La Toussaint n'a pas de cocktail. Halloween a pris toute la place bruyante du 31 octobre, et le lendemain, plus calme, plus gris, plus familial, se boit généralement au café ou pas du tout. C'est pourtant là que les eaux-de-vie de fruits ont le plus de sens : on les sort déjà à ce moment de l'année, mais toujours sous forme de petit verre debout, jamais travaillées.
Les mettre en cocktail demande de renoncer à une habitude. Une eau-de-vie de prune est sèche, droite, sans sucre résiduel : elle ne supporte ni le jus de fruit ni les liqueurs qui l'écraseraient. Ce qu'elle accepte, c'est un peu d'eau de fonte, une pointe de sucre et un contrepoint amer — exactement la construction d'un old fashioned.
Le pruneau referme le cercle. Réduit en sirop, il ramène au verre la même prune, mais cuite, concentrée, avec ses notes de caramel et de fruit séché. L'eau-de-vie donne le fruit frais, le sirop le fruit séché, et l'écart entre les deux fait toute la longueur du verre.
Le zeste brûlé par-dessus n'est pas un ornement : les huiles de l'écorce chauffées tombent à la surface et posent une couche fumée qu'on sent avant de boire.








