Chaudrée charentaise, plusieurs poissons blancs et calmars dans un bouillon doré au beurre

Plat

Chaudrée : les poissons entrent par ordre de fermeté, jamais tous ensemble

Une seiche demande vingt minutes, un merlan trois. Versés ensemble, l'un sera du caoutchouc ou l'autre en bouillie. On les fait entrer du plus ferme au plus fragile, en décomptant à rebours.

  • Préparation : 30 min
  • Cuisson : 35 min
  • Repos : Aucun ; la chaudrée se sert dès que le dernier poisson est cuit
  • Moyen
  • 6 personnes
  • Moyen
  • Toute l'année

Ingrédients

6 personnes

Ustensiles

  • une grande marmite large (les poissons doivent tenir sans être empilés ni cassés)
  • un minuteur (l'ustensile décisif : c'est une recette de décompte, pas d'appréciation)
  • une écumoire large (pour sortir les morceaux entiers au moment de servir)
  • un fouet (pour monter le bouillon au beurre froid, hors du feu)
  • des assiettes creuses chaudes (la chaudrée se sert brûlante, avec son bouillon)

L'astuce du chef

Chaque poisson a son temps, et ils n'ont rien de commun. Une seiche demande vingt minutes, une lotte dix, un merlan trois. Le rapport va de un à sept : c'est trop pour être rattrapé par quoi que ce soit.

La seiche est longue parce qu'elle est riche en collagène. Ses fibres sont tenues par un tissu conjonctif abondant qui ne se transforme en gélatine qu'après un long séjour à frémissement. Écourtée, elle est caoutchouteuse.

Le merlan est court parce que sa chair est faite de feuillets. Ses myotomes sont séparés par de fines cloisons qui fondent dès 45 °C : passé trois minutes, plus rien ne tient les feuillets et le poisson se délite.

On raisonne à rebours. On fixe l'heure du service, on retranche le temps du plus long, et c'est lui qui entre en premier. Chaque poisson suivant entre à son propre décompte. C'est une recette de minuteur, pas d'appréciation.

On ne remue plus après le dernier poisson. L'agitation du liquide suffit à séparer les feuillets d'un poisson fragile, comme dans un blaff. Trois minutes sans y toucher.

L'amidon des pommes de terre est le premier liant. Cuites dans le bouillon dès le départ, elles en relâchent assez pour lui donner du corps sans farine.

Monter au beurre, c'est fabriquer une émulsion. Le beurre très froid ajouté en parcelles dans un liquide chaud mais non bouillant se disperse en gouttelettes stabilisées par ses propres protéines : le bouillon devient brillant et nappant. Si le liquide bout, l'émulsion se casse et le beurre remonte en huile.

Le beurre doit être froid. Un beurre mou fond trop vite et ne s'émulsionne pas : c'est la température qui fait tout le travail.

On sale à la fin, et souvent pas du tout. Les poissons et surtout la seiche apportent leur propre salinité au bouillon.

Préparation pas à pas

  1. Préparer tous les poissons AVANT d'allumer 20 min

    Seiche en lanières, lotte en tronçons, filets fragiles en gros morceaux. Chacun dans son plat, du plus ferme au plus fragile : c'est l'ordre d'entrée.

  2. Faire suer l'ail et le laurier au beurre 5 min

    Dans la marmite, sans colorer. Puis le vin blanc, autant d'eau, le thym.

  3. Cuire les pommes de terre 15 minutes 15 min

    En rondelles épaisses, à frémissement. Leur amidon donne au bouillon son léger velouté, et c'est le seul liant avant le beurre.

  4. LA SEICHE EN PREMIER, 20 minutes 20 min

    Elle est riche en collagène et ne s'attendrit pas en moins. On lance le minuteur à rebours à partir de l'heure du service.

  5. La lotte 10 minutes plus tard 10 min

    Quand il reste dix minutes au compteur. Sa chair dense tient ce temps sans se défaire.

  6. LES FILETS FRAGILES EN DERNIER, 3 minutes 3 min

    Merlan, sole ou plie, posés délicatement sur le dessus. Trois minutes, à frémissement, sans jamais remuer : on ne touche plus à la marmite.

  7. MONTER LE BOUILLON AU BEURRE FROID 3 min

    Hors du feu, 70 g de beurre très froid en parcelles, en fouettant doucement autour des poissons. Le bouillon devient brillant et onctueux, sans crème ni farine.

  8. Goûter, poivrer, servir tout de suite 2 min

    Goûtez avant de saler : les poissons et la seiche en ont apporté. Persil, poivre, et du pain grillé frotté d'ail.

Le conseil du caviste

La chaudrée est iodée, beurrée, marquée par l'ail et le laurier. Elle appelle un blanc sec et tendu, pas un blanc rond.

Le Moulin Caresse Le Sauvignon à 10 °C est l'accord le plus juste : sa vivacité traverse le beurre et son côté agrume réveille le bouillon.

Le Château La Verrière Bordeaux Blanc Sec à 10 °C, et c'est aussi le vin à verser dans la marmite.

Le Bordeaux Château Tour de Biot Blanc à 10 °C pour une tablée nombreuse : simple, franc, il ne cherche pas à dominer le plat.

Mettez dans la casserole le vin que vous servez. C'est vrai pour toutes les cuissons au vin blanc, et particulièrement ici où le bouillon est servi tel quel : la sauce et le verre deviennent le même goût.

À éviter : un blanc boisé. Le bois écrase l'iode et se bat avec le beurre.

Les bouteilles de la cave

La sélection du caviste pour cette recette, en stock.

