Plat en terre de chakhchoukha algérienne, morceaux de galette de semoule déchirés et imbibés de sauce rouge, souris d'agneau confite, pois chiches, oignons, coriandre, cuillère à plat, verre de vin rouge clair, table en bois

Plat

Chakhchoukha : la recette algérienne des Aurès

  • Préparation : 1 h
  • Cuisson : 1 h 45
  • Repos : 15 min
  • Moyen
  • 6 personnes
  • Moyen
  • Hiver
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Ingrédients

6 personnes

Ustensiles

  • UN TAJINE DE FONTE OU UNE GRANDE POÊLE ÉPAISSE (L'OUTIL DU PLAT : les galettes cuites à sec, 1 minute par face, bien chaud)
  • une cocotte (la sauce et l'agneau, 1 h 30 à petit feu)
  • un rouleau à pâtisserie (les galettes à 1 ou 2 mm)
  • un linge propre (les galettes empilées et gardées souples)
  • un grand plat creux (le pain déchiré, la sauce versée, le service commun)
  • une louche (la sauce brûlante, par petites quantités)

L'astuce du chef

De la semoule fine, pas de farine. La rougag est une galette de blé dur : la semoule fine donne une pâte ferme, un peu granuleuse, qui s'abaisse très fin et qui, cuite, reste souple et boit la sauce sans se déliter. La farine fait une crêpe qui devient de la colle.

Une pâte ferme, longtemps pétrie. Trente centilitres d'eau pour 500 g de semoule, versés peu à peu : la pâte doit être ferme comme une pâte à pâtes, et dix minutes de pétrissage la rendent lisse et élastique. Molle, elle colle et se déchire au rouleau.

Un à deux millimètres. La galette est presque transparente ; c'est cette finesse qui lui permet de cuire en deux minutes et de s'imbiber ensuite. Épaisse, elle reste sèche au cœur et la chakhchoukha est un plat de pain dur.

À sec, brûlant. Sur le tajine de fonte ou une poêle épaisse très chaude, sans une goutte d'huile : la galette gonfle, se tache de brun, reste souple. Huilée, elle devient imperméable et ne boit plus rien ; c'est la faute la plus fréquente.

Empilées sous un linge. Sorties du feu, les galettes empilées et couvertes gardent leur vapeur et restent souples ; à l'air, elles sèchent en dix minutes et cassent au déchirage.

Déchirée à la main. Les morceaux déchirés ont des bords irréguliers, effilochés, qui offrent plus de surface à la sauce ; coupés au couteau, les bords sont nets et lisses et s'imbibent moins. C'est le geste qui donne son nom au plat, et il se fait à plusieurs.

Une sauce fluide. Contrairement au tajine, la sauce de la chakhchoukha doit rester abondante et coulante, presque un bouillon épais : c'est elle qui va être absorbée, et un litre de sauce disparaît dans 500 g de pain. On rajoute de l'eau chaude en cours de cuisson si elle réduit.

Plus salée, plus piquante. Le pain adoucit tout : une sauce juste dans la cocotte donne une chakhchoukha fade. Goûtée avant le montage, elle doit être franchement relevée, un peu trop ; le pain la ramènera au bon point.

L'agneau avec l'os. Épaule ou collier, en gros morceaux : l'os et le collagène donnent à la sauce sa liaison et sa profondeur, et la viande se détache en filaments moelleux. Le gigot, maigre, sèche et donne une sauce claire.

Par petites louches, en mélangeant. La sauce versée d'un coup noie le fond et laisse le dessus sec ; par petites quantités, en retournant le pain à la main ou à deux cuillères, chaque morceau s'imbibe également. On s'arrête quand le pain est souple et brillant, avant qu'il ne nage.

Cinq minutes couvert. Le pain finit de boire à couvert, la vapeur l'assouplit ; servi aussitôt, il est inégal, humide dehors et sec dedans. Puis la viande dessus, et le plat au milieu de la table.

Le pain qui boit la sauce désarme le piment. Une sauce rouge d'agneau au piment et au ras el hanout, servie seule, appellerait un rouge souple et frais, le tanin étant l'ennemi du piquant ; mais ici la sauce est bue par un demi-kilo de pain de semoule, et le féculent absorbe la capsaïcine comme il absorbe le sel : dans l'assiette, le piment est amorti, et le vin peut monter d'un cran en tanin et en corps. Sur la chakhchoukha, un rouge du Sud-Ouest charpenté et mûr, ce qu'on n'oserait pas sur la même sauce sans le pain.

