Le Poet's Dream apparaît dans Old Waldorf-Astoria Bar Days, le recueil qu'Albert Stevens Crockett publie en 1931 à partir des carnets du bar new-yorkais fermé par la Prohibition. On est dans la famille des martinis modifiés : la structure gin-vermouth reste intacte, et une liqueur vient s'y greffer pour arrondir l'ensemble.
Ici, cette liqueur est la Bénédictine, dont la recette d'herbes et de miel est élaborée à Fécamp depuis la fin du XIXᵉ siècle. Elle apporte un fond miellé et une longueur d'épices douces (cannelle, angélique, safran) qui prolonge le genièvre du gin au lieu de le masquer. Le vermouth sec, lui, sert de liant : il abaisse le degré et fait le pont entre l'alcool droit et la liqueur.
Les sources ne s'accordent pas sur les proportions. Certaines donnent le verre à parts égales, d'autres avantagent le gin. La version qui circule le plus couramment aujourd'hui donne autant de gin que de vermouth et un peu moins de Bénédictine : c'est celle que nous détaillons ici.
Il se sert avant le repas, en petit volume, et supporte parfaitement d'être préparé pour deux ou trois personnes dans le même verre à mélange. Contrairement à la plupart des apéritifs, il n'a besoin ni d'agrume pressé ni de sirop : rien ne s'oxyde, tout tient d'une soirée à l'autre.






