Palak paneer vert vif dans un karahi en fonte, cubes de paneer dorés, filet de crème, ail frit et gingembre

Plat

Palak paneer : les épinards passent à l'eau glacée, sinon le plat vire au kaki

Le vert d'un palak paneer n'est pas une question de fraîcheur des épinards : c'est une question de secondes. Blanchis puis plongés dans l'eau glacée, ils gardent leur chlorophylle ; cuits doucement, ils virent au kaki.

  • Préparation : 25 min
  • Cuisson : 25 min
  • Repos : Aucun, la couleur se dégrade avec le temps comme avec la chaleur
  • Économique
  • 4 personnes
  • Moyen
  • Hiver
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Ingrédients

4 personnes

Ustensiles

  • UN GRAND SALADIER D'EAU GLACÉE (L'OUTIL DU PLAT : préparé AVANT, il arrête net la cuisson résiduelle)
  • une grande marmite d'eau bouillante (beaucoup d'eau : elle ne doit pas cesser de bouillir quand les épinards entrent)
  • une écumoire (les épinards passent d'une eau à l'autre en quelques secondes)
  • un mixeur (une purée grossière, où quelques feuilles restent reconnaissables)
  • un karahi ou une sauteuse (la base cuit dedans, les épinards n'y font que passer)
  • une poêle à part (le paneer s'y dore seul, sans jamais entrer dans la sauce)

L'astuce du chef

La chlorophylle est bâtie autour d'un atome de magnésium. C'est lui qui donne le vert vif, et c'est lui qu'on perd.

Les acides de la feuille le remplacent. À la chaleur, les cellules se rompent, libèrent leurs acides organiques, et le magnésium cède la place à un hydrogène.

Le pigment devient de la phéophytine. Un vert olive terne, et la transformation est irréversible : aucun geste ne rend le vert perdu.

On blanchit quarante-cinq secondes. Assez pour désactiver les enzymes de la feuille, trop peu pour que les acides aient le temps de travailler.

L'eau doit être très abondante et bouillir fort. Une petite quantité d'eau retombe en température et le blanchiment s'allonge.

Le choc glacé arrête la cuisson résiduelle. Sortis à l'air, les épinards restent brûlants plusieurs minutes et continuent de virer dans le saladier.

Le saladier d'eau glacée se prépare avant. Quarante-cinq secondes ne laissent pas le temps d'aller chercher des glaçons.

Les épinards entrent en toute fin. La base d'oignon et de tomate est déjà cuite : ils ne font que la rejoindre et se réchauffer.

Le citron entre hors du feu. Un acide ajouté en cours de cuisson accélère exactement la réaction qu'on essaie d'éviter.

La purée reste grossière. Un mixage trop fin donne une texture de soupe, et les feuilles doivent rester perceptibles.

Le paneer se dore à part. Dans la sauce, il ramollit et se défait ; doré, il garde une croûte et une tenue.

Un couvercle est un mauvais réflexe. Il retient les acides volatils au-dessus des épinards et accélère le virage : on blanchit à découvert.

Préparation pas à pas

  1. PRÉPARER L'EAU GLACÉE AVANT TOUT 3 min

    Un grand saladier, eau et glaçons. Après, il sera trop tard : le blanchiment ne dure que 45 secondes.

  2. Blanchir les épinards 45 SECONDES 1 min

    Dans une grande eau bouillante salée. Pas une minute : au-delà, les acides libérés attaquent la chlorophylle.

  3. Plonger AUSSITÔT dans l'eau glacée 2 min

    D'un seul geste, à l'écumoire. Sans ce choc, ils cuisent dans leur propre chaleur et virent au kaki dans le saladier.

  4. Essorer fort et mixer grossièrement 5 min

    En pressant à la main. Une purée grossière, où quelques feuilles restent visibles.

  5. Dorer le paneer au ghee, à part 6 min

    Sur toutes ses faces, jusqu'au blond. Il reste à part jusqu'au dernier moment.

  6. Monter la base : cumin, oignon, ail, gingembre 15 min

    Puis tomates et épices, jusqu'à ce que le ghee se sépare. C'est ici que se fait tout le goût.

  7. AJOUTER LES ÉPINARDS EN TOUT DERNIER 3 min

    Deux minutes à feu doux, pas plus. Ils réchauffent, ils ne recuisent pas, sinon la couleur repart.

  8. Crème, fenugrec, citron, paneer, servir 2 min

    Hors du feu. Le citron en toute fin : un acide ajouté plus tôt accélérerait le virage.

Le conseil du caviste

Le palak paneer est végétal, doux, crémeux et légèrement amer. Il demande un blanc frais avec un peu de tension.

Le Château La Verrière Bordeaux Blanc Sec à 10 °C est l'accord le plus juste : son acidité relance un plat très doux en bouche.

Le Moulin Caresse Le Sauvignon à 10 °C pour épouser le côté végétal, si vous chargez en coriandre.

Le Bordeaux Château Tour de Biot Blanc à 10 °C pour une version très crémée, où il faut un peu plus de rondeur.

C'est un des rares plats indiens à ne pas piquer, et c'est justement pour cela qu'un blanc sec convient ici, là où il échouerait sur un vindaloo.