Préparation pas à pas

  1. Agneau saisi à l'huile avec oignons, ail, concentré, paprika, ras el hanout, cumin, piment, sel 10 min

    Les épices grillent 5 minutes.

  2. 1,5 l d'eau chaude, pois chiches, tomates râpées ; couvert, 1 h 30 à petit feu 1 h 30

    Sauce abondante et fluide.

  3. Galettes : semoule fine, sel, eau tiède ; pâte ferme pétrie 10 min ; repos 15 min 25 min

    Pendant le mijotage.

  4. 6 boules abaissées très fin, 25 cm ; cuites à sec 1 min par face sur le tajine brûlant 20 min

    À sec, jamais huilées.

  5. Galettes déchirées à la main, tièdes, en morceaux de 2 à 3 cm, dans le grand plat 10 min

    Jamais au couteau.

  6. Sauce goûtée : plus salée et plus piquante qu'un tajine ; viande et pois chiches réservés au chaud 2 min

    Le pain va tout boire.

  7. Sauce brûlante versée à la louche sur le pain, mélangée, par petites quantités ; 5 min couvert 8 min

    Imbibé, souple, brillant, sans nager.

  8. Viande et pois chiches dessus, un peu de sauce, coriandre ; servie dans le plat commun

    À la cuillère.

Le conseil du caviste

Une chakhchoukha des Aurès, galettes de semoule déchirées et imbibées d'une sauce rouge d'agneau au paprika, au ras el hanout et aux pois chiches, servie dans le plat commun.

Château les Farcies du Pech Pécharmant à 17 °C, le pécharmant charpenté, sur la chakhchoukha à l'agneau.

Bordeaux Château Tour de Biot Vieilles Vignes à 16 °C, le bordeaux mûr et rond, sur la version au poulet.

Château Tour de Biot Malbec à 16 °C, le malbec sombre et épicé, sur la version très piquante et sur celle de Constantine aux galettes feuilletées.

Le pain qui boit la sauce désarme le piment : on sait que le tanin et le piment se battent, que le rouge charpenté attise le feu d'une sauce piquante et qu'on se rabat d'ordinaire sur un rosé ou un rouge léger servi frais ; mais la chakhchoukha n'est pas une sauce, c'est du pain imbibé de sauce, et le féculent, semoule, pain, riz, pomme de terre, absorbe la capsaïcine du piment exactement comme il absorbe le sel, si bien qu'à l'assiette le piquant est amorti, enrobé, ramené à une chaleur douce, et le vin retrouve le droit d'avoir du tanin et du corps. C'est la règle de tous les plats où le féculent boit une sauce relevée, le couscous, la chakhchoukha, le riz jollof, la trempette de pain dans le chili : on accorde le plat éponge, pas la sauce nue, et le plat éponge supporte un vin plus charpenté. Le pécharmant des Farcies du Pech, un rouge du Périgord dense, mûr, aux tanins serrés mais ronds, à 17 °C, est le vin de cette chakhchoukha à l'agneau, il tient la viande confite et les épices grillées sans que le piment amorti ne le fasse grincer ; le Tour de Biot vieilles vignes, un bordeaux plus souple et plus rond, sur la version au poulet, plus légère ; et le malbec de Tour de Biot, sombre, épicé, sur la version très piquante, où il faut du fruit noir pour tenir, et sur celle de Constantine, plus riche. La règle de la chakhchoukha : le pain a bu le piment, le vin peut avoir du tanin.

À éviter : un rouge léger ou un rosé, trop maigres pour l'agneau confit et le pain, et un blanc, qui n'a rien à dire à une sauce rouge.

Les bouteilles de la cave

La sélection du caviste pour cette recette, en stock.

Château les Farcies du Pech PécharmantChâteau les Farcies du Pech Pécharmant 14,00 €
Bordeaux Château Tour de Biot Vieilles VignesBordeaux Château Tour de Biot Vieilles Vignes 7,50 €
Château Tour de Biot MalbecChâteau Tour de Biot Malbec 9,50 €
Livraison en Point de Retrait Mondial Relay dès 8,99 € Retrait gratuit à Sainte-Foy-la-Grande

Dépannage

Le pain ne boit pas la sauce, il reste sec

Galettes huilées à la cuisson, ou trop épaisses. Cuites à sec sur une surface brûlante, abaissées à 1 ou 2 mm, et la sauce versée brûlante par petites louches en mélangeant.

