Matelote d'anguille au vin rouge dans un plat en terre vernissée, tronçons d'anguille à la chair blanche, sauce rouge brillante, petits oignons glacés, lardons, champignons, persil, croûtons dorés, louche à plat, pain, verre de vin rouge

Plat principal

Matelote d'anguille : la recette au vin rouge

  • Préparation : 40 min
  • Cuisson : 1 h 10
  • Élevé
  • 4 personnes
  • Moyen
  • Automne
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Ingrédients

4 personnes

Ustensiles

  • UNE COCOTTE EN FONTE (L'OUTIL DU PLAT : l'anguille raidie, le vin réduit, le mijotage doux dans le même récipient)
  • une petite casserole (les petits oignons glacés à brun)
  • une poêle (lardons, champignons, puis croûtons)
  • un chinois (la sauce passée en pressant les légumes)
  • un fouet (le beurre manié incorporé par morceaux)
  • une écumoire (les tronçons sortis sans les casser)

L'astuce du chef

L'anguille, poisson gras. Vingt pour cent de gras, une chair ferme et fondante qui ne se délite pas : c'est le seul poisson d'eau douce qui supporte un mijotage au vin rouge et une sauce liée, comme une viande. Un poisson maigre s'y déferait en flocons.

Dépouillée par le poissonnier. La peau de l'anguille est épaisse et gluante ; le poissonnier la retire d'un geste. On garde une peau fine, qui tient les tronçons, ou on la fait retirer.

Raidie. Trois minutes dans le beurre chaud, la surface de la chair coagule et se ferme : les tronçons gardent leur forme dans le vin. Mis crus dans la sauce, ils s'effilochent.

Flambée. Le marc brûlé laisse son parfum sans son alcool, et son goût de fruit rejoint celui du vin ; c'est le geste des matelotes de la Loire.

Singée. Une cuillère de farine sur les légumes, une minute : la première liaison, légère, qui donne du corps à la sauce sans la charger.

Le vin réduit avant. Quinze minutes de réduction à découvert : l'alcool part, l'acidité s'adoucit, les tanins s'arrondissent, et la sauce prend sa couleur sombre. Le poisson mis dans un vin cru cuit dans de l'acide et la sauce reste aigre et violacée.

À peine couvert. Le vin arrive au ras des tronçons : trop de liquide fait une soupe ; un fond de bouillon complète si le vin a trop réduit.

Frémissement, sans remuer. Vingt-cinq minutes à peine frémissant : l'anguille cuit et parfume la sauce, et les tronçons restent entiers. Une ébullition les casse ; une cuillère aussi.

La garniture à part. Petits oignons glacés à brun, lardons dorés, champignons sautés, chacun dans son gras : cuits dans la sauce, ils bouillent et grisent ; faits à part, ils gardent leur goût et leur couleur, et se réchauffent 3 minutes à la fin.

Passée au chinois. Les légumes de cuisson pressés dans la sauce ont donné leur goût ; retirés, la sauce est lisse et brillante. Les tronçons attendent au chaud, couverts.

Le beurre manié. Beurre et farine pétris à parts égales, fouettés par petits morceaux dans la sauce frémissante : la liaison classique des matelotes, qui épaissit en une minute sans grumeaux et donne le brillant. Une cuillère de sang de l'anguille, à l'ancienne, lie plus encore.

Le gras du poisson décide s'il porte le rouge. Le poisson se boit blanc parce qu'il est maigre et que le tanin, sans gras pour l'enrober, devient métallique sur sa chair ; l'anguille est l'exception, grasse comme une viande, et son gras fait au tanin ce que fait celui du bœuf, il l'enrobe et l'adoucit ; cuite au rouge, elle se boit rouge, le même que celui de la sauce, léger, fruité, sans bois.

Préparation pas à pas

  1. Tronçons d'anguille salés, poivrés ; raidis 3 min au beurre ; flambés au marc ; réservés 6 min

    La chair blanchit, la peau dore.

  2. Oignons, carotte, ail fondus 8 min ; farine 1 min ; vin rouge, bouquet garni, sucre 10 min

    Singé.

  3. Vin réduit d'un tiers, 15 min à découvert 15 min

    Jamais de vin cru sur le poisson.

  4. Anguille replacée, à peine couverte ; 25 min à couvert, frémissement doux, sans remuer 25 min

    La chair se détache de l'arête.

