Levain naturel dans un bocal en verre sur une table en bois, pâte pâle bien montée et criblée de bulles, élastique repère sur le verre, sac de farine et pain de campagne au fond

Accompagnement

Levain naturel : ce qui bulle au troisième jour n'est pas encore un levain

Le premier bouillonnement, vers le troisième jour, vient d'entérobactéries, pas des levures qu'on cherche. Elles produisent beaucoup de gaz, une odeur désagréable, puis s'empoisonnent avec leur propre acidité. C'est seulement après, vers le sixième ou septième jour, que le vrai levain s'installe.

  • Préparation : 5 min par jour
  • Cuisson : 0 min
  • Repos : 10 à 14 jours de fermentation, dont 4 jours où il ne se passe rien d'encourageant
  • Économique
  • 1 levain chef
  • Facile
  • Toute l'année
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Ingrédients

1 levain chef

Ustensiles

  • UN ÉLASTIQUE AUTOUR DU BOCAL (L'USTENSILE DU PLAT : il marque le niveau de départ, seule mesure objective de l'activité)
  • un bocal en verre droit (on doit voir les bulles sur le côté, ce qu'un pot opaque interdit)
  • un linge ou un couvercle POSÉ, pas vissé (le levain doit respirer, et le gaz doit pouvoir sortir)
  • une balance (les rafraîchis se pèsent : à l'œil, on dérive en trois jours)
  • une cuillère (on mélange à chaque rafraîchi, ce qui réoxygène le milieu)
  • un carnet ou une photo par jour (on oublie très vite ce que faisait le levain avant-hier)

L'astuce du chef

Un levain se construit par succession écologique. Plusieurs populations se remplacent, et seule la dernière est celle qu'on veut.

Le faux départ du 3e jour vient d'entérobactéries. Rapides, gourmandes de sucres, très productrices de gaz : d'où le bouillonnement spectaculaire.

Elles s'empoisonnent elles-mêmes. Les acides qu'elles produisent font descendre le pH, et sous environ 4,5 elles meurent.

Le calme du 4e jour est leur disparition. Ce n'est pas un échec, c'est une étape obligatoire du processus.

L'odeur désagréable est leur signature. Vieux fromage, parfois pire : elle disparaît avec elles et ne revient pas.

Le milieu acide qu'elles laissent est celui qu'il faut. Lactobacilles et levures sauvages tolèrent cette acidité, contrairement aux premières.

Elles sont plus lentes, mais elles restent. Vers le 6e ou 7e jour, elles dominent et le comportement du levain change du tout au tout.

On ne juge donc pas avant le 10e jour. Et on nourrit tous les jours, surtout pendant la phase où il ne fait rien.

Ni sucre, ni miel, ni raisin au départ. Ils nourrissent précisément les entérobactéries et allongent le faux départ.

L'élastique est la seule mesure honnête. Placé au niveau de départ, il dit exactement de combien le levain a monté.

Le vrai signe est la RÉGULARITÉ. Un levain mûr double en quatre à six heures, tous les jours, de la même façon.

Le test de flottaison confirme. Une cuillerée jetée dans l'eau doit remonter : le réseau retient assez de gaz pour porter la pâte.

Préparation pas à pas

  1. JOUR 1 : mélanger 50 g de seigle et 50 g d'eau 5 min

    Une pâte épaisse. Le seigle complet porte le plus de micro-organismes.

  2. JOUR 2 : rien ne se passe, on rafraîchit quand même 5 min

    On jette la moitié, on ajoute 50 g de farine et 50 g d'eau. Tous les jours, sans exception.

  3. JOUR 3 : ça bulle beaucoup et ça sent mauvais 5 min

    Ce ne sont pas les bonnes bactéries. Ce sont des entérobactéries, et elles vont mourir seules.

  4. JOURS 4 ET 5 : plus rien, l'odeur empire 10 min

    C'est le moment où tout le monde jette. Le pH descend sous 4,5 et les premières meurent.

  5. JOURS 6 À 8 : ça repart, doucement et régulièrement 15 min

    L'odeur devient acidulée, yaourt et pomme. Les lactobacilles et les levures ont pris la place.

