UN COUTEAU D'OFFICE SOLIDE (L'OUTIL DU TUBERCULE : la peau est trop épaisse et trop dure pour un économe)
UN FILET D'EAU FROIDE (on pèle dessous : la sève qui suinte colle aux doigts et gratte)
une grande casserole (les tranches mises à l'eau FROIDE salée, comme une pomme de terre)
un plat à gratin (beurré, assez large pour deux couches de tranches à peine superposées)
une casserole pour la sauce (lait de coco et crème chauffés sans bouillir, sinon le coco tranche)
une pointe de couteau (le test de cuisson : elle doit entrer sans résistance au centre)
👨🍳 L'astuce du chef
Ce que c'est, et ce que ce n'est pas. L'igname est le tubercule d'une liane tropicale du genre Dioscorea, cultivée depuis des millénaires en Afrique de l'Ouest, aux Antilles et en Asie. Elle n'a aucun lien botanique avec la patate douce, à laquelle on la confond souvent : sa chair est blanche ou jaune très pâle, ferme, farineuse, et nettement moins sucrée. Elle n'a rien à voir non plus avec le taro ou le manioc, qui sont d'autres plantes et se cuisinent différemment.
On la traite comme une pomme de terre farineuse. C'est la bonne grille de lecture, et elle règle presque toutes les questions. Elle se bout, se gratine, se frit, se réduit en purée, s'ajoute dans un pot-au-feu ou un bouillon. Ses temps sont simplement un peu plus longs, sa chair un peu plus dense, et elle boit davantage de matière grasse. Toute recette de pomme de terre à chair farineuse fonctionne avec elle, en ajoutant deux ou trois minutes.
Peler épais, sous l'eau, au couteau. La peau est brune, rugueuse, parfois velue, et beaucoup trop épaisse pour un économe : il faut un couteau d'office et une main ferme, en enlevant franchement jusqu'à la chair blanche. Sous la peau suinte une sève mucilagineuse qui colle aux doigts et provoque chez certaines personnes des démangeaisons. On pèle donc sous un filet d'eau froide, et on peut mettre des gants si la peau est sensible.
À l'eau froide, jamais bouillante. C'est la même règle que pour la pomme de terre, et pour la même raison : un tubercule dense jeté dans l'eau bouillante cuit son extérieur bien avant que la chaleur n'atteigne le centre, et il ressort délité dehors et cru dedans. On le met donc à l'eau froide salée, on porte à ébullition, et on compte douze minutes à partir des premiers bouillons pour des tranches d'un centimètre.
Elle se mange toujours cuite. Crue, l'igname contient des composés amers et irritants, notamment des saponines, que la cuisson détruit. Il n'existe pas de préparation crue de l'igname, contrairement à la patate douce qu'on râpe parfois en salade. La règle est simple : toute igname passe par une cuisson à cœur, vérifiée à la pointe du couteau, qui doit entrer sans la moindre résistance.
La choisir et la garder. Ferme sur toute sa longueur, sans partie molle, sans moisissure au niveau des coupes, et lourde en main. À la coupe, la chair doit être blanche et nette : une chair grise, rose ou dégageant une odeur aigre est en train de tourner. Entière, elle se garde trois à quatre semaines dans un endroit frais, sec et sombre, jamais au réfrigérateur, où le froid la fait noircir. Entamée, on filme la coupe et on l'utilise en trois jours.
Les quatre préparations qui comptent. Bouillie en gros morceaux, servie nature avec une sauce, c'est la forme la plus courante aux Antilles, dans le bouillon ou à côté d'un colombo. En gratin, tranchée et nappée de lait de coco, comme ici. En frites, blanchie dix minutes puis frite à 170 °C, plus farineuse et plus fondante qu'une frite de pomme de terre. En purée, écrasée avec du beurre et du lait, très dense, qu'il faut détendre davantage qu'une purée ordinaire.
Le foutou et le pilé, pour aller plus loin. En Afrique de l'Ouest, l'igname bouillie est pilée au mortier jusqu'à former une pâte lisse et élastique, servie en boule à côté d'une sauce arachide ou d'une sauce graine. C'est un geste technique, long, qui demande un vrai mortier et deux personnes, et qui donne une texture impossible à obtenir au robot. On peut s'en approcher avec un presse-purée et beaucoup d'huile de coude.
Le lait de coco, et pourquoi il ne doit pas bouillir. C'est une émulsion de matière grasse dans l'eau, stabilisée par des protéines fragiles. Portée à gros bouillons, elle se casse : le gras se sépare en grains huileux et la sauce devient granuleuse. On la chauffe donc à frémissement, jamais plus, et on termine la cuisson au four, où la chaleur est plus douce et enveloppante. La crème ajoutée avec lui aide à tenir l'ensemble.
Le piment entier, qui parfume sans brûler. Le piment végétarien antillais, ou un habanero, posé entier et surtout non percé sur le plat, libère son parfum fruité sans sa capsaïcine, qui reste enfermée dans les graines et les membranes. On le retire avant de servir. Percé ou coupé, le même piment rendrait le gratin immangeable pour la plupart des convives. C'est un geste de base de toute la cuisine créole.
