L'Ohio figure au Savoy Cocktail Book, le recueil de Harry Craddock publié à Londres en 1930. Il appartient à une petite famille de recettes de l'entre-deux-guerres qui consistent à prendre un cocktail spiritueux et à le diluer largement de vin effervescent — le résultat n'est pas un compromis, c'est une autre boisson.
Ce qui subsiste du manhattan, c'est sa structure : l'amertume de l'angostura, la douceur épicée du vermouth rouge, la charpente céréalière du whisky. Ce qui disparaît, c'est le poids. Là où un manhattan titre haut et se boit lentement, l'Ohio se sert à l'apéritif et se termine en cinq minutes.
Le whisky canadien de la recette d'origine n'est pas anodin : c'est un whisky léger, souvent adouci par du maïs, qui ne prend pas toute la place sous les bulles. Un rye très marqué fait un autre verre, plus épicé et plus sévère.
C'est un apéritif d'hiver, plus adapté à un salon qu'à une terrasse. La couleur ambrée le dit tout de suite : ce n'est pas un cocktail de bulles claires.








