Parfait glacé démoulé sur une ardoise, bloc ivoire dense aux tranches fines montrant une texture serrée sans cristaux, coulis de framboise, framboises fraîches et menthe, cul-de-poule en cuivre avec fouet et thermomètre à sucre

Dessert

Parfait glacé : le sirop à 121 °C ne cuit pas les jaunes, le sucre les protège

Verser un sirop à 121 °C sur des jaunes d'œufs devrait faire une omelette. Il n'en est rien, et la raison est précise : le sucre s'interpose entre les protéines et élève leur température de coagulation. Un jaune pur prend à 65 °C, un jaune très sucré tient jusqu'à 85 °C.

  • Préparation : 35 min
  • Cuisson : 10 min
  • Repos : 6 h minimum au congélateur, une nuit de préférence
  • Moyen
  • 8 personnes
  • Intermédiaire
  • Été
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Ingrédients

8 personnes

Ustensiles

  • UN THERMOMÈTRE À SUCRE (L'INSTRUMENT DU PLAT : à 115 °C la mousse retombe, à 130 °C le sirop file)
  • un batteur électrique ou un robot (il faut fouetter en continu pendant qu'on verse : à la main, on n'y arrive pas seul)
  • une petite casserole à fond épais (pour le sirop, qui doit chauffer régulièrement)
  • un moule à cake chemisé de film (le film déborde largement, il sert à démouler)
  • une maryse (pour incorporer la crème sans casser l'air de la pâte à bombe)
  • un pinceau et un verre d'eau (pour laver les parois de la casserole et éviter que le sirop ne masse)

L'astuce du chef

Un jaune d'œuf coagule à 65 °C. On verse pourtant dessus un sirop à 121 °C, et il ne se passe rien.

Le sucre s'intercale entre les protéines dépliées. Il les entoure d'eau liée et les empêche de se rencontrer.

La température de coagulation monte donc avec le sucre. Un appareil très sucré tient jusque vers 85 °C.

Le sirop est aussi très minoritaire en volume. Versé en filet sur des jaunes qui tournent, il se dilue instantanément.

Le mélange ne dépasse jamais 80 °C. C'est la réponse à la question qu'on se pose en versant.

Et 80 °C pasteurise les jaunes. Ce qui règle le problème sanitaire d'un dessert jamais cuit.

121 °C n'est pas approximatif. À 115 °C le sirop est trop dilué et la mousse retombe ; à 130 °C il file et fait des fils durs.

La pâte à bombe est très aérée. Cet air remplace le barattage d'une turbine.

Le sucre abaisse aussi le point de congélation. À -18 °C une partie de l'eau reste liquide, et le parfait se tranche.

La crème se monte SOUPLE. Trop ferme, elle granule quand on l'incorpore et la texture devient beurrée.

On incorpore à la maryse, en soulevant. Chaque tour de fouet en trop est de l'air perdu.

C'est l'inverse exact d'une crème anglaise. Là on cherche la coagulation partielle, ici on l'empêche : même protéine, deux intentions.

Préparation pas à pas

  1. Fouetter les jaunes jusqu'à ce qu'ils blanchissent 5 min

    Ils doivent être mousseux avant l'arrivée du sirop, jamais après.

  2. Cuire le sucre et l'eau JUSQU'À 121 °C 8 min

    Au thermomètre. À 115 °C la mousse retombera, à 130 °C le sirop filera.

  3. Verser le sirop EN MINCE FILET, batteur en marche 3 min

    Sur le bord du bol, pas sur le fouet. Le mélange ne dépassera pas 80 °C.

  4. Fouetter jusqu'à complet refroidissement 10 min

    Une dizaine de minutes. Le bol doit être froid au toucher.

  5. Monter la crème très froide en chantilly souple 5 min

    Souple, pas ferme : trop montée, elle granule à l'incorporation.

  6. Incorporer la crème à la maryse, en trois fois 5 min

    On soulève, on ne remue pas. L'air est le seul agent de texture.

  7. Verser dans le moule chemisé et lisser 5 min

    Taper le moule sur le plan. Les bulles d'air grossières doivent partir.

  8. Congeler 6 heures au moins, une nuit de préférence 360 min

    Sortir 10 minutes avant de servir, le temps que la tranche s'assouplisse.

Le conseil du caviste

Un parfait glacé est gras, sucré et très froid : trois obstacles pour un vin, et le froid est le pire.

Le Château de Thenon Côtes de Bergerac Moelleux à 10 °C, servi plus chaud qu'on ne le croit.

Le Château Moulin Caresse Magie d'Automne Moelleux à 10 °C avec un parfait aux fruits confits.

Le Tour du Roy Demi-Sec Crémant de Bordeaux à 7 °C pour une fin de repas plus légère.

Le froid anesthésie les récepteurs du goût, et un dessert glacé engourdit le palais pendant plusieurs secondes. C'est pourquoi on sert les vins de dessert un ou deux degrés plus chauds que d'habitude sur une glace, 10 °C au lieu de 8, et qu'on choisit un vin franchement expressif : un moelleux discret disparaît purement et simplement.

À éviter : un vin sec, quel qu'il soit. Face à un dessert sucré, il paraît acide et métallique.

Les bouteilles de la cave

La sélection du caviste pour cette recette, en stock.