  5. Pendant ce temps : oignons glacés à brun 15 min ; lardons blanchis et dorés ; champignons sautés ; croûtons frits au beurre, frottés d'ail 25 min

    La garniture des matelotes.

  6. Anguille retirée et tenue au chaud ; sauce passée au chinois, réduite 5 min si claire 8 min

    Sombre et brillante.

  7. Beurre manié fouetté par morceaux à frémissement, jusqu'à napper ; sel, poivre, pointe de sucre 3 min

    Elle nappe la cuillère.

  8. Anguille, oignons, lardons, champignons remis 3 min ; croûtons autour, persil ; pommes vapeur 5 min

    Le bourguignon du fleuve.

Le conseil du caviste

Une matelote d'anguille au vin rouge, flambée au marc, avec petits oignons glacés, lardons, champignons et croûtons frits.

Bordeaux Château Tour de Biot à 15 °C, le rouge léger et fruité, sur la matelote d'anguille, et dans la sauce.

Château Beynat Castillon Côtes de Bordeaux à 16 °C, le merlot rond, sur la version aux pruneaux, la bouilleture d'Anjou.

Château Moulin Caresse Cœur de Roche à 16 °C, le rouge plus profond, sur la matelote de poissons mêlés, plus riche.

Le gras du poisson décide s'il porte le rouge : on dit que le poisson se boit blanc, et c'est vrai des poissons maigres, dont la chair fine, sans gras pour envelopper le tanin, le rend métallique et fait ressortir un goût de fer ; mais l'anguille est un poisson gras, vingt pour cent, autant qu'une viande, et son gras fait avec le tanin exactement ce que fait celui du bœuf dans un bourguignon, il l'enrobe, l'adoucit et lui donne un rôle ; cuite dans le vin rouge avec des lardons et des oignons glacés, elle se boit rouge, le même vin que celui de la sauce, léger, fruité, sans bois, servi frais. C'est la règle des poissons au vin rouge, la matelote, la lamproie à la bordelaise, le thon ou le saumon au rouge : ce n'est pas le vin de la sauce qui autorise le rouge, c'est le gras du poisson, et sans lui la sauce au rouge appellerait quand même un blanc. Le Bordeaux du château Tour de Biot, un rouge souple et fruité, aux tanins fondus, est le vin de cette matelote, dans la cocotte et dans le verre, à 15 °C ; le castillon du château Beynat, merlot rond et mûr, sur la bouilleture d'Anjou aux pruneaux, plus douce ; et le Cœur de Roche de Moulin Caresse, plus profond, sur la matelote de poissons mêlés, brochet, carpe et anguille, plus riche et plus longue. La règle de l'anguille : le seul poisson de rouge, parce que le seul poisson gras du fleuve.

À éviter : un rouge tannique et boisé, que la sauce au vin double en âpreté, et un blanc, qui n'a plus rien à faire sur une sauce au rouge.

Les bouteilles de la cave

La sélection du caviste pour cette recette, en stock.

Bordeaux Château Tour de Biot RougeBordeaux Château Tour de Biot Rouge 6,00 €
Château Beynat Castillon Côtes de BordeauxChâteau Beynat Castillon Côtes de Bordeaux 9,00 €
Château Moulin Caresse Cœur de RocheChâteau Moulin Caresse Cœur de Roche 41,00 €
Livraison en Point de Retrait Mondial Relay dès 8,99 € Retrait gratuit à Sainte-Foy-la-Grande

Dépannage

L'anguille s'est défaite dans la sauce

Pas raidie, cuisson trop longue, ou remuée. Raidie 3 minutes au beurre, 25 minutes à frémissement sans remuer, et sortie à l'écumoire.

La sauce est aigre et violacée

Vin pas réduit, ou vin trop tannique. Réduit d'un tiers avant le poisson, un rouge léger et fruité, une pincée de sucre, et le beurre manié qui arrondit.

La sauce est claire et liquide

Pas singée, trop de liquide, pas assez de beurre manié. La farine sur les légumes, le vin au ras des tronçons, réduite 5 minutes après le chinois, et le beurre manié par morceaux jusqu'à napper.

Elle a un goût de vase

Anguille d'étang non dégorgée. Une anguille de rivière ou d'élevage, du poissonnier, ou dégorgée 2 heures dans l'eau salée ; le flambage et le bouquet garni aident.

