Presskopf alsacien tranché, mosaïque de viandes rosées et brunes prise dans une gelée ambrée, cornichons

Entrée

Presskopf : coulé trop chaud, la viande remonte et la gelée se sépare

Un presskopf raté a une couche de gelée claire au fond et la viande tassée en haut. Ce n'est pas une erreur de recette mais de température de coulage : versé brûlant, le bouillon est trop fluide pour tenir les morceaux en suspension.

  • Préparation : 1 h
  • Cuisson : 3 h 30
  • Repos : 12 h de prise au froid, sous poids
  • Économique
  • 10 personnes
  • Difficile
  • Automne et hiver

Ingrédients

10 personnes

Ustensiles

  • un thermomètre de cuisine (il décide de tout : le bouillon se coule à 30 à 35 °C)
  • une terrine rectangulaire (chemisée de film alimentaire, pour un démoulage net)
  • un chinois et une étamine (le bouillon se filtre deux fois, une gelée trouble se voit)
  • une planche et deux boîtes de conserve (le POIDS qui presse la terrine pendant la prise, d'où son nom)
  • un couteau bien aiguisé (les viandes se taillent en morceaux INÉGAUX, c'est la mosaïque)

L'astuce du chef

La température de coulage décide de la mosaïque. C'est le seul paramètre qui sépare un presskopf où la viande est répartie d'un presskopf où elle est tassée en haut.

Un bouillon chaud est presque aussi fluide que de l'eau. À 80 °C, la gélatine dissoute n'épaissit quasiment rien : le liquide ne peut retenir aucune particule.

Les morceaux de viande remontent. Ils sont moins denses que le bouillon salé, et pendant les heures de prise ils migrent lentement vers la surface. On retrouve une couche de gelée nue au fond.

À 30 ou 35 °C, le bouillon est sirupeux. Les chaînes de gélatine commencent à s'associer et la viscosité monte brutalement : le liquide immobilise les morceaux là où ils sont.

Mais pas plus froid. En dessous de 25 °C il commence à prendre et ne remplit plus les interstices : on obtient des poches d'air, qui sont l'autre défaut classique.

Les viandes de tête fournissent toute la gélatine. Joue, gorge et couenne sont extrêmement riches en collagène : il suffit de réduire le bouillon, jamais d'ajouter de la gélatine.

Le test de l'assiette froide est fiable. Une cuillerée de bouillon réduit posée sur une assiette sortie du congélateur doit prendre en gelée ferme en cinq minutes.

Le bouillon se filtre deux fois. Une gelée trouble ruine l'effet visuel, qui est la moitié de l'intérêt de ce plat.

On taille en morceaux inégaux. Des cubes réguliers donnent un damier industriel ; l'irrégularité est ce qui fait reconnaître un presskopf de charcutier.

On assaisonne fort. Le froid émousse la perception du sel et des aromates : un presskopf goûté tiède doit paraître légèrement trop assaisonné.

Le poids fait le reste. Il chasse l'air résiduel et soude la masse, et c'est à lui que le presskopf doit son nom.

Préparation pas à pas

  1. Cuire les viandes 3 h 30 à frémissement 3 h 30

    Avec la garniture, le vin blanc et l'eau à couvrir. Elles sont prêtes quand elles se défont sous la fourchette, sans être en bouillie.

  2. Filtrer le bouillon deux fois 15 min

    Au chinois puis à l'étamine. Une gelée trouble se voit à la coupe et gâche tout l'effet.

  3. RÉDUIRE LE BOUILLON DE MOITIÉ 40 min

    À découvert. Le test : une cuillerée refroidie sur une assiette froide doit prendre en gelée ferme en cinq minutes. Aucune gélatine à ajouter.

  4. Tailler les viandes en morceaux inégaux 25 min

    Au couteau, en morceaux de 1 à 3 cm, volontairement irréguliers. C'est cette irrégularité qui fait la mosaïque.

  5. Mêler persil, échalote et assaisonnement 8 min

    Directement dans la viande, généreusement. On assaisonne fort : un plat servi froid paraît toujours plus fade.

  6. Ranger dans la terrine chemisée 10 min

    En couches, sans tasser, en laissant de l'air entre les morceaux pour que la gelée puisse circuler partout.

  7. LAISSER TIÉDIR LE BOUILLON À 30 OU 35 °C 30 min

    Au thermomètre. Il doit être visiblement sirupeux et couler en filet épais. Versé brûlant, il est trop fluide et la viande remonte.

  8. Couler, presser, 12 heures au froid 12 h

    Le bouillon versé lentement, la terrine couverte, une planche et un poids dessus. Le pressage chasse l'air et soude la masse.

Le conseil du caviste

Le presskopf est gras, gélatineux, servi froid avec une vinaigrette acide. Il appelle un blanc vif, jamais un rouge.

Le Château La Verrière Bordeaux Blanc Sec à 10 °C est l'accord de référence : son acidité coupe la gélatine et prolonge la vinaigrette.

Le Moulin Caresse Le Sauvignon à 10 °C pour plus de tension, et ses notes végétales rejoignent le persil et l'échalote.

Le Moulin Caresse La Frangine Rosé VDP Périgord à 9 °C pour un service estival, en entrée légère.