La chakhchoukha est une bouillie

Trop de sauce, ou galettes de farine. Des galettes de semoule fine, et la sauce versée peu à peu, arrêtée quand le pain est souple et brillant, avant qu'il ne nage.

Le plat est fade

Sauce dosée comme un tajine. Le pain adoucit tout : la sauce goûtée avant le montage doit être franchement salée et piquante, un peu trop.

Les galettes cassent au déchirage

Séchées à l'air. Empilées sous un linge dès la sortie du feu, déchirées tièdes ; si elles ont séché, 30 secondes à la vapeur ou à la poêle avec un peu d'eau.

La sauce a trop réduit

Feu trop vif ou couvercle oublié. De l'eau chaude ajoutée en cours de cuisson ; il faut un litre de sauce fluide pour 500 g de pain.

La viande est dure

Pas assez cuite, ou gigot. De l'épaule ou du collier avec l'os, 1 h 30 à petit feu, jusqu'à ce qu'elle se détache à la cuillère.

Conservation & préparation anticipée

La chakhchoukha montée se garde 24 heures au réfrigérateur ; réchauffée à couvert avec une louche de sauce ou d'eau, à feu doux ou au four, elle est très bonne, un peu plus compacte.

La sauce avec la viande et les pois chiches se garde 3 jours au réfrigérateur et se congèle 3 mois ; elle est meilleure réchauffée, et on monte la chakhchoukha à la demande.

Les galettes cuites se gardent 2 jours dans un linge puis un sac, à température ambiante, et se congèlent 1 mois empilées entre des feuilles de papier ; réchauffées 30 secondes à la poêle sèche avant de les déchirer.

Les galettes déchirées, sèches, se gardent 1 semaine dans un bocal ; c'est ainsi qu'on les prépare à l'avance pour les fêtes.

La pâte crue se garde 24 heures au réfrigérateur, enveloppée.

Variantes

Le couscous royal

Notre couscous, l'autre plat de semoule qui boit la sauce.

Le ras el hanout maison

Notre ras el hanout, à composer soi-même pour la sauce.

Les msemen

Nos msemen, les crêpes feuilletées, cousines des galettes de Constantine.

La chakhchoukha au poulet

Un poulet fermier de 1,5 kg coupé en 8, saisi et mijoté 1 heure dans la même sauce rouge, avec les pois chiches, un bâton de cannelle et une pointe de safran en plus, la sauce plus claire et plus douce, versée sur les galettes de la même façon : la version des jeudis soir dans les familles des Aurès, moins riche que l'agneau, qui se boit avec un bordeaux rond plutôt qu'un pécharmant, parce que la viande blanche pèse moins que le pain.

Questions fréquentes

Chakhchoukha ou couscous ?

Les deux sont des plats de semoule qui boivent une sauce d'agneau aux pois chiches, mais le couscous est une semoule en grains roulés et cuits à la vapeur, servie à côté de la sauce, tandis que la chakhchoukha est une galette de semoule cuite à sec, déchirée et imbibée de sauce avant le service. Le couscous est de tout le Maghreb ; la chakhchoukha est de l'est algérien, Biskra, les Aurès, Constantine.

Peut-on acheter les galettes ?

Dans les épiceries maghrébines, on trouve des galettes rougag toutes faites, fraîches ou sèches, parfois déjà déchirées en sachet ; elles conviennent très bien et font gagner une heure. Vérifier qu'elles sont à la semoule et cuites à sec, pas huilées ; les feuilles de brick ne conviennent pas.

Comment déchirer les galettes ?

À la main, la galette encore tiède et souple, tenue à deux mains et déchirée en lanières, puis les lanières en morceaux de 2 à 3 cm, irréguliers ; jamais au couteau ni aux ciseaux, dont les bords nets s'imbibent moins. Dans les Aurès, on s'y met à plusieurs autour du plat, c'est le moment du plat.

Peut-on préparer la chakhchoukha à l'avance ?

La sauce, oui, la veille, et elle est meilleure réchauffée ; les galettes, la veille aussi, gardées dans un linge, ou déchirées et séchées une semaine à l'avance dans un bocal. Le montage, lui, se fait au moment de servir, la sauce brûlante versée sur le pain dix minutes avant de passer à table.

Faut-il tremper les pois chiches ?

Oui, 12 heures dans l'eau froide avec une pincée de bicarbonate, puis rincés ; ils cuisent en 1 h 30 dans la sauce et en prennent le goût. À défaut, deux boîtes de pois chiches égouttés et rincés, ajoutés 20 minutes avant la fin ; c'est moins bon, mais c'est bon.