  6. JOURS 9 À 12 : rafraîchir deux fois par jour 20 min

    Matin et soir. Le levain doit doubler en 4 à 6 heures, de façon prévisible.

  7. TEST : il double en 4 h et flotte dans l'eau 5 min

    Une cuillerée jetée dans un verre d'eau doit remonter à la surface. Il est prêt.

  8. Entretien : un rafraîchi par semaine au réfrigérateur 5 min

    Deux rafraîchis à température avant de faire du pain, il faut le réveiller.

Le conseil du caviste

Un levain ne se boit pas, mais le pain au levain change les accords d'une table entière, et c'est un sujet de caviste.

Le Bordeaux Château Tour de Biot Rouge à 16 °C sur un plateau de charcuterie : le pain acide coupe le gras et le rouge n'a plus besoin d'être puissant.

Le Château La Verrière Bordeaux Blanc Sec à 10 °C sur des fromages à pâte molle : c'est l'accord que le pain au levain rend possible.

Le Moulin Caresse La Frangine Rosé VDP Périgord à 9 °C pour une planche mixte, l'été.

Un pain au levain permet de rester sur un blanc là où on servirait un rouge : son acidité fait, dans la bouche, une partie du travail qu'on demande d'habitude au vin, c'est-à-dire couper le gras. C'est un cas rare où l'accompagnement modifie le choix de la bouteille.

À éviter : rien de particulier, mais ne comptez pas sur un rouge mou et sans acidité pour tenir face à un pain lui-même acide.

Les bouteilles de la cave

La sélection du caviste pour cette recette, en stock.

Bordeaux Château Tour de Biot RougeBordeaux Château Tour de Biot Rouge 5,00 €
Château La Verrière Bordeaux Blanc SecChâteau La Verrière Bordeaux Blanc Sec 6,90 €
Moulin Caresse La Frangine Rosé VDP PérigordMoulin Caresse La Frangine Rosé VDP Périgord 6,60 €
Livraison en Point de Retrait Mondial Relay dès 8,99 € Retrait gratuit à Sainte-Foy-la-Grande

Dépannage

Ça a bullé au 3e jour puis tout s'est arrêté

C'est normal et attendu. Ce bouillonnement vient d'entérobactéries qui meurent en acidifiant le milieu. On continue de nourrir tous les jours, ça repart vers le 6e ou 7e.

Ça sent très mauvais

Même cause, même remède : c'est la signature des premières bactéries. L'odeur devient acidulée, yaourt et pomme, quand les lactobacilles prennent la place.

Il ne se passe rien du tout depuis 5 jours

Il fait trop froid, ou l'eau est chlorée. 22 à 25 °C, et une eau reposée deux heures ou filtrée.

Il y a un liquide brun en surface

C'est de l'alcool : le levain a faim. On le jette, on rafraîchit, et on nourrit plus souvent.

Il y a des moisissures colorées, rose ou orange

Là, il faut jeter et recommencer. Une moisissure duveteuse et colorée n'a rien à voir avec le liquide brun ou l'odeur forte.

Il monte mais irrégulièrement

Il n'est pas encore mûr. Le vrai signe est la régularité : doubler en 4 à 6 heures, tous les jours de la même façon.

Conservation & préparation anticipée

Le levain se garde indéfiniment : c'est un être vivant, il n'a pas de date. Le plus vieux levain documenté a plus de cent ans.

Au réfrigérateur, un rafraîchi par semaine suffit. C'est le régime normal pour qui fait du pain de temps en temps.

Il faut le réveiller avant usage : deux rafraîchis à température ambiante, à douze heures d'intervalle.

Il se sèche : étalé fin sur du papier cuisson, séché à l'air, émietté, il se garde des années en bocal et se réactive en trois jours.

Un liquide brun en surface est de l'alcool, signe qu'il a faim. On le jette et on rafraîchit : ce n'est pas une moisissure.

Variantes

Levain liquide

Autant d'eau que de farine, comme ici. Il est plus rapide et plus acide en acide lactique, plus doux au goût.