Les petits oignons sont crus ou brûlés

Glacés trop vite ou trop fort. Quinze minutes à feu doux avec le beurre, le sucre et un fond d'eau, à couvert puis à découvert, secoués.

Les croûtons sont mous

Trempés dans la sauce, ou faits d'avance. Frits au beurre au dernier moment, plantés autour du plat, pas dedans.

Conservation & préparation anticipée

La matelote se garde 2 jours au réfrigérateur, dans sa sauce, et elle est meilleure réchauffée le lendemain, doucement, à couvert, 15 minutes, sans bouillir ; les croûtons refaits au moment.

Elle se congèle 2 mois, sans la garniture ni les croûtons ; décongelée une nuit au réfrigérateur.

La sauce se prépare la veille jusqu'à la liaison, et l'anguille se cuit dedans le jour même, 25 minutes.

L'anguille crue se cuit le jour même de l'achat ; tronçonnée et épongée, elle se garde 24 heures au réfrigérateur.

La garniture, oignons glacés, lardons et champignons, se prépare la veille et se garde 2 jours.

Variantes

La matelote de poisson au vin rouge

Notre matelote de poisson, la version aux poissons de rivière mêlés.

La lamproie à la bordelaise

Notre lamproie à la bordelaise, l'autre poisson gras au vin rouge, avec les poireaux.

Le bœuf bourguignon

Notre bœuf bourguignon, la même garniture et la même sauce, avec la viande.

La bouilleture d'Anjou

La même matelote au rouge de Loire, avec 12 pruneaux mis à tremper dans le vin la veille et ajoutés avec l'anguille, une cuillère de sucre en plus, et la sauce liée au beurre manié et à une cuillère de crème : la matelote angevine, plus douce, celle des bords de Loire entre Saumur et Angers, à boire avec un rouge rond.

Questions fréquentes

Où trouver de l'anguille, et comment la préparer ?

Chez le poissonnier, sur commande, de l'automne au printemps, ou auprès d'un pêcheur de Loire, de Dordogne ou de Camargue ; on la demande tuée, dépouillée, vidée et coupée en tronçons de 5 cm, ce qu'on ne fait pas soi-même sans habitude. Une anguille de 600 g à 1 kg, à la chair blanche et ferme ; l'anguille d'élevage est régulière et sans goût de vase.

Pourquoi du vin rouge sur un poisson ?

Parce que l'anguille est un poisson gras, vingt pour cent, dont la chair ferme se comporte comme une viande dans un ragoût : elle supporte le mijotage, le tanin et la sauce liée, là où un poisson maigre se déferait et rendrait le vin métallique. C'est le plat des mariniers, cuit avec le vin du pays, à Chinon, à Bourgueil, en Bourgogne.

Quel vin mettre dans la sauce ?

Un rouge léger, fruité et sans bois, de Loire, de Bergerac ou de Bordeaux, celui qu'on boira à table : la sauce réduit et concentre le vin, et un rouge tannique ou boisé la rend âpre. Une bouteille de 75 cl, réduite d'un tiers avant le poisson. Jamais un vin de cuisine médiocre : c'est la sauce.

Peut-on remplacer l'anguille ?

Par des poissons de rivière mêlés, brochet, carpe, perche, tanche, c'est la matelote classique ; par de la lotte, ferme et sans arêtes, très bonne au rouge ; ou par du saumon en gros dés, 10 minutes seulement. Les poissons maigres et fins, cabillaud, merlu, ne tiennent pas dans une sauce au vin rouge.

Comment lier la sauce ?

Au beurre manié, beurre et farine pétris à parts égales, fouettés par petits morceaux dans la sauce frémissante jusqu'à ce qu'elle nappe la cuillère ; c'est la liaison des matelotes, sans grumeaux. À l'ancienne, on ajoutait une cuillère de sang de l'anguille hors du feu, qui lie et fonce. La farine sur les légumes au début aide déjà.

Quel vin servir avec ?

Le même rouge que celui de la sauce, léger et fruité, un bordeaux souple à 15 °C : l'anguille est un poisson gras, et son gras enrobe le tanin comme celui d'une viande, ce qu'aucun poisson maigre ne ferait. Un merlot rond sur la bouilleture aux pruneaux, un rouge plus profond sur la matelote de poissons mêlés. Jamais un blanc sur une sauce au rouge, ni un rouge tannique.