Moulin Caresse Le SauvignonMoulin Caresse Le Sauvignon 7,90 €
Château La Verrière Bordeaux Blanc SecChâteau La Verrière Bordeaux Blanc Sec 6,90 €
Bordeaux Château Tour de Biot BlancBordeaux Château Tour de Biot Blanc 6,20 €
Livraison en Point de Retrait Mondial Relay dès 8,99 € Retrait gratuit à Sainte-Foy-la-Grande

Dépannage

La seiche est caoutchouteuse

Elle n'a pas cuit assez longtemps. Son collagène demande vingt minutes de frémissement pour devenir gélatine : elle entre en premier, toujours.

Les filets ont disparu en bouillie

Ils sont entrés trop tôt, ou le bouillon a été remué. Trois minutes, posés sur le dessus, et l'on ne touche plus à la marmite.

Le beurre est remonté en huile

Le bouillon bouillait. Une émulsion au beurre se monte hors du feu, dans un liquide chaud mais calme, avec du beurre très froid.

Le bouillon est fade

Il manque la réduction du vin, ou l'ail. Et goûtez avant de saler : parfois c'est simplement le poivre qui manque.

C'est trop salé

La seiche et les poissons apportent leur salinité. On goûte à la toute fin et souvent on ne sale pas.

Le bouillon est trouble

Ça a bouilli au lieu de frémir. Les protéines des poissons coagulent et se dispersent : on maintient un frémissement, jamais l'ébullition.

Conservation & préparation anticipée

La chaudrée ne se réchauffe pas. Les poissons fragiles se défont et la seiche durcit encore : c'est un plat qui se sert dès que le dernier morceau est cuit.

Le bouillon seul se garde 3 jours au réfrigérateur, filtré, et il est excellent pour pocher un poisson ou faire un risotto.

Il se congèle 3 mois, mais sans le beurre monté : l'émulsion ne survit pas à la décongélation. On la refait au moment de servir.

La seiche crue se congèle très bien, jusqu'à 4 mois, et la congélation l'attendrit même un peu.

Les poissons crus se gardent 24 heures au réfrigérateur, sur un lit de glace, chacun dans son plat.

Variantes

Chaudrée à l'anguille

La version d'origine, avec des tronçons d'anguille qui entrent en même temps que la lotte. Plus grasse et plus profonde.

Avec des moules

Une poignée de moules ouvertes à part et ajoutées au dernier moment, avec leur jus décanté : voir notre mouclade pour le geste.

Comparez avec les soupes du Sud

Autre logique, autre bouillon : notre soupe de poisson et sa rouille.

Sur la base d'un court-bouillon

Pour comprendre ce que le liquide apporte : notre court-bouillon.

Questions fréquentes

Pourquoi ne pas mettre tous les poissons ensemble ?

Parce que leurs temps vont de trois à vingt minutes. Ensemble, soit la seiche reste caoutchouteuse, soit les filets fragiles se défont en bouillie.

Dans quel ordre les faire entrer ?

Du plus ferme au plus fragile : seiche ou poulpe vingt minutes, lotte ou congre dix, merlan ou sole trois. On décompte à rebours depuis l'heure du service.

Qu'est-ce que monter au beurre ?

Fouetter du beurre très froid en parcelles dans un liquide chaud mais non bouillant, hors du feu. Il s'émulsionne et rend le bouillon brillant et nappant, sans crème ni farine.

Mon beurre est remonté en huile, pourquoi ?

Le liquide bouillait. L'émulsion se casse à l'ébullition : on monte toujours hors du feu, avec du beurre froid.

Faut-il saler ?

On goûte à la fin, et souvent on ne sale pas. La seiche et les poissons libèrent leur propre sel dans le bouillon.

Quel vin servir avec une chaudrée ?

Un sauvignon ou un bordeaux blanc sec à 10 °C, et de préférence celui de la marmite. Sur un bouillon servi tel quel, la sauce et le verre deviennent le même goût.

La chaudrée est la soupe des pêcheurs de l'Aunis, faite de ce qui ne se vendait pas : les petits poissons, les seiches, une anguille. Sa règle est celle de tous les plats à plusieurs poissons, et c'est la seule qui compte.

Chaque espèce a son temps. Une seiche ou un petit poulpe sont riches en collagène et demandent vingt minutes pour s'attendrir. Une lotte, dense, tient dix minutes. Un merlan ou une petite sole, dont la chair est faite de feuillets courts, sont cuits en trois. Jetés dans la même casserole au même moment, il n'y a pas d'issue : soit la seiche est du caoutchouc, soit le merlan a disparu.

Le raisonnement se fait donc à rebours. On décide de l'heure du service, on soustrait le temps du poisson le plus long, et c'est lui qui entre en premier. Les autres suivent en ordre décroissant, et tout arrive à point ensemble.

Le bouillon, lui, est d'une simplicité charentaise : vin blanc, beurre, ail, laurier, pommes de terre. Il ne se lie ni à la crème ni à la farine, il se monte au beurre hors du feu, et c'est ce qui lui donne sa brillance et son onctuosité sans l'alourdir.

Avant de partir

Les bouteilles que le caviste sert avec cette recette, en stock et prêtes à partir.

Moulin Caresse Le SauvignonMoulin Caresse Le Sauvignon 7,90 €
Château La Verrière Bordeaux Blanc SecChâteau La Verrière Bordeaux Blanc Sec 6,90 €
Bordeaux Château Tour de Biot BlancBordeaux Château Tour de Biot Blanc 6,20 €

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