L'espadon se vend en darnes épaisses et se cuisine comme une viande, ce qui explique à la fois son succès et la fréquence des ratages. C'est un poisson très maigre, autour de 4 % de matière grasse, et le gras est précisément ce qui pardonne une minute de trop.
Le phénomène en cause n'a rien de mystérieux : c'est l'inertie thermique. Dans une darne de 3 cm, la chaleur accumulée en surface continue de migrer vers le centre après la sortie du feu. Le cœur gagne encore 3 à 5 °C pendant les minutes de repos, sans qu'on fasse quoi que ce soit.
Or la chair d'espadon est cuite à point vers 60 °C, et sèche au-delà de 63 °C : ses fibres se contractent et expulsent le peu d'eau qu'elles retenaient. On sort donc la darne à 55 °C, mesurés à la sonde au centre, et on la laisse arriver toute seule là où on la veut.
Le reste est affaire de surface : gril très chaud, darne huilée puis épongée, marques franches, et surtout aucune manipulation entre les deux faces. Trois minutes par face suffisent pour une darne de 3 cm.