Préparation pas à pas
Igname rincée, posée sur une planche et tranchée en tronçons de 8 cm ⏱️ 5 min
Des tronçons courts se pèlent bien mieux qu'un tubercule entier.
Pelée épais au couteau, sous un filet d'eau froide, jusqu'à la chair blanche ⏱️ 10 min
Sous l'eau : la sève colle aux doigts et peut irriter la peau.
Coupée en tranches régulières de 1 cm, gardées dans l'eau froide en attendant ⏱️ 8 min
À l'air, la chair grise en quelques minutes.
Tranches mises à l'eau FROIDE salée, portées à ébullition, 12 min à petits bouillons ⏱️ 18 min
Eau froide au départ, comme une pomme de terre : jetée dans l'eau bouillante, elle cuit dehors et reste crue dedans.
Égouttées à fond ; lait de coco, crème, ail, thym, blanc de ciboule, muscade chauffés sans bouillir ⏱️ 6 min
Sans bouillir : le lait de coco tranche et se sépare en grains.
Tranches rangées en couches dans le plat beurré, sauce versée entre chaque couche ⏱️ 5 min
Le piment entier posé dessus, jamais percé.
Fromage râpé semé sur le dessus ; 35 min à 180 °C jusqu'à un dessus bruni et bouillonnant ⏱️ 35 min
On retire le piment entier avant de servir.
Reposé 5 min hors du four ; vert de ciboule ciselé par-dessus ⏱️ 5 min
Cinq minutes de repos : le gratin se coupe alors proprement.
🍷 Le conseil du caviste
Un gratin d'igname au lait de coco, tranches précuites à l'eau froide salée, sauce coco au thym et à la ciboule, 35 minutes à 180 °C.
Château Moulin Caresse Les Frangins Flingueurs à 15 °C, le rouge gourmand et fruité, servi frais, sur le gratin et le colombo.
Château Moulin Caresse Magie d'Automne Rouge à 16 °C, le montravel rouge, sur l'igname servie avec une viande en sauce.
Bordeaux Château Tour de Biot à 15 °C, le bordeaux rouge souple, sur les frites d'igname et les grillades.
Un féculent ne commande jamais l'accord, et l'igname moins que tout autre : sa chair est farineuse, douce et sans acidité, si bien que le verre se choisit sur ce qui l'accompagne, presque toujours une viande en sauce créole ou africaine ; ces sauces-là sont épicées sans être brûlantes, sucrées-salées, souvent au lait de coco, et elles demandent un rouge fruité, peu tannique et servi frais à 15 °C, parce qu'un rouge chaud et alcooleux amplifie la sensation de piment au lieu de l'apaiser ; quand l'igname accompagne un plat plus corsé, un ragoût longuement mijoté ou une viande brune, un rouge un peu plus dense servi à 16 °C prend le relais ; en frites, à côté d'une grillade, on revient à un rouge souple servi frais ; ce qu'il faut absolument écarter, c'est un rouge tannique et alcooleux, qui fait flamber le piment, et un blanc boisé, qui se heurte au lait de coco. C'est la règle des féculents : le verre suit la sauce. Les Frangins Flingueurs, à 15 °C, est le verre du gratin ; le Magie d'Automne rouge, à 16 °C, sur les viandes en sauce ; et le Tour de Biot, à 15 °C, sur les frites.
À éviter : un rouge tannique et alcooleux, qui fait flamber le piment, et tout blanc boisé.
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Dépannage
C'est cru au centre
Tranches jetées dans l'eau bouillante. Comme une pomme de terre, l'igname part à l'eau FROIDE salée, et on compte 12 minutes à partir de l'ébullition.
Ça gratte les mains
La sève mucilagineuse sous la peau. On pèle sous un filet d'eau froide, et avec des gants si la peau est sensible.
La chair a noirci
Oxydation à l'air, ou séjour au réfrigérateur. On garde les tranches dans l'eau froide en attendant, et l'igname entière hors du froid.
La sauce est granuleuse
Le lait de coco a bouilli. C'est une émulsion fragile : on la chauffe à frémissement seulement et on termine la cuisson au four.
Le gratin est brûlant de piment
Le piment a été percé ou coupé. On le pose entier, intact, et on le retire avant de servir : il parfume sans libérer sa force.
Le gratin se défait à la découpe
Servi trop vite. Cinq minutes de repos hors du four suffisent pour qu'il se tienne à la cuillère.
Conservation & préparation anticipée
L'igname entière se garde 3 à 4 semaines dans un endroit frais, sec et sombre, jamais au réfrigérateur, où le froid la fait noircir.
Entamée, la coupe filmée au contact, elle se garde 3 jours au réfrigérateur ; toute partie grise ou molle se retire au couteau.
Le gratin se garde 3 jours et se réchauffe 20 min à 160 °C, couvert de papier aluminium, ou se mange froid.
Elle se congèle 6 mois, en morceaux blanchis 5 minutes ou en purée déjà faite ; crue, elle noircit et se délite à la décongélation.
