rend maniable.

Il refroidit complètement dans son moule. Démoulé chaud, un gâteau aussi dense et aussi gras se casse sous son propre poids.

Préparation pas à pas

  1. Séparer les œufs, un à un, dans un ramequin 8 min

    Chaque jaune passe par le ramequin. Un blanc tombé dans la masse ne se rattrape pas : il change la texture de tout le gâteau.

  2. Travailler beurre demi-sel et sucre 6 min

    À la maryse jusqu'à obtenir une pommade lisse. On ne fouette pas : fouetter incorpore de l'air, exactement ce qu'on ne veut pas.

  3. Ajouter les jaunes un par un 5 min

    En mélangeant à chaque fois. Les lécithines des jaunes émulsionnent le beurre et donnent la texture courte du gâteau.

  4. Incorporer la farine sans travailler 5 min

    En trois fois, à la maryse, jusqu'à disparition de la farine et pas une seconde de plus. Travailler la pâte développe le gluten et durcit la mie.

  5. REPOSER 2 HEURES AU FRAIS 2 h

    La pâte est très grasse et molle. Le froid raffermit le beurre et permet de l'étaler dans le moule sans qu'elle colle.

  6. Étaler dans le moule sur 3 cm 5 min

    À la main ou au dos d'une cuillère, en lissant bien. Le gâteau ne montera presque pas : l'épaisseur du moule est celle du gâteau fini.

  7. Dorer et QUADRILLER À LA FOURCHETTE 5 min

    Jaune d'œuf au pinceau, puis un quadrillage tracé aux dents de la fourchette. C'est la signature du gâteau, et les sillons foncent à la cuisson.

  8. CUIRE 40 MINUTES À 170 °C 40 min

    Jusqu'à une couleur brun doré profond et laquée. On laisse refroidir complètement dans le moule avant de démouler : chaud, il se casse.

Le conseil du caviste

Le gâteau breton est très beurré, salé par le demi-sel, dense et peu parfumé. C'est sa richesse qui commande l'accord.

Le Château de Thenon Côtes de Bergerac Moelleux à 8 °C est l'accord le plus juste : son sucre et sa fraîcheur répondent au gras du beurre.

Le Château Moulin Caresse Magie d'Automne Moelleux à 8 °C pour plus d'ampleur, en fin de repas.

Le Tour du Roy Demi-Sec Crémant de Bordeaux à 7 °C au goûter : la bulle décape le beurre entre deux bouchées, ce qu'aucun vin tranquille ne fait.

Le sel du beurre demi-sel aide beaucoup : il fait ressortir le fruit d'un vin doux, comme sur un accord foie gras.

À éviter : un vin sec, qui paraîtrait immédiatement acide et maigre face à un gâteau aussi gras.

Les bouteilles de la cave

La sélection du caviste pour cette recette, en stock.

Château de Thenon Côtes de Bergerac MoelleuxChâteau de Thenon Côtes de Bergerac Moelleux 6,90 €
Château Moulin Caresse Magie d'Automne MoelleuxChâteau Moulin Caresse Magie d'Automne Moelleux 9,90 €
Tour du Roy Demi-Sec Crémant de BordeauxTour du Roy Demi-Sec Crémant de Bordeaux 9,50 €
Livraison en Point de Retrait Mondial Relay dès 8,99 € Retrait gratuit à Sainte-Foy-la-Grande

Dépannage

Le gâteau a monté et il est léger

Il y avait des blancs, ou de la levure. Les blancs apportent eau et air : c'est exactement ce qui transforme un gâteau breton en quatre-quarts.

La mie est élastique et caoutchouteuse

Le gluten s'est développé. Trop de liquide, ou la pâte a été travaillée après l'ajout de la farine : on s'arrête dès qu'elle a disparu.

Le gâteau s'est cassé au démoulage

Il était chaud. Une pâte aussi grasse et aussi dense n'a aucune tenue tant qu'elle n'a pas refroidi complètement dans son moule.

