Mole poblano mexicain, sauce presque noire très épaisse et brillante sur du poulet, graines de sésame, et les ingrédients torréfiés à part

Plat

Mole poblano : chaque ingrédient se fait frire seul, jamais avec les autres

Un mole compte vingt à trente ingrédients dont les temps de torréfaction vont de dix secondes à cinq minutes. Jetés ensemble dans la poêle, les uns brûlent pendant que les autres sont crus : c'est de là que vient l'amertume.

  • Préparation : 1 h 30
  • Cuisson : 1 h 30
  • Repos : Une nuit au frais, le mole est bien meilleur le lendemain
  • Modéré
  • 8 personnes
  • Difficile
  • Toute l'année
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Ingrédients

8 personnes

Ustensiles

  • une poêle et BEAUCOUP D'ASSIETTES (chaque ingrédient sort dans son assiette : c'est toute la méthode)
  • une minuterie (de 10 secondes à 5 minutes selon l'ingrédient, il n'y a rien d'intuitif)
  • une écumoire (on retire vite, dès la seconde où c'est à point)
  • un mixeur puissant (la sauce se mixe en plusieurs fois, avec du bouillon)
  • un tamis fin (on passe TOUT : les peaux de piment et les débris d'amande restent râpeux)
  • une cocotte à fond épais (la sauce attache très vite, et elle mijote une heure)

L'astuce du chef

Les temps de torréfaction n'ont aucun rapport entre eux. De dix secondes pour un piment à cinq minutes pour du pain rassis.

Un piment séché brûle en dix à quinze secondes. Il est fin et sec, sa surface monte instantanément en température.

Une graine de sésame brunit en trente secondes. Elle est petite et grasse : elle passe du blanc au brun sans transition visible.

Une amande demande trois minutes. Elle est dense et humide au centre : la chaleur met du temps à la traverser.

Le pain rassis en met cinq. C'est le plus lent de tous, et il finit presque noir sans jamais devenir amer.

Ensemble, les uns brûlent et les autres sont crus. Et c'est le piment carbonisé qu'on goûtera dans la sauce finale.

Au-delà du brunissement, il y a la pyrolyse. Les sucres et les protéines ne brunissent plus, ils se décomposent, et les composés produits sont amers.

Chaque ingrédient sort dans son assiette. Il ne rejoint les autres qu'au moment du broyage : c'est toute la méthode du mole.

La sauce se passe au tamis. Peaux de piment et débris d'amande ne se mixent jamais complètement et restent râpeux en bouche.

La sauce se fait frire avant de mijoter. Versée dans du saindoux chaud, elle fonce, épaissit et perd le goût cru du broyage.

Le chocolat n'est pas là pour sucrer. Il apporte de l'amertume noble et surtout du gras, qui donne à la sauce sa texture veloutée.

Il entre hors du feu. Cuit, son beurre de cacao se sépare et la sauce devient grasse au lieu d'être veloutée.

Préparation pas à pas

  1. Frire les PIMENTS 10 à 15 secondes chacun 10 min

    Un par un, à peine. Ils gonflent et embaument : une seconde de trop et tout le mole sera amer.

  2. Les faire tremper 30 min dans l'eau chaude 30 min

    Pendant qu'on s'occupe du reste. On garde un peu de leur eau pour le mixage.

  3. Frire le SÉSAME 30 secondes, à part 2 min

    En remuant sans arrêt. Il passe du blanc au brun en un instant, on ne le quitte pas des yeux.

  4. Frire AMANDES et cacahuètes 3 minutes, à part 5 min

    Elles sont denses. Elles ont besoin de six fois plus de temps que le sésame.

  5. Frire RAISINS 1 min, PAIN et tortilla 5 min 8 min

    Chacun dans son assiette. Le pain est le plus lent de tous, il finit presque noir.

  6. Griller tomates et oignon à sec, 12 min 12 min

    Jusqu'aux taches noires, sur une poêle sèche. Cette carbonisation-là est voulue.

  7. Mixer TOUT ensemble et PASSER AU TAMIS 20 min

    En plusieurs fois, avec du bouillon. Le tamis n'est pas facultatif : les peaux restent râpeuses.

  8. Frire la sauce, mijoter 1 h, chocolat à la fin 70 min

    Versée dans du saindoux chaud, puis à feu doux. Le chocolat hors du feu, il ne doit pas cuire.

Le conseil du caviste

Le mole poblano est sombre, amer, épicé, à peine sucré et très long en bouche. C'est un des accords les plus difficiles du blog.

Le Château les Farcies du Pech Pécharmant à 16 °C est l'accord le plus juste : ses notes de fruits noirs répondent au cacao sans se battre avec lui.

Le Château de Thenon Côtes de Bergerac Moelleux à 8 °C si votre version est franchement pimentée, ce qui arrive souvent.

Le Bergerac Domaine de Mayat à 15 °C pour une version douce, où l'amertume domine le piquant.

Deux amertumes s'additionnent, elles ne s'annulent pas : c'est pourquoi un rouge très tannique est le pire choix possible ici.

À éviter : un blanc, que ce plat effacerait complètement, et tout rouge jeune et dur.

Les bouteilles de la cave

La sélection du caviste pour cette recette, en stock.