Variantes
Le colombo de poulet
Notre colombo de poulet, le plat antillais dont l'igname est l'accompagnement naturel.
Le poulet yassa
Notre poulet yassa, le plat sénégalais à l'oignon et au citron, servi avec un féculent.
Le gratin dauphinois
Notre gratin dauphinois, la même mécanique de gratin, avec la pomme de terre.
Les frites d'igname
Des bâtonnets de 1 cm blanchis 10 minutes à l'eau froide salée, séchés à fond, puis frits 4 minutes à 170 °C : plus farineuses et plus fondantes qu'une frite de pomme de terre, elles se salent à la sortie et se servent avec une sauce piquante.
Questions fréquentes
Quelle différence entre igname et patate douce ?
Ce sont deux plantes sans aucun lien botanique. L'igname est le tubercule d'une liane tropicale, à peau brune, rugueuse et épaisse, et à chair blanche ou jaune très pâle, ferme, farineuse et peu sucrée. La patate douce a une peau fine, une chair orange ou violette et un goût franchement sucré. En cuisine, l'igname se comporte comme une pomme de terre farineuse, la patate douce non.
Comment éplucher une igname ?
Au couteau d'office, jamais à l'économe : la peau est trop épaisse et trop dure. On coupe d'abord le tubercule en tronçons de huit centimètres, bien plus maniables, puis on pèle franchement jusqu'à la chair blanche. Sous la peau suinte une sève collante qui peut provoquer des démangeaisons : on travaille sous un filet d'eau froide, avec des gants si la peau est sensible.
Peut-on manger l'igname crue ?
Non, jamais. Crue, elle contient des composés amers et irritants, notamment des saponines, que seule la cuisson détruit. Contrairement à la patate douce, qu'on râpe parfois en salade, l'igname passe toujours par une cuisson à cœur, vérifiée à la pointe du couteau : elle doit entrer au centre sans la moindre résistance.
Comment la cuire ?
Comme une pomme de terre farineuse, à l'eau froide salée portée à ébullition : douze minutes pour des tranches d'un centimètre, vingt-cinq pour de gros morceaux. Jetée dans l'eau bouillante, elle cuit dehors et reste crue dedans. Ensuite elle se gratine, se frit après un blanchiment de dix minutes, ou s'écrase en purée, qu'il faut détendre davantage qu'une purée ordinaire.
Comment la choisir et la conserver ?
Ferme sur toute sa longueur, lourde en main, sans partie molle ni moisissure aux coupes. À la coupe, la chair doit être blanche et nette ; grise, rose ou aigre, elle tourne. Entière, elle se garde trois à quatre semaines au frais, au sec et à l'obscurité, mais jamais au réfrigérateur, où le froid la fait noircir. Entamée, la coupe filmée, elle tient trois jours.
Quel vin servir avec ?
C'est la sauce qui décide, jamais le tubercule, qui n'a aucune acidité ni caractère propre. Avec un colombo, un yassa ou un gratin au lait de coco, un rouge fruité et peu tannique servi frais à 15 °C : un rouge chaud et alcooleux amplifierait le piment au lieu de l'apaiser. Sur une viande brune longuement mijotée, un rouge plus dense à 16 °C. Pas de blanc boisé, qui se heurte au coco.
On la croise de plus en plus sur les étals, et elle intimide : un tubercule de deux ou trois kilos, allongé, à la peau brune et rugueuse comme une écorce. C'est pourtant l'un des féculents les plus répandus du monde, base de la cuisine de l'Afrique de l'Ouest et des Antilles, où elle tient le rôle que la pomme de terre joue chez nous. Sa chair est blanche ou jaune pâle, ferme, farineuse, avec un goût de châtaigne et de noisette, beaucoup moins sucré que celui de la patate douce, à laquelle on la confond souvent à tort. Elle se bout, se gratine, se frit et se réduit en purée.
Les ingrédients, pour 4 : 1 kg d'igname ; 40 cl de lait de coco ; 20 cl de crème liquide ; 2 gousses d'ail ; 2 ciboules ; 1 oignon ; 1 pincée de muscade ; 1 piment végétarien ou une pointe de piment doux ; 1 branche de thym ; 50 g de fromage râpé ; sel et poivre.
La méthode : igname pelée épais au couteau sous un filet d'eau froide, coupée en tranches de 1 cm ; mise à l'eau froide salée, portée à ébullition, 12 minutes ; égouttée ; lait de coco, crème, ail écrasé, thym, ciboule, muscade et piment chauffés ensemble sans bouillir ; tranches rangées en couches dans un plat beurré, la sauce versée entre chaque couche ; fromage râpé dessus ; 35 minutes à 180 °C, jusqu'à ce que le dessus soit bruni et bouillonnant.
Avant de partir
Les bouteilles que le caviste sert avec cette recette, en stock et prêtes à partir.
Dites le nombre de convives : l'assistant calcule les quantités à partir des doses de restaurant et propose des bouteilles de la cave, à panacher librement.