La figue est le fruit le plus généreux qu'on puisse mettre dans un bocal de rhum, et le plus traître. Elle donne énormément — sucre, couleur, texture — et elle donne vite : au bout de dix jours, la macération a déjà pris une teinte acajou que la poire met six semaines à atteindre.
Le risque n'est donc pas le manque, c'est l'excès. Une figue trop mûre, ou trop nombreuse, transforme le rhum en sirop de confiture et l'alcool disparaît sous le fruit. Huit figues pour soixante-dix centilitres, pas davantage, et des fruits fermes plutôt que fondants.
La cannelle et le zeste d'orange ne sont pas décoratifs. La figue manque d'acidité et manque de nervosité ; l'orange lui rend la première, la cannelle une chaleur sèche qui empêche l'ensemble de rester mou en fin de bouche. Ce sont deux correctifs, pas deux parfums.
C'est une macération de septembre, quand les figues violettes de fin de saison sont à leur plus dense, et qui se boit très bien jusqu'au cœur de l'hiver.