À éviter : un rouge, dont les tanins deviennent métalliques au contact des épinards et du fromage frais.

Les bouteilles de la cave

La sélection du caviste pour cette recette, en stock.

Château La Verrière Bordeaux Blanc SecChâteau La Verrière Bordeaux Blanc Sec 6,90 €
Moulin Caresse Le SauvignonMoulin Caresse Le Sauvignon 7,90 €
Bordeaux Château Tour de Biot BlancBordeaux Château Tour de Biot Blanc 6,20 €
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Dépannage

Le plat est kaki, pas vert

Les épinards ont trop cuit, ou ils n'ont pas été refroidis. Quarante-cinq secondes de blanchiment, puis l'eau glacée immédiatement.

Il a viré après le blanchiment

Le choc glacé a été sauté. Sortis à l'air, les épinards restent brûlants et continuent de cuire dans le saladier.

Il a viré au réchauffage dans la sauce

Les épinards ont mijoté. Ils entrent en tout dernier, deux minutes à feu doux, uniquement pour se réchauffer.

C'est aqueux

Les épinards n'ont pas été essorés. On les presse fort à la main après l'eau glacée : ils retiennent énormément d'eau.

Le paneer s'est défait

Il a mijoté dans la sauce. Il se dore à part et se pose sur le plat au moment de servir.

C'est fade

La base n'a pas assez cuit. On attend que le ghee se sépare visiblement de la masse d'oignon et de tomate.

Conservation & préparation anticipée

Le palak paneer se garde 3 jours au réfrigérateur, mais la couleur fonce un peu chaque jour : c'est inévitable.

Il se réchauffe très doucement, à couvert et sans bouillir, et l'on peut rafraîchir la couleur avec une poignée d'épinards blanchis le jour même.

Il se congèle 2 mois, mais le paneer devient légèrement caoutchouteux : mieux vaut congeler la base seule.

Les épinards blanchis se gardent 2 jours essorés au réfrigérateur, et 3 mois au congélateur.

Le paneer se dore au dernier moment : doré à l'avance, il ramollit dans son propre gras.

Variantes

Saag paneer

Avec un mélange de feuilles, moutarde et fenugrec compris, plus amer et plus rustique. Même règle de blanchiment.

Aux pois chiches

Le chana palak, sans fromage. Les pois chiches se mêlent à la base, jamais aux épinards.

Le même pigment, autre plat

Pourquoi le basilic noircit : notre pesto.

Les mêmes épinards, en Grèce

Essorés eux aussi, et pour la même raison : notre spanakopita.

Questions fréquentes

Pourquoi mon palak paneer est-il kaki ?

Parce que les acides libérés par les feuilles ont remplacé le magnésium de la chlorophylle. Le pigment est devenu de la phéophytine, d'un vert olive, et c'est irréversible.

Combien de temps blanchir les épinards ?

Quarante-cinq secondes, dans une grande eau bouillante. Assez pour désactiver les enzymes, trop peu pour que les acides aient le temps d'agir.

L'eau glacée est-elle vraiment nécessaire ?

Oui, c'est le geste décisif. Sortis à l'air, les épinards restent brûlants plusieurs minutes et continuent de virer dans le saladier.

Quand ajouter les épinards à la sauce ?

En tout dernier, deux minutes à feu doux. Ils se réchauffent, ils ne recuisent pas, sinon la couleur repart aussitôt.

Faut-il faire mijoter le paneer dedans ?

Non, il se dore à part au ghee. Dans la sauce, il ramollit et se défait, alors que doré il garde une croûte et de la tenue.

Quel vin servir avec un palak paneer ?

Un bordeaux blanc sec à 10 °C. C'est un des rares plats indiens qui ne pique pas, et un blanc sec y convient là où il échouerait sur un vindaloo.

Le palak paneer se juge à sa couleur avant sa saveur. Réussi, il est d'un vert profond et lumineux. Raté, il est kaki, olive, presque brun, et personne n'a envie d'y toucher. Ce n'est pas un problème d'épinards, c'est un problème de chimie du pigment.

Le vert vient de la chlorophylle, une molécule bâtie autour d'un atome de magnésium. À la chaleur, les cellules de la feuille se rompent et libèrent leurs acides organiques. Ces acides remplacent le magnésium par un atome d'hydrogène, et la molécule devient de la phéophytine, d'un vert olive terne. La réaction est irréversible, et elle est lente au début puis très rapide : quelques minutes de cuisson douce suffisent à la déclencher pour de bon.

La parade tient en deux gestes. On blanchit très court, quarante-cinq secondes dans une grande eau bouillante, ce qui désactive les enzymes de la feuille sans laisser le temps aux acides d'agir. Puis on plonge dans l'eau glacée, ce qui arrête net la cuisson résiduelle : sans ce choc, les épinards continuent de cuire dans leur propre chaleur et virent dans le saladier.

Le reste suit la même logique : la purée d'épinards entre à la toute fin dans la base d'oignon et de tomate déjà cuite, et elle ne mijote jamais. Le paneer, lui, se dore à part et se pose dessus.

Avant de partir

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