UN MOULE À TARTE DE 26 CM (L'OUTIL DU PLAT : à bords hauts, le jus des prunes monte)
DU PAPIER CUISSON ET DES BILLES (la précuisson à blanc : des légumes secs font l'affaire)
un couteau d'office (les prunes ouvertes le long de leur sillon, noyau retiré à la main)
une grille (la tarte démoulée dessus, sinon la vapeur ramollit le fond)
une petite passoire (le sucre glace tamisé sur la tarte tiède)
un pinceau (facultatif : la gelée de coing ou l'abricot pour le nappage)
👨🍳 L'astuce du chef
La prune est 85 % d'eau, et elle la rend d'un coup. Contrairement à la pomme, dont la pectine retient la structure, la prune s'affaisse à la cuisson et libère brutalement son jus, chargé de sucre. Ce jus est délicieux et c'est lui qui, non maîtrisé, détrempe le fond. Toute la recette consiste à lui donner un endroit où aller : une couche absorbante en dessous, un appareil qui le prend en fin de cuisson, et des fruits orientés pour qu'il ne coule pas directement vers la pâte.
La couche qui boit, et les trois façons de la faire. Deux cuillères de poudre d'amandes semées sur le fond précuit sont la solution classique, et la meilleure au goût : elles gonflent en absorbant le jus et forment une couche parfumée. À défaut, de la semoule fine, de la chapelure, des biscuits secs écrasés, de la fécule de maïs ou même une cuillère de farine. Certains posent une fine couche de crème d'amandes, ce qui est encore mieux et transforme la tarte en amandine.
Face coupée vers le haut, et non l'inverse. C'est un détail que l'on voit faire dans les deux sens et il a pourtant une réponse. Posée peau contre la pâte et creux vers le ciel, la demi-prune garde son jus dans sa propre cavité, où il se concentre et caramélise ; la peau, imperméable, protège le fond. Retournée, elle déverse tout dans la pâte. On les range serrées, presque debout et légèrement inclinées, car elles vont se rétracter.
La précuisson à blanc, dix minutes suffisent. Le fond doit être sec et légèrement blond avant de recevoir les fruits. Dix minutes à 190 °C avec papier et billes, puis trois minutes sans pour sécher le centre. Il finira de cuire sous la garniture. Sans cette étape, aucune couche absorbante ne suffira, parce que la pâte crue boira le jus avant la poudre d'amandes.
Quelle prune choisir, et ce que cela change. La quetsche, violette et allongée, est la reine des tartes : ferme, peu juteuse, légèrement acidulée, elle tient sa forme et s'entend avec la cannelle. La reine-claude, ronde et verte, est la plus sucrée et la plus parfumée, mais elle s'affaisse davantage. La mirabelle, petite et dorée, est très sucrée et demande moins de sucre ajouté. La prune d'Ente, celle du Sud-Ouest qui devient le pruneau d'Agen, est douce et charnue et fait une tarte remarquable. Les prunes rouges, souvent très juteuses, exigent une couche absorbante plus épaisse.
Le sucre après la cuisson, pas avant. On sème vingt grammes de sucre sur les fruits avant d'enfourner, pas davantage : le sucre est hygroscopique et fait sortir l'eau des prunes par osmose, exactement comme le sel sur une courgette. Sucrer généreusement avant la cuisson, c'est fabriquer soi-même la flaque qu'on cherche à éviter. Le reste du sucre va dans l'appareil, et le sucre glace arrive à la fin, sur la tarte tiède.
L'appareil à la crème, versé en cours de cuisson. Un œuf, dix centilitres de crème, quarante grammes de sucre, versés entre les fruits après vingt-cinq minutes, quand les prunes ont déjà rendu l'essentiel de leur jus. L'appareil prend en une quinzaine de minutes et emprisonne ce qui reste. Versé dès le départ, il cuirait trop longtemps et deviendrait granuleux. On peut s'en passer, la tarte est alors plus rustique et plus sèche.
Des fruits mûrs mais fermes. Une prune blette s'écrase au dénoyautage et rend trois fois plus de jus ; une prune verte reste acide et caoutchouteuse. On cherche un fruit qui cède légèrement sous le pouce et dont la peau est encore tendue, avec sa pruine, cette fine pellicule blanchâtre qui est un signe de fraîcheur et non de moisissure. On les lave rapidement et on les essuie, car l'eau retenue s'ajoute à celle du fruit.
Le nappage, si l'on veut qu'elle brille. Deux cuillères de gelée de coing ou de confiture d'abricot passée et tiédie, appliquées au pinceau sur la tarte encore tiède. Cela donne le brillant des tartes de pâtissier et forme en prime une pellicule qui ralentit le dessèchement des fruits. Ce n'est pas indispensable, et une tarte familiale se passe très bien de ce vernis.