Servi froid, le plat a besoin d'un vin très frais : un vin à température de pièce paraîtrait lourd et mou face à une gelée sortie du réfrigérateur.

À éviter : un rouge, même léger. Sur une gelée et une vinaigrette, les tanins deviennent immédiatement métalliques.

Les bouteilles de la cave

La sélection du caviste pour cette recette, en stock.

Château La Verrière Bordeaux Blanc SecChâteau La Verrière Bordeaux Blanc Sec 6,90 €
Moulin Caresse Le SauvignonMoulin Caresse Le Sauvignon 7,90 €
Moulin Caresse La Frangine Rosé VDP PérigordMoulin Caresse La Frangine Rosé VDP Périgord 6,60 €
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Dépannage

Il y a une couche de gelée claire au fond

Le bouillon a été coulé trop chaud. À 80 °C il est aussi fluide que de l'eau et la viande remonte : on coule entre 30 et 35 °C, quand il est sirupeux.

Il y a des poches d'air dans la terrine

Le bouillon était au contraire trop froid et commençait à prendre. En dessous de 25 °C il ne remplit plus les interstices.

La gelée ne prend pas

Le bouillon n'a pas assez réduit. Test : une cuillerée sur une assiette froide doit prendre en cinq minutes. On réduit, on n'ajoute jamais de gélatine.

La gelée est trouble

Le bouillon n'a été filtré qu'une fois, ou il a bouilli. Frémissement seulement, puis chinois et étamine.

C'est fade

L'assaisonnement était calculé sur un goût à chaud. Le froid émousse la perception : il faut saler et poivrer nettement plus fort.

Ça ressemble à un damier industriel

Les morceaux étaient trop réguliers. On taille au couteau, volontairement inégal, entre 1 et 3 cm.

Conservation & préparation anticipée

Le presskopf se garde 5 jours au réfrigérateur, entier et couvert, et il est meilleur à partir du deuxième jour, quand l'assaisonnement s'est diffusé.

Il se tranche froid et se sert à 12 °C : sorti vingt minutes avant, il libère bien plus d'arômes qu'à la sortie du réfrigérateur.

Il ne se congèle pas. La gelée se dissocie à la décongélation et rend de l'eau : la mosaïque se défait.

On le tranche à la demande : les tranches coupées à l'avance sèchent et la gelée ternit.

Le bouillon en excès se garde en bac à glaçons au congélateur, et enrichit admirablement une soupe ou une sauce.

Variantes

Avec de la langue

Des tranches de langue rangées au centre, qui dessinent une bande rose dans la mosaïque. Le classique des charcutiers alsaciens.

En petits bocaux

Pratique pour les portions et pour offrir, mais on perd le pressage et donc une partie de la tenue.

Comparez avec une autre gelée

Où elle joue un rôle inverse, celui de barrière : notre pâté en croûte.

Le même morceau autrement

Servi chaud et non pris en gelée : notre tête de veau sauce gribiche.

Questions fréquentes

Pourquoi la viande remonte-t-elle en haut ?

Le bouillon a été coulé trop chaud. À 80 °C il est presque aussi fluide que de l'eau et ne retient rien : les morceaux, moins denses, migrent en surface pendant la prise.

À quelle température couler le bouillon ?

Entre 30 et 35 °C, quand il est visiblement sirupeux et coule en filet épais. Assez fluide pour remplir les interstices, assez épais pour immobiliser la viande.

Faut-il ajouter de la gélatine ?

Jamais. Joue, gorge et couenne sont extrêmement riches en collagène : il suffit de réduire le bouillon de moitié et de vérifier sur une assiette froide.

Comment savoir si la gelée prendra ?

Une cuillerée de bouillon réduit posée sur une assiette sortie du congélateur doit prendre en gelée ferme en cinq minutes.

Pourquoi presser la terrine ?

Le poids chasse l'air résiduel et soude la masse, ce qui permet des tranches nettes. C'est à ce geste que le presskopf doit son nom.

Quel vin servir avec un presskopf ?

Un bordeaux blanc sec bien frais, à 10 °C. Servi froid, le plat a besoin d'un vin très frais et acide : un rouge y devient métallique.

Le presskopf est la terrine alsacienne de tête de porc : des viandes longuement cuites, désossées, taillées, remises en moule et prises dans leur propre gelée. Sa beauté tient à la mosaïque qu'on voit à la coupe, des morceaux de toutes tailles répartis dans toute la hauteur.

Et le défaut le plus courant, c'est justement que cette mosaïque n'existe pas : la viande forme un bloc compact en haut, et le bas est une couche de gelée claire, nue et tremblante. Le presskopf n'est pas raté au goût, il est raté à la coupe.

La cause est une question de viscosité. Un bouillon riche en gélatine est très fluide à 80 °C, à peine plus épais que de l'eau. Versé à cette température, il ne peut retenir aucune particule : les morceaux de viande, plus légers que le liquide, remontent lentement en surface pendant les heures de prise.

La parade est simple. On laisse le bouillon tiédir jusqu'à 30 ou 35 °C, juste avant le point où il commence à prendre. À cette température il est devenu sirupeux : assez fluide pour remplir tous les interstices, assez épais pour immobiliser les morceaux là où on les a placés.

Avant de partir

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