Quel vin servir avec ?

Un rouge charpenté du Sud-Ouest, un pécharmant ou un bordeaux mûr à 16 ou 17 °C : le pain de semoule a bu la sauce et amorti le piment, et le vin peut avoir du tanin et du corps, ce qu'on n'oserait pas sur la même sauce servie seule. Un malbec sur la version très piquante. Pas de rosé, trop maigre pour l'agneau confit.

La chakhchoukha vient de Biskra et des Aurès, où on la sert aux mariages, aux naissances, à l'Aïd et à toute occasion qui réunit une famille ; le mot vient du verbe qui veut dire déchirer, émietter, et c'est le geste central de la recette : des galettes de semoule réduites en morceaux par les femmes de la maison, autour d'un grand plat, puis noyées de sauce. Chaque région a sa version, à la galette fine de Biskra, à la pâte feuilletée de Constantine, au poulet ou à l'agneau, plus ou moins rouge, plus ou moins piquante ; celle-ci est la version des Aurès, à l'agneau et à la rougag.

La sauce, d'abord, parce qu'elle mijote : 1 kg d'épaule ou collier d'agneau en gros morceaux, avec l'os, saisis dans 4 cuillères d'huile d'olive dans une cocotte, avec 2 oignons hachés, 3 gousses d'ail, 2 cuillères à soupe de concentré de tomate, 1 cuillère à soupe de paprika doux, 1 cuillère à café de ras el hanout, 1 cuillère à café de cumin, 1 cuillère à café de piment doux ou fort, sel, poivre ; 5 minutes pour que les épices grillent et enrobent la viande. Puis 1,5 litre d'eau chaude, 400 g de pois chiches trempés la veille, 2 tomates râpées ; couvert, 1 h 30 à petit feu, jusqu'à ce que la viande se détache et que les pois chiches soient tendres ; la sauce doit rester abondante et fluide, on ajoute de l'eau si elle réduit trop. Elle est goûtée : plus salée et plus piquante qu'on ne le ferait pour un tajine, parce que le pain va tout boire.

Les galettes, pendant le mijotage : 500 g de semoule fine, 1 cuillère à café de sel, 30 cl d'eau tiède environ, versée peu à peu ; une pâte ferme, pétrie 10 minutes, jusqu'à ce qu'elle soit lisse ; 15 minutes de repos sous un linge. Divisée en 6 boules ; chaque boule abaissée très fin, 1 à 2 mm, au rouleau ou à la main sur le plan huilé, en disque de 25 cm ; cuite à sec, sur un tajine de fonte ou une grande poêle épaisse bien chaude, 1 minute par face, la galette gonfle par endroits et se tache de brun ; empilée sous un linge, les galettes restent souples. Le déchirage : chaque galette déchirée à la main, encore tiède, en morceaux de 2 à 3 cm, irréguliers ; jamais au couteau. Les morceaux dans un grand plat creux.

Le montage, au moment de servir : la viande et les pois chiches retirés de la sauce, tenus au chaud ; la sauce brûlante versée à la louche sur les morceaux de galette, par petites quantités, en mélangeant à la main ou à deux cuillères, jusqu'à ce que le pain soit imbibé, souple, brillant, sans nager ; 5 minutes couvert, le pain finit de boire. La viande posée dessus, les pois chiches, un peu de sauce, de la coriandre ciselée ; on sert dans le plat commun, chacun se sert à la cuillère. Les variantes : au poulet, un poulet fermier en morceaux, 1 heure de cuisson, la version de tous les jours ; la chakhchoukha de Constantine, aux galettes feuilletées dites dioul, plus riches ; aux légumes, courgettes, navets, carottes mijotés dans la sauce, sans viande ; et la version blanche, sans tomate, à l'oignon et au safran, plus rare.

La semoule : de la semoule de blé dur fine, pas de la farine, pas de semoule moyenne à couscous ; elle donne une galette souple qui se déchire et boit. L'agneau : de l'épaule ou du collier, avec l'os, qui donne du fond à la sauce ; pas de gigot, trop sec.

Avant de partir

Les bouteilles que le caviste sert avec cette recette, en stock et prêtes à partir.

Château les Farcies du Pech PécharmantChâteau les Farcies du Pech Pécharmant 14,00 €
Bordeaux Château Tour de Biot Vieilles VignesBordeaux Château Tour de Biot Vieilles Vignes 7,50 €
Château Tour de Biot MalbecChâteau Tour de Biot Malbec 9,50 €

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