Démoulée sur grille, et mangée tiède. On la sort du moule dès qu'elle est maniable et on la pose sur une grille : laissée dans son moule, elle cuit dans sa propre vapeur et le fond ramollit en une demi-heure. Tiède, une heure après, elle est à son meilleur point, le jus ayant épaissi et la pâte étant restée croustillante. Elle ne se garde pas au réfrigérateur, qui détrempe tout, mais à température ambiante sous un linge.
Préparation pas à pas
Pâte foncée dans le moule, fond piqué à la fourchette, 30 min au réfrigérateur ⏱️ 32 min
Le froid l'empêche de se rétracter.
Papier et billes posés ; précuisson à blanc 10 min à 190 °C ; billes retirées, 3 min de plus ⏱️ 14 min
Précuite à blanc : sans ça, le jus des prunes traverse la pâte.
Prunes lavées, ouvertes le long du sillon, dénoyautées ; coupées en deux, ou en quatre si elles sont grosses ⏱️ 12 min
On ne les épluche jamais : la peau tient le fruit.
Poudre d'amandes semée en couche régulière sur le fond encore tiède ⏱️ 1 min
C'est l'éponge : elle boit le jus au lieu de le laisser aller dans la pâte.
Demi-prunes rangées serrées, face coupée vers le haut, en cercles concentriques ⏱️ 5 min
Face vers le haut : le jus reste dans le creux du fruit.
20 g de sucre et beurre en parcelles semés dessus ; 25 min à 180 °C ⏱️ 25 min
Les prunes s'affaissent et leurs bords commencent à colorer.
Œuf battu avec la crème et 40 g de sucre, versé entre les fruits ; 15 min de plus ⏱️ 17 min
L'appareil prend en crème et emprisonne le jus restant.
Tarte démoulée sur une grille ; sucre glace tamisé seulement une fois tiède ⏱️ 20 min
Sur une tarte brûlante, le sucre glace fond et disparaît.
🍷 Le conseil du caviste
Une tarte aux prunes sur pâte brisée précuite, poudre d'amandes au fond, quetsches rangées face vers le haut et appareil à la crème.
Château Les Hauts de Caillevel Les Brumes à 8 °C, le monbazillac, dont les fruits confits et l'abricot rejoignent la prune cuite.
Château Moulin Caresse Magie d'Automne Doux à 8 °C, le doux de Bergerac, plus léger, sur la tarte encore tiède du goûter.
Tour du Roy Demi-Sec Crémant de Bordeaux à 7 °C, les bulles demi-sèches, pour terminer un repas sans alourdir.
La règle des desserts est qu'un vin doit toujours être plus sucré que l'assiette, sinon il paraît acide et creux : la tarte aux prunes est sucrée par le fruit, par le sucre semé et par l'appareil à la crème, et il lui faut un liquoreux ou un moelleux servi à 8 °C, dont les arômes de fruits confits, d'abricot sec et de miel répondent exactement à ceux de la prune cuite, ce que fait admirablement un monbazillac ; et comme la prune d'Ente du Sud-Ouest, celle qui devient le pruneau d'Agen, pousse sur les mêmes coteaux que ces vins-là, l'accord est géographique autant que gustatif ; sur une tarte tiède du goûter, un moelleux plus léger suffit et pèse moins ; et pour clore un vrai repas, un crémant demi-sec à 7 °C apporte du sucre et des bulles sans ajouter de matière ; un vin sec sur un dessert sucré paraît systématiquement aigre, et un rouge tannique est ici hors sujet. C'est la règle des tartes aux fruits : le verre plus sucré que l'assiette. Les Brumes, à 8 °C, est le verre de la tarte ; le Magie d'Automne doux, à 8 °C, celui du goûter ; et le Tour du Roy demi-sec, à 7 °C, celui de la fin de repas. La règle de la tarte aux prunes : fond précuit, poudre d'amandes, face vers le haut.
À éviter : un blanc sec, qui paraît aigre sur le sucre, et un rouge tannique, hors sujet sur un dessert.
Les bouteilles de la cave
La sélection du caviste pour cette recette, en stock.
Livraison en Point de Retrait Mondial Relay dès 8,99 €Retrait gratuit à Sainte-Foy-la-Grande
Dépannage
Le fond est détrempé
Pas de précuisson ou pas de couche absorbante. 10 minutes à blanc, puis 2 cuillères de poudre d'amandes semées sur le fond tiède avant les fruits.
Il y a une flaque de jus
Prunes trop mûres, ou trop sucrées avant cuisson. 20 g de sucre maximum sur les fruits, et l'appareil à la crème versé à mi-cuisson pour prendre le reste.
Les prunes se sont écrasées
Fruits blets. Une prune de tarte cède à peine sous le pouce et garde sa peau tendue ; les très mûres vont en confiture.
C'est acide
Prunes cueillies trop tôt. Une cuillère de sucre de plus dans l'appareil, une pincée de cannelle, et 10 minutes de cuisson supplémentaires.
La pâte s'est rétractée
Pâte trop travaillée ou pas reposée. 30 minutes au froid une fois foncée, et on ne l'étire jamais pour la faire entrer dans le moule.
