La mirabelle a la saison la plus brève de tout l'étalage : six semaines, de la mi-août à la fin septembre selon les années, et rien avant, rien après. C'est ce qui explique qu'on la trouve surtout en bocal, en tarte ou en eau-de-vie — les trois façons de faire durer un fruit qui ne dure pas.
Ce cocktail met les deux états du fruit face à face : la mirabelle fraîche écrasée au fond du shaker, et l'eau-de-vie qui en a été tirée. Elles ne disent pas la même chose. La fraîche apporte le sucre, la pulpe et une pointe d'acidité ; la distillée apporte le noyau, l'amande et une longueur que le fruit cru n'a pas. Ensemble, elles couvrent tout le spectre.
Hors saison, la recette tient debout avec des mirabelles au sirop soigneusement égouttées, en supprimant le sirop de sucre de la recette. Le résultat est un peu plus rond, un peu moins vif ; c'est la version qu'on fait en novembre, quand l'eau-de-vie est le seul accès qui reste au fruit.
Le verre est court et se boit très froid, en apéritif. Servi après un repas, il fait doublon avec le dessert : la mirabelle est un fruit sucré et l'eau-de-vie qui l'accompagne appartient déjà à la fin de table.







