UNE CASSEROLE LARGE OU UNE BASSINE À CONFITURE (L'OUTIL DU PLAT : large, le vin réduit vite et la gelée cuit court)
4 pots de 200 g à couvercle (ébouillantés, remplis chauds, retournés)
une écumoire (la mousse retirée pendant les 5 minutes)
une assiette mise au congélateur (le test de la goutte qui fige)
un entonnoir à confiture ou une louche (les pots remplis sans couler)
un économe (le zeste en un ruban, sans le blanc)
👨🍳 L'astuce du chef
Un vin rouge fruité et coloré. La gelée a la couleur et le goût du vin, concentrés : il faut un rouge coloré, fruité, jeune, sans bois, un merlot, un malbec, un cabernet du Sud-Ouest. Un vin léger fait une gelée pâle et fade ; un vin boisé, une gelée qui sent la planche ; un grand vin serait gâché. Le rosé et le blanc font aussi des gelées, plus pâles, pour le poisson et le chèvre.
Le vin de cuisine est un vin qu'on boirait. Un vin bouchonné, éventé ou de mauvaise qualité donne une sauce bouchonnée, éventée, mauvaise : la cuisson concentre tout, les qualités comme les défauts. Pas besoin d'un grand vin, mais d'un vin franc, jeune, fruité, celui qu'on servira à table. C'est la règle de toute cuisine au vin, et la seule qui ne se discute pas.
Réduire avant de sucrer. C'est ce qui fait la différence entre une gelée de vin et un sirop alcoolisé : le vin réduit d'un tiers à frémissement, seul avec les épices, 20 minutes, perd son alcool, concentre son fruit et sa couleur, et s'infuse. Le sucre ajouté avant empêcherait de réduire sans caraméliser, et la gelée garderait l'alcool et l'acidité.
Les épices, en infusion. Cannelle, anis étoilé, poivre, girofle, zeste d'orange : les épices du vin chaud, qui vont au vin rouge comme rien d'autre, mises entières pendant la réduction et retirées avant le sucre, pour parfumer sans envahir. On peut en enlever, on n'en ajoute pas : la gelée doit goûter le vin d'abord. Une branche de romarin ou de thym à la place, pour une gelée qui ira à l'agneau.
Le sucre à pectine. Le vin ne contient pas de pectine, la substance des fruits qui fait prendre les confitures : il en faut donc, et le plus simple est le sucre spécial confiture, qui en contient, à raison de 500 g pour 50 cl de vin réduit. À défaut, du sucre ordinaire et un sachet de pectine, ou 2 g d'agar-agar, qui donne une gelée plus ferme et moins brillante. Sans rien, ça ne prend pas.
Le citron, pour la prise. La pectine prend en milieu acide, et le vin réduit ne l'est plus assez : le jus d'un demi-citron assure la prise et avive la couleur. Il ne se sent pas.
5 minutes d'ébullition, pas plus. Avec le sucre à pectine, la gelée prend en 5 minutes d'ébullition vive : c'est court, et c'est ce qui garde le goût du vin, sa couleur rubis et sa transparence. Cuite plus, elle brunit, caramélise, et devient une pâte de fruits. On écume la mousse rose qui monte, pour une gelée limpide.
Le test de l'assiette froide. Une assiette mise au congélateur avant de commencer, une goutte de gelée dessus, 30 secondes, et le doigt qui la pousse : si elle ride et fige, c'est pris ; si elle coule, une minute de plus. C'est le seul thermomètre qu'il faut.
En pots, chaude, retournée. La gelée versée bouillante dans des pots ébouillantés, à 5 mm du bord, fermés tout de suite et retournés 5 minutes : le couvercle se stérilise à la chaleur et le vide se fait. Puis remis à l'endroit, et une nuit pour prendre : la gelée de vin est molle en sortant du feu et tremblante le lendemain. On ne secoue pas les pots pendant qu'elle prend.
Avec quoi. Le foie gras, mi-cuit ou poêlé, une cuillère à côté, c'est son premier usage ; les fromages de brebis des Pyrénées, le chèvre sec, le comté vieux, le bleu ; le magret, le canard, le porc rôti, le gibier, une cuillère fondue dans le jus ; une tartine beurrée au petit déjeuner ; et fondue avec un peu d'eau, un nappage pour une tarte aux figues ou aux poires.
La gelée de vin rouge boit le vin dont elle est faite, ou un moelleux sur le foie gras. Servie avec le fromage ou le canard, elle boit le rouge dont elle est faite, ou son cousin, dont le fruit se retrouve dans le pot ; servie avec le foie gras, elle boit ce que boit le foie gras, un moelleux ou un liquoreux, dont le sucre rejoint celui de la gelée. Pas de blanc sec, aigre sur le sucre ; pas de rouge tannique et boisé, qui jure avec les épices.
Préparation pas à pas
Vin versé dans la casserole large avec cannelle, anis, poivre, girofle et zeste ; porté à frémissement ⏱️ 3 min
Pas d'ébullition violente : le vin s'infuse.