La pâte colle et refuse de s'étaler

Elle n'a pas assez reposé au froid. Deux heures raffermissent le beurre et la rendent maniable.

Il est fade

Le beurre était doux. Le beurre demi-sel n'est pas une option ici : son sel fait partie du goût du gâteau.

Le quadrillage a disparu

La dorure était trop liquide ou le tracé trop léger. On dore au jaune pur à peine détendu, et on appuie franchement avec la fourchette.

Conservation & préparation anticipée

Le gâteau breton se garde 1 semaine à température ambiante, emballé dans du papier ou sous une cloche, et c'est un vrai gâteau de garde.

Il est meilleur après 2 jours, quand le beurre s'est stabilisé et que la mie a fini de se serrer.

Jamais au réfrigérateur : le beurre y durcit et la mie devient cassante et sèche.

Il se congèle 3 mois, entier ou en parts, et décongèle très bien à température ambiante.

Ne le démoulez jamais chaud : un gâteau aussi dense et aussi gras se casse sous son propre poids tant qu'il n'a pas refroidi.

Variantes

Fourré au caramel au beurre salé

La moitié de la pâte, une couche de caramel, le reste de la pâte par-dessus. La règle des jaunes ne change pas.

Aux pruneaux

Des pruneaux réhydratés enfoncés dans la pâte avant cuisson, très courant dans le sud de la Bretagne.

Comparez avec un quatre-quarts

Où les œufs entiers font justement monter la pâte : notre quatre-quarts.

Sur une table bretonne

Avec notre kouign-amann et notre far breton.

Questions fréquentes

Pourquoi seulement des jaunes ?

Parce qu'un blanc est de l'eau et de l'air. L'eau développe le gluten et rend la mie élastique, l'air fait monter le gâteau : les deux détruisent la densité qui définit un gâteau breton.

Que faire des blancs restants ?

Des meringues, des financiers ou une omelette. Ils ne rentrent en aucun cas dans cette pâte.

Faut-il de la levure ?

Aucune. Le gâteau breton n'a pas à monter, et une levure chimique produirait exactement le défaut qu'on évite en écartant les blancs.

Peut-on utiliser du beurre doux ?

Le gâteau sera fade. Avec 250 g de beurre pour 300 g de farine, le sel du demi-sel est perceptible et fait partie du goût.

Pourquoi laisser reposer la pâte au froid ?

Elle est très grasse et molle à température ambiante. Deux heures de froid raffermissent le beurre et permettent de l'étaler dans le moule.

Quel vin servir avec un gâteau breton ?

Un moelleux à 8 °C, dont le sucre répond au gras du beurre, ou un crémant demi-sec à 7 °C au goûter. Un vin sec paraîtrait maigre.

Le gâteau breton n'est pas un quatre-quarts, encore moins une génoise. C'est une pièce dense, lourde, presque sableuse, qu'on coupe en parts fines et qui se garde une semaine. Sa recette tient en quatre ingrédients : farine, sucre, beurre demi-sel, et des jaunes d'œufs seuls.

Cette dernière précision n'est pas une coquetterie régionale. Un blanc d'œuf, c'est près de 90 % d'eau et des protéines qui piègent l'air. Un jaune, c'est de l'eau aussi, mais surtout des lipides et des lécithines, qui émulsionnent le beurre et enrichissent la pâte sans l'alléger.

Mettre les blancs change donc deux choses à la fois. Ils apportent de l'eau, qui développe le gluten de la farine et rend la mie élastique au lieu d'être courte. Et ils apportent de l'air, qui fait monter le gâteau et lui donne une mie alvéolée.

On obtient alors un gâteau correct, mais qui n'a plus rien du gâteau breton : plus haut, plus léger, plus sec, et qui se garde moins bien. La densité n'est pas un défaut de cette recette, c'est son objet.

Avant de partir

Les bouteilles que le caviste sert avec cette recette, en stock et prêtes à partir.

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