La sangria a une saison officieuse qui s'arrête fin août, et c'est dommage. Les fruits qui la font tenir en automne sont meilleurs qu'en plein été : les mûres de fin de saison sont plus sucrées et plus foncées, le raisin noir arrive à maturité, et l'ensemble donne une couleur qu'on n'obtient pas avec des pêches et des agrumes.
Le mot « noire » n'est pas un abus de langage : entre le rouge du vin, le jus des mûres écrasées et celui du raisin, la carafe descend dans des pourpres très sombres qui paraissent noirs dès qu'on s'éloigne de la lumière. C'est le contenant qui trahit la couleur réelle : servez-la dans un verre fin et vous verrez le rouge revenir sur les bords.
C'est une préparation de réception, pas un verre à la demande. Elle demande quatre heures de macération et se termine seule pendant qu'on fait autre chose, ce qui est exactement ce qu'on cherche un soir où il y a du monde à la maison.
Un détail change tout dans le résultat : l'orange sort de la carafe après quatre heures. Passé ce délai, c'est le blanc de l'écorce qui parle, et il ne dit rien d'agréable.