Levain dur

Moitié moins d'eau que de farine. Plus lent, plus stable, plus parfumé : c'est celui des panettone et des grosses pièces.

Ce qu'on en fait

Notre pain de campagne maison, où la cocotte fermée fait la vapeur.

L'autre fermentation spontanée du blog

Notre injera, où trois jours suffisent parce que le teff porte tout ce qu'il faut.

Questions fréquentes

Mon levain a bullé au 3e jour puis s'est arrêté, est-il mort ?

Non, c'est l'étape normale. Ce premier bouillonnement vient d'entérobactéries qui produisent beaucoup de gaz puis meurent en acidifiant le milieu. Les bonnes populations arrivent ensuite.

Pourquoi mon levain sent-il si mauvais ?

C'est la signature de ces mêmes premières bactéries. L'odeur devient acidulée, entre le yaourt et la pomme, quand les lactobacilles et les levures prennent le relais, vers le 6e ou 7e jour.

Combien de temps faut-il pour faire un levain ?

Dix à quatorze jours, dont quatre où il ne se passe rien d'encourageant. On ne juge pas un levain avant le dixième jour.

Faut-il ajouter du sucre, du miel ou des raisins ?

Non, c'est même contre-productif : ils nourrissent précisément les entérobactéries du faux départ et allongent la phase désagréable.

Comment savoir qu'il est prêt ?

Il double en quatre à six heures, de façon régulière et prévisible, et une cuillerée jetée dans un verre d'eau remonte à la surface.

Quel vin servir avec du pain au levain ?

Le pain ne décide pas, mais il change la donne : son acidité coupe le gras, ce qui permet de rester sur un blanc à 10 °C là où on aurait servi un rouge.

Presque tous les levains ratés le sont pour la même raison : ils ont été jugés trop tôt. Le déroulement est toujours identique. On mélange farine et eau, il ne se passe rien pendant deux jours, puis, au troisième, tout s'emballe : le mélange double, se couvre de grosses bulles, déborde parfois du bocal. On croit avoir gagné. Et le lendemain, tout retombe, plus rien ne bouge, et une odeur franchement déplaisante s'installe, entre le vieux fromage et le vomi. On jette.

C'est exactement à ce moment-là qu'il ne fallait pas jeter. Ce qui s'est passé est une succession écologique, un phénomène parfaitement décrit. La farine porte une population microbienne variée. Dans les premiers jours, ce sont des entérobactéries, notamment du genre Leuconostoc et d'autres bactéries dites de contamination, qui prennent le dessus : elles sont rapides, elles adorent un milieu neutre et riche en sucres, elles produisent énormément de gaz. D'où le faux départ spectaculaire.

Mais en se développant, elles produisent aussi des acides, et le pH du mélange descend. Or ces bactéries-là ne supportent pas l'acidité : en dessous d'environ pH 4,5, elles meurent. Elles se sont empoisonnées elles-mêmes. Le calme plat du quatrième et du cinquième jour, c'est leur disparition.

Le milieu acide qu'elles laissent est en revanche exactement celui dans lequel prospèrent les organismes que l'on veut : les bactéries lactiques du genre Lactobacillus et les levures sauvages, principalement Saccharomyces et Kazachstania. Elles sont plus lentes à démarrer, mais elles tolèrent l'acidité qui a tué les premières. Vers le sixième ou le septième jour, elles dominent, et le levain change complètement de comportement : il monte de façon régulière et prévisible, il sent le yaourt et la pomme, plus jamais l'égout.

La règle pratique tient donc en une phrase : on ne juge pas un levain avant le dixième jour, et on continue de le nourrir tous les jours, même quand il ne fait rien et surtout quand il sent mauvais.

Avant de partir

Les bouteilles que le caviste sert avec cette recette, en stock et prêtes à partir.

Bordeaux Château Tour de Biot RougeBordeaux Château Tour de Biot Rouge 5,00 €
Château La Verrière Bordeaux Blanc SecChâteau La Verrière Bordeaux Blanc Sec 6,90 €
Moulin Caresse La Frangine Rosé VDP PérigordMoulin Caresse La Frangine Rosé VDP Périgord 6,60 €

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