Château de Thenon Côtes de Bergerac MoelleuxChâteau de Thenon Côtes de Bergerac Moelleux 6,90 €
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Tour du Roy Demi-Sec Crémant de BordeauxTour du Roy Demi-Sec Crémant de Bordeaux 9,50 €
Livraison en Point de Retrait Mondial Relay dès 8,99 € Retrait gratuit à Sainte-Foy-la-Grande

Dépannage

Mes jaunes ont fait des grumeaux

Le sirop a été versé d'un coup, ou sur le fouet. En mince filet sur le bord du bol, batteur en marche, il se dilue avant de pouvoir coaguler quoi que ce soit.

Ma mousse est retombée

Le sirop n'était pas à 121 °C. En dessous, il est trop dilué pour soutenir la mousse : le thermomètre n'est pas une précaution mais une nécessité.

Le sirop a fait des fils durs

Il est monté trop haut, vers 130 °C. On recommence : un sirop trop cuit ne se rattrape pas.

Mon parfait est dur comme du béton

Pas assez de sucre, ou pas assez d'air. Le sucre abaisse le point de congélation et l'air empêche les cristaux : les deux sont indispensables.

Il est granuleux et beurré

La crème était montée trop ferme. Elle doit rester souple, au stade où le fouet laisse une trace qui s'efface.

Peut-on le faire sans thermomètre ?

Difficilement. Le test du petit boulé, une goutte de sirop qui forme une bille souple dans l'eau froide, en approche, mais la marge d'erreur est grande.

Conservation & préparation anticipée

Au congélateur, 1 mois, bien filmé : au-delà, il prend les odeurs du congélateur.

On le sort 10 minutes avant de servir, le temps que la tranche s'assouplisse et que les arômes reviennent.

Il ne se recongèle jamais après avoir été détendu : l'air s'échappe et il devient dense.

Le coulis se prépare la veille et se garde 3 jours au réfrigérateur.

Il se transporte dans son moule, enveloppé de torchons, qui isolent très bien pendant une heure.

Variantes

Parfait au café

Deux cuillères à soupe d'extrait de café dans les jaunes. Le classique des tables bourgeoises d'après-guerre.

Parfait à l'armagnac et pruneaux

Trois cuillères d'armagnac et cent grammes de pruneaux mi-cuits. L'alcool abaisse encore le point de congélation, il en faut peu.

La version aux blancs montés

Notre nougat glacé, où c'est la meringue italienne qui porte l'air.

Le raisonnement inverse

Notre crème anglaise, où l'on cherche au contraire à faire coaguler les jaunes.

Questions fréquentes

Pourquoi le sirop à 121 °C ne cuit-il pas les jaunes ?

Parce que le sucre s'intercale entre les protéines et élève leur température de coagulation, et parce que le sirop se dilue instantanément : le mélange ne dépasse pas 80 °C.

Faut-il vraiment un thermomètre ?

Oui. À 115 °C la mousse retombe, à 130 °C le sirop file : la fenêtre utile fait une quinzaine de degrés et ne se juge pas à l'œil.

Les œufs sont-ils crus dans un parfait glacé ?

Non. Le mélange atteint environ 80 °C au moment où l'on verse le sirop, ce qui pasteurise les jaunes.

Peut-on faire un parfait sans sorbetière ?

C'est le principe même du parfait. L'air de la pâte à bombe remplace le barattage, et le sucre abaisse le point de congélation.

Quelle différence avec un nougat glacé ?

Le nougat glacé porte son air dans une meringue italienne, faite de blancs. Le parfait n'utilise que les jaunes, en pâte à bombe.

Quel vin servir avec un parfait glacé ?

Un moelleux expressif à 10 °C, soit un ou deux degrés plus chaud que d'ordinaire : le froid du dessert anesthésie le palais et efface les vins discrets.

La pâte à bombe est l'un de ces gestes de pâtisserie qui paraissent impossibles la première fois qu'on les lit : on monte des jaunes d'œufs au fouet, et l'on verse dessus, en filet, un sirop de sucre porté à 121 °C. Un jaune d'œuf coagule à 65 °C. La logique voudrait qu'on obtienne des grumeaux jaunes dans un caramel. On obtient à la place une mousse pâle, lisse et tiède.

L'explication tient à ce que fait le sucre aux protéines. Quand un jaune chauffe, ses protéines se déplient et s'accrochent les unes aux autres : c'est la coagulation. Le sucre dissous s'intercale entre ces protéines dépliées, les entoure de molécules d'eau liée et les empêche de se rencontrer. Il faut donc davantage d'énergie pour les faire coaguler quand même, ce qui revient à dire que la température de coagulation monte avec la teneur en sucre. Un jaune pur prend vers 65 °C ; un appareil très sucré tient sans broncher jusque vers 85 °C.

Deux choses achèvent le tour. D'abord, le sirop bouillant ne représente qu'une fraction du volume : versé en mince filet sur des jaunes qui tournent, il se dilue instantanément et le mélange ne dépasse jamais 80 °C. Ensuite, cette température-là est justement celle qui pasteurise les jaunes, ce qui règle la question sanitaire d'un dessert qu'on ne cuira jamais.

Le reste découle de cette pâte à bombe. Elle est très aérée, et cet air joue le rôle que la turbine joue dans une glace. Et le sucre qu'elle contient abaisse le point de congélation du mélange, de sorte qu'à -18 °C une partie de l'eau reste liquide : le parfait se tranche au couteau et fond en bouche sans jamais avoir été baratté.

C'est exactement le raisonnement inverse de la crème anglaise, où l'on cherche à faire coaguler les jaunes juste assez pour épaissir, en surveillant la casserole à 83 °C. Même ingrédient, même protéine, deux intentions opposées, et le sucre comme arbitre dans les deux cas.

Avant de partir

Les bouteilles que le caviste sert avec cette recette, en stock et prêtes à partir.

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