Le smørrebrød est une tartine ouverte danoise : une tranche de pain de seigle, du beurre, et une garniture généreuse au point de déborder. On se concentre naturellement sur la garniture, et c'est l'erreur : le mot lui-même dit smør (beurre) et brød (pain), dans cet ordre.
Le beurre y remplit une fonction technique. Un pain de seigle est dense et très absorbant, et les garnitures danoises sont presque toutes humides : hareng mariné, crevettes en saumure, rémoulade, cornichons. Posées directement sur le pain, elles le détrempent en quelques minutes et la tartine s'effondre à la première bouchée.
Le beurre, lui, est un corps gras, et l'eau ne le traverse pas. Étalé jusqu'aux bords de la croûte, sans un seul millimètre de pain nu, il forme une membrane continue entre le pain et l'humidité. C'est la raison pour laquelle il est mis en couche épaisse, bien plus généreuse qu'on ne l'imaginerait, et pourquoi il est étalé froid mais malléable, jamais fondu : fondu, il pénètre dans la mie au lieu de rester en surface.
Le reste est un art d'assemblage. La garniture déborde du pain, elle ne s'aligne pas dessus, et un smørrebrød se mange au couteau et à la fourchette.