La matelote est le ragoût des mariniers, cuit à bord avec le poisson du fleuve et le vin du pays ; chaque rivière a la sienne, au blanc sur la Loire d'aval, au rouge à Bourgueil, à Chinon, en Bourgogne et en Alsace pour le riesling. L'anguille est le poisson des matelotes parce qu'elle est le plus gras des poissons d'eau douce, 20 % de gras, et que sa chair ferme et fondante tient dans une sauce au vin comme une viande ; c'est d'ailleurs comme une viande qu'on la traite ici, raidie, flambée, mijotée, avec la garniture bourguignonne. On la demande au poissonnier tuée, dépouillée et tronçonnée ; l'anguille est en saison de l'automne au printemps.

L'anguille : 1,2 kg d'anguilles dépouillées, vidées, la tête retirée, en tronçons de 5 cm, rincées, épongées, salées et poivrées. Dans une cocotte, 40 g de beurre chaud ; les tronçons raidis 3 minutes en les retournant, jusqu'à ce que la chair blanchisse et que la peau commence à dorer ; 5 cl de marc ou de cognac versé, flambé ; les tronçons retirés et réservés. Dans le même beurre, 2 oignons émincés, 1 carotte en rondelles fines, 2 gousses d'ail écrasées, fondus 8 minutes ; 1 cuillère de farine saupoudrée, 1 minute ; 75 cl de vin rouge, un rouge de Loire ou de Bergerac léger et fruité, versé, un bouquet garni, thym, laurier, persil, une pincée de sucre ; porté à ébullition et réduit d'un tiers, 15 minutes, à découvert.

Le mijotage : les tronçons d'anguille replacés dans le vin réduit, qui doit à peine les couvrir, un fond de bouillon ou d'eau si besoin ; 25 minutes à couvert, à frémissement très doux, sans remuer, jusqu'à ce que la chair se détache de l'arête centrale sous la fourchette. La garniture, pendant ce temps : 16 petits oignons grelots pelés, glacés à brun dans une petite casserole avec 20 g de beurre, une pincée de sucre et un fond d'eau, 15 minutes, jusqu'à dorés et fondants ; 150 g de lardons blanchis 2 minutes, égouttés, dorés à la poêle ; 250 g de champignons de Paris en quartiers, sautés dans le gras des lardons, 5 minutes, jusqu'à dorés ; 8 croûtons triangulaires de pain de mie ou de campagne, frits au beurre des deux côtés, frottés d'ail.

La sauce : les tronçons d'anguille retirés délicatement et tenus au chaud ; la sauce passée au chinois en pressant les légumes, remise dans la cocotte, réduite 5 minutes si elle est claire ; 30 g de beurre manié, beurre et farine à parts égales pétris, fouettés dedans par petits morceaux, à frémissement, jusqu'à ce que la sauce nappe la cuillère et brille ; goûtée, sel, poivre, une pointe de sucre si elle est âpre ; l'anguille, les oignons, les lardons et les champignons remis dedans, 3 minutes pour réchauffer. Le service : dans la cocotte ou un plat creux, les croûtons plantés autour, du persil haché ; avec des pommes de terre vapeur ou des pâtes fraîches. Les variantes : la matelote au vin blanc, de la Loire d'aval, avec un muscadet et de la crème à la fin ; la matelote de poissons, anguille, brochet, carpe et perche mêlés ; la matelote à l'alsacienne, au riesling, crème et nouilles ; la bouilleture d'Anjou, l'anguille au rouge avec des pruneaux ; et la matelote normande, au cidre et à la crème.

L'anguille : du poissonnier ou de la pêche, entre 500 g et 1 kg pièce, tuée et dépouillée par le poissonnier, qui la tronçonne ; sa chair est blanche, ferme, grasse, et se détache de l'arête à la cuisson. Le vin : un rouge léger et fruité, sans bois, celui qu'on boira, de Loire, de Bergerac ou de Bordeaux ; jamais un vin tannique, qui rend la sauce âpre.

Avant de partir

Les bouteilles que le caviste sert avec cette recette, en stock et prêtes à partir.

Bordeaux Château Tour de Biot RougeBordeaux Château Tour de Biot Rouge 6,00 €
Château Beynat Castillon Côtes de BordeauxChâteau Beynat Castillon Côtes de Bordeaux 9,00 €
Château Moulin Caresse Cœur de RocheChâteau Moulin Caresse Cœur de Roche 41,00 €

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