Château les Farcies du Pech PécharmantChâteau les Farcies du Pech Pécharmant 14,00 €
Château de Thenon Côtes de Bergerac MoelleuxChâteau de Thenon Côtes de Bergerac Moelleux 6,90 €
Bergerac Domaine de MayatBergerac Domaine de Mayat 5,90 €
Livraison en Point de Retrait Mondial Relay dès 8,99 € Retrait gratuit à Sainte-Foy-la-Grande

Dépannage

Le mole est amer

Les piments ont brûlé. Ils grillent dix à quinze secondes chacun, séparément : au-delà, la pyrolyse produit des composés irrémédiablement âcres.

Certains ingrédients sont crus, d'autres brûlés

Tout a été frit ensemble. Leurs temps vont de dix secondes à cinq minutes : chacun sort dans son assiette dès qu'il est à point.

La sauce est râpeuse

Elle n'a pas été passée au tamis. Les peaux de piment et les débris d'amande ne se mixent jamais complètement.

La sauce est grasse et séparée

Le chocolat a cuit. Il entre hors du feu : chauffé, son beurre de cacao se sépare.

Ça a un goût cru

La sauce n'a pas été frite avant de mijoter. Versée dans du saindoux chaud, elle fonce et perd ce goût en dix minutes.

C'est trop sucré

Le chocolat était trop doux. Il faut du 70 % : il est là pour l'amertume et le gras, pas pour le sucre.

Conservation & préparation anticipée

Le mole se garde 1 semaine au réfrigérateur et il est franchement meilleur le lendemain.

Il se congèle 6 mois sans rien perdre : au Mexique on en fait des litres, jamais une portion.

La pâte de mole se garde 3 semaines au réfrigérateur, avant l'ajout du bouillon : c'est la forme la plus pratique.

Il épaissit beaucoup en refroidissant et se détend au bouillon, jamais à l'eau, qui le diluerait.

Le reste se sert sur des enchiladas le lendemain, ce qui est un plat à part entière au Mexique.

Variantes

Mole negro d'Oaxaca

Encore plus sombre, avec des piments chilhuacle volontairement carbonisés puis rincés. C'est la seule exception à la règle.

Mole verde

Aux tomatilles et herbes fraîches, sans torréfaction du tout. Beaucoup plus rapide, et tout aussi mexicain.

Les mêmes piments, en sauce

Avec la tortilla passée à l'huile : nos enchiladas.

La règle des épices frites

Dans le gras avant tout liquide : notre poulet au curry.

Questions fréquentes

Pourquoi frire les ingrédients séparément ?

Parce que leurs temps de torréfaction vont de dix secondes pour un piment à cinq minutes pour du pain rassis. Ensemble, les uns brûlent pendant que les autres sont crus.

D'où vient l'amertume d'un mole raté ?

Des piments brûlés. Au-delà du brunissement, il y a la pyrolyse : les sucres et protéines se décomposent et produisent des composés âcres irréversibles.

Combien de temps griller les piments ?

Dix à quinze secondes chacun, juste le temps qu'ils gonflent et embaument. Une seconde de trop et tout le mole en portera la trace.

Faut-il passer la sauce au tamis ?

Ce n'est pas facultatif. Les peaux de piment séché et les débris d'amande ne se mixent jamais complètement et restent râpeux en bouche.

À quoi sert le chocolat ?

À apporter de l'amertume noble et surtout du gras, qui donne à la sauce sa texture veloutée. Il n'est pas là pour sucrer, et il entre hors du feu.

Quel vin servir avec un mole poblano ?

Un pécharmant à 16 °C, dont les fruits noirs répondent au cacao. Surtout pas un rouge tannique : deux amertumes s'additionnent, elles ne s'annulent pas.

Le mole poblano est la sauce la plus complexe du continent américain : une vingtaine d'ingrédients au moins, souvent trente. On le rate presque toujours de la même façon, et le défaut porte un nom : l'amertume, un fond âpre et brûlé qui recouvre tout le reste.

Elle vient d'un raccourci qui semble raisonnable : faire revenir les ingrédients ensemble. Or leurs temps de torréfaction n'ont aucun rapport entre eux. Une graine de sésame brunit en trente secondes. Un piment séché, fin et sec, brûle en dix à quinze secondes et devient irrémédiablement âcre. Une amande demande trois minutes. Un raisin sec gonfle en une minute. Un morceau de pain rassis met cinq minutes à dorer.

Dans une même poêle, le piment est carbonisé avant que l'amande n'ait commencé, et c'est ce piment brûlé qu'on goûtera dans la sauce finale. Le mécanisme est celui de la pyrolyse : au-delà d'un certain point, les sucres et les protéines ne brunissent plus, ils se décomposent, et les composés produits sont amers.

La méthode mexicaine consiste donc à frire chaque ingrédient séparément, à le retirer dès qu'il est à point, et à ne les réunir qu'au moment du broyage. C'est long, et c'est exactement pour cela qu'un mole est un plat de fête.

Quant au chocolat, il n'est pas là pour sucrer : il apporte de l'amertume noble et surtout du gras et de la matière, qui donnent à la sauce sa texture veloutée.

Avant de partir

Les bouteilles que le caviste sert avec cette recette, en stock et prêtes à partir.

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