Réduit d'un tiers à frémissement, 20 min : il reste 50 cl ⏱️ 20 min
L'alcool s'en va, le fruit se concentre.
Épices et zeste retirés à l'écumoire ⏱️ 1 min
Ils ont donné ce qu'ils avaient.
Sucre à pectine versé en pluie, jus de citron ; remué jusqu'à dissolution ⏱️ 1 min
Le citron aide la pectine à prendre.
Ébullition vive 5 min chrono, en écumant la mousse ⏱️ 5 min
5 minutes : plus, la gelée brunit et perd le vin.
Test : une goutte sur l'assiette glacée ; elle doit figer et rider quand on la pousse du doigt ⏱️ 1 min
Sinon, 1 minute de plus.
Versée bouillante dans les pots ébouillantés, à 5 mm du bord ; fermés ; retournés 5 min ⏱️ 3 min
Le retournement stérilise le couvercle.
Remis à l'endroit ; une nuit sans y toucher : la gelée prend, rubis et tremblante ⏱️ 12 h
On n'ouvre pas avant le lendemain.
🍷 Le conseil du caviste
Une gelée de vin rouge, la bouteille réduite avec les épices, prise au sucre à pectine, en pots rubis pour le foie gras et les fromages.
Château Tour de Biot Malbec à 16 °C, le malbec coloré et fruité, celui de la casserole, servi avec la gelée sur les fromages de brebis et le canard.
Château Moulin Caresse Magie d'Automne Moelleux à 8 °C, le moelleux de Bergerac, sur le foie gras et sa cuillère de gelée.
Château du Rooy Rosette à 9 °C, la rosette de Bergerac, demi-sèche et légère, sur la gelée avec un chèvre ou une tartine.
La gelée de vin rouge boit le vin dont elle est faite, ou un moelleux sur le foie gras : c'est la règle de la cuisine au vin, le pot prolonge la bouteille, et une gelée de malbec servie avec un fromage de brebis ou un magret boit un malbec, ou son cousin coloré et fruité, à 16 °C, dont le fruit se retrouve concentré dans le pot et dont le tanin rejoint le fromage ou la viande ; mais servie avec le foie gras, la gelée boit ce que boit le foie gras, un moelleux ou un liquoreux de Bergerac à 8 °C, dont le sucre rejoint celui de la gelée et dont le miel rejoint les épices ; avec un chèvre ou une tartine, une rosette demi-sèche et légère ; un blanc sec est aigre sur le sucre, et un rouge tannique et boisé jure avec la cannelle et l'anis. C'est la règle des condiments au vin : on boit le vin du pot, ou le vin du plat. Le Malbec de Tour de Biot, coloré et fruité, à 16 °C, est le vin de la casserole, servi avec la gelée sur les brebis et le canard ; le Magie d'Automne moelleux de Moulin Caresse, à 8 °C, sur le foie gras et sa cuillère de gelée ; et la Rosette du Château du Rooy, demi-sèche et légère, à 9 °C, sur la gelée avec un chèvre ou une tartine du matin. La règle de la gelée de vin : une bouteille dans les pots, la même sur la table.
À éviter : un blanc sec, aigre sur le sucre, et un rouge tannique et boisé, qui jure avec les épices.
Les bouteilles de la cave
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Dépannage
La gelée n'a pas pris
Pas de pectine, pas de citron, ou pas assez cuit. Sucre à pectine, le jus de citron, 5 minutes d'ébullition vive, le test de l'assiette ; remise en casserole 2 minutes avec du citron si besoin.
Elle est trop dure, comme une pâte de fruits
Trop cuite. 5 minutes chrono, et le test de l'assiette : elle ride, on arrête.
Elle sent l'alcool ou elle est aigre
Vin pas réduit avant le sucre. Réduit d'un tiers à frémissement, 20 minutes, avant tout sucre.
Elle est brune plutôt que rubis
Cuite trop longtemps ou trop fort après le sucre, ou vin trop vieux. 5 minutes, et un rouge jeune et coloré.
Elle est trouble
Mousse pas écumée, ou pots secoués pendant la prise. Écumée pendant l'ébullition, et une nuit sans y toucher.
Un goût bizarre, de bouchon ou de moisi
Le vin l'avait. On goûte le vin avant de le verser, toujours ; un vin bouchonné va à l'évier, pas dans la casserole.
Conservation & préparation anticipée
Les pots fermés se gardent un an au placard, à l'abri de la lumière, qui ternit la couleur.
Un pot ouvert se garde 2 mois au réfrigérateur.
Une gelée qui n'a pas pris se remet en casserole avec le jus d'un demi-citron et 2 minutes d'ébullition, et repart en pots.
La gelée fondue avec une cuillère d'eau devient un nappage ou une sauce ; elle se garde 3 jours au frais.
