Le rougail saucisse est le plat du dimanche à La Réunion, et c'est aussi celui qu'on rate le plus souvent en métropole, pour une raison qui n'a rien à voir avec les épices : on oublie de blanchir les saucisses.
Une saucisse fumée créole a été conçue pour tenir sans réfrigérateur, dans un climat tropical. Sa conservation repose sur deux choses : le sel et le fumage. Elle en contient donc beaucoup plus qu'une chipolata, et c'est normal. Le problème apparaît quand on la jette telle quelle dans la sauce : ce sel diffuse dans la tomate et l'oignon, et l'on obtient un plat que personne ne peut manger.
Le remède est une casserole d'eau bouillante et dix minutes. Le sel, très soluble, passe dans l'eau ; une partie du gras fond et remonte ; l'eau se jette. Les saucisses ressortent dégonflées, plus pâles, et c'est exactement ce qu'on veut : elles vont ensuite rissoler à sec et se colorer franchement dans la marmite.
Le reste est une affaire de patience sur l'oignon. Le rougail n'a pas de bouillon, pas de vin, pas d'eau ajoutée : tout le liquide vient de la tomate et de l'oignon, qui doivent avoir le temps de s'effondrer.