Variantes
Le confit d'oignons
Notre confit d'oignons, l'autre condiment du foie gras, au vin rouge lui aussi.
La confiture de figues
Notre confiture de figues, la compagne des fromages de brebis, à mettre à côté sur le plateau.
Le foie gras au torchon
Notre foie gras au torchon, avec une cuillère de gelée de vin et du pain de campagne grillé.
La gelée de vin blanc moelleux
Une bouteille de moelleux réduite d'un tiers avec une gousse de vanille et un zeste de citron, 400 g de sucre à pectine seulement, 5 minutes : une gelée dorée, plus douce, pour le foie gras, le roquefort et les tartes aux poires ; elle se boit avec le moelleux dont elle est faite.
Questions fréquentes
Quel vin choisir pour une gelée ?
Un rouge jeune, coloré, fruité, sans bois : un merlot, un malbec, un cabernet du Sud-Ouest ou de Bordeaux. La gelée concentre la couleur et le fruit, et un vin léger donne une gelée pâle et fade, un vin boisé une gelée qui sent la planche. Pas besoin d'un grand vin, qui serait gâché : un bon vin de table, celui qu'on boira avec. Un rosé ou un blanc font des gelées plus pâles, pour le poisson et le chèvre.
Pourquoi faut-il de la pectine ?
Parce que le vin n'en a pas : la pectine est la substance des fruits, pommes, coings, groseilles, qui fait prendre les confitures, et le raisin fermenté n'en contient plus. Le sucre spécial confiture en contient, dosé, et c'est le plus simple ; à défaut, un sachet de pectine avec du sucre ordinaire, ou 2 g d'agar-agar pour une gelée plus ferme. Sans rien, on obtient un sirop de vin, bon aussi, mais qui coule.
Avec quoi la mange-t-on ?
Le foie gras d'abord, une cuillère à côté, c'est l'usage de Noël ; les fromages, brebis des Pyrénées, chèvre sec, comté vieux, bleu ; le canard, le magret, le porc rôti, le gibier, une cuillère fondue dans le jus de cuisson ; une tartine beurrée le matin ; et fondue avec un peu d'eau, un nappage pour une tarte aux figues ou aux poires. C'est le condiment le plus polyvalent du placard.
Peut-on faire une gelée de vin blanc ou de rosé ?
Oui, avec les mêmes proportions : un blanc sec avec une branche de thym et un zeste de citron, pour le poisson et le chèvre ; un moelleux avec de la vanille, pour le foie gras et le roquefort ; un rosé avec du poivre et du romarin, pour l'agneau et le fromage frais. Le blanc et le rosé donnent des gelées dorées ou roses, plus fragiles à la lumière : on les garde au noir.
Combien de temps se garde-t-elle ?
Un an dans les pots fermés, au placard, à l'abri de la lumière qui ternit le rubis ; deux mois au réfrigérateur une fois ouverte. Le sucre conserve, et le retournement des pots à chaud fait le vide. Une gelée qui n'a pas pris se rattrape en la remettant à bouillir 2 minutes avec du citron.
Quel vin servir avec ?
Le vin dont elle est faite, ou son cousin : un malbec ou un merlot coloré à 16 °C, avec la gelée sur les fromages de brebis et le canard. Sur le foie gras, ce que boit le foie gras : un moelleux de Bergerac à 8 °C. Sur un chèvre ou une tartine, une rosette demi-sèche. Pas de blanc sec, aigre sur le sucre, ni de rouge tannique et boisé.
On la trouve sur les marchés du Sud-Ouest et de Bourgogne, en petits pots rubis, sous le nom de gelée de vin, de confiture de vin ou de gelée de Bergerac, de Cahors, de Bordeaux : c'est la façon la plus simple de mettre un vin en réserve, et de le servir avec ce qu'il accompagne le mieux, le foie gras, le fromage, le canard. La recette tient en trois gestes, réduire, sucrer, mettre en pots, et un bocal ouvert à Noël avec le foie gras vaut tous les chutneys.
Les ingrédients, pour 4 pots de 200 g : 75 cl de vin rouge, fruité et coloré, une bouteille ; 500 g de sucre spécial confiture, avec pectine ; 1 bâton de cannelle ; 2 anis étoilés ; 4 grains de poivre noir ; le zeste d'une orange non traitée en un ruban ; 1 clou de girofle ; le jus d'un demi-citron.
La méthode : vin et épices dans une casserole large, réduit d'un tiers à frémissement, 20 minutes, jusqu'à 50 cl ; épices retirées ; sucre à pectine versé, citron ; ébullition vive 5 minutes en écumant ; test de l'assiette froide ; en pots ébouillantés, fermés, retournés 5 minutes ; une nuit pour prendre.
Avant de partir
Les bouteilles que le caviste sert avec cette recette, en stock et prêtes à partir.
Dites le nombre de convives : l'assistant calcule les quantités à partir des doses de restaurant et propose des bouteilles de la cave, à panacher librement.