Le sucre glace a disparu
Saupoudré trop tôt. Il fond au contact d'une tarte brûlante : on attend qu'elle soit tiède, et on le tamise juste avant de servir.
Conservation & préparation anticipée
La tarte se garde 2 jours à température ambiante, sous un linge, jamais au réfrigérateur, dont l'humidité détrempe le fond en une nuit.
Pour lui rendre son croustillant, 8 min à 160 °C sur la grille, puis refroidie hors du moule ; elle retrouve presque son état du premier jour.
Elle se congèle 2 mois, cuite et en parts, sur un plateau puis en sachet ; réchauffée sans décongeler, 15 min à 170 °C.
Les prunes dénoyautées crues se congèlent très bien 8 mois, à plat sur un plateau puis en sachet, et s'emploient sans décongeler, avec une cuillère de poudre d'amandes en plus.
Notre tarte aux mirabelles, la petite prune dorée de Lorraine, plus sucrée et plus courte en saison.
La pâte brisée maison
Notre pâte brisée maison, en 10 minutes, celle qui tient sous une garniture humide.
La tarte amandine aux prunes
La même tarte avec une couche de crème d'amandes à la place de la poudre sèche : 60 g de beurre pommade, 60 g de sucre, 60 g de poudre d'amandes et 1 œuf étalés sur le fond précuit, les prunes enfoncées dedans. La crème gonfle, boit tout le jus et rend la tarte bien plus gourmande.
Questions fréquentes
Faut-il poser les prunes face coupée vers le haut ou vers le bas ?
Vers le haut, et ce n'est pas indifférent. La demi-prune posée peau contre la pâte garde son jus dans sa propre cavité, où il se concentre et caramélise, tandis que la peau, imperméable, protège le fond de tarte. Retournée, elle déverse tout dans la pâte. On les range serrées et légèrement inclinées, car elles se rétractent à la cuisson.
Comment éviter que la tarte aux prunes détrempe ?
Trois gestes qui se complètent. Précuire le fond à blanc dix minutes, pour qu'il soit sec avant de recevoir les fruits. Semer dessus deux cuillères de poudre d'amandes, qui gonflent en absorbant le jus ; de la semoule fine ou des biscuits écrasés font le même travail. Et ne sucrer les fruits qu'à hauteur de vingt grammes avant la cuisson, le sucre faisant sortir l'eau par osmose.
Quelles prunes choisir ?
La quetsche, violette et allongée, est la meilleure pour une tarte : ferme, peu juteuse, légèrement acidulée, elle tient sa forme. La reine-claude est plus sucrée et plus parfumée mais s'affaisse. La mirabelle, très sucrée, demande moins de sucre ajouté. Et la prune d'Ente du Sud-Ouest, celle du pruneau d'Agen, est douce et charnue et fait une tarte remarquable.
Peut-on utiliser des prunes surgelées ?
Oui, et sans les décongeler, ce qui évite qu'elles rendent leur jus avant même d'entrer au four. On les pose directement sur le fond précuit, on ajoute une cuillère de poudre d'amandes en plus pour compenser l'eau supplémentaire, et on allonge la cuisson de dix minutes. Le résultat est très proche de celui obtenu avec des fruits frais.
Faut-il éplucher les prunes ?
Jamais. La peau tient le fruit pendant la cuisson et l'empêche de s'affaisser complètement, elle apporte la couleur et l'essentiel de l'acidité qui équilibre le sucre. La pruine, cette fine pellicule blanchâtre sur les quetsches, est un signe de fraîcheur et non de moisissure : un rinçage rapide suffit, suivi d'un essuyage soigné.
Quel vin servir avec ?
Un vin plus sucré que l'assiette, sinon il paraîtra aigre : un moelleux ou un liquoreux servi à 8 °C, dont les notes de fruits confits, d'abricot sec et de miel répondent à la prune cuite. Un monbazillac est ici presque parfait, d'autant que la prune d'Ente pousse sur les mêmes coteaux. Pour finir un repas sans alourdir, un crémant demi-sec à 7 °C. Jamais de vin sec.
C'est la tarte de la fin de l'été, celle qu'on fait quand les pruniers donnent tous en même temps et qu'il faut écouler des cageots. Reines-claudes vertes et sucrées, quetsches violettes et allongées, mirabelles dorées, prunes rouges, ou prunes d'Ente, celles du Sud-Ouest qui deviennent les pruneaux d'Agen : toutes font une bonne tarte, et chacune la fait différemment. La seule difficulté est le jus, que la prune rend en abondance et qui, sans précaution, transforme le fond de pâte en éponge. Trois gestes règlent l'affaire, et aucun ne prend plus de cinq minutes.
Les ingrédients, pour 8 parts : 1 pâte brisée ; 800 g de prunes ; 60 g de sucre ; 2 cuillères à soupe de poudre d'amandes ; 1 œuf ; 10 cl de crème liquide ; 20 g de beurre ; 1 cuillère à café de cannelle, facultative ; 1 cuillère à soupe de sucre glace pour la finition.
La méthode : pâte foncée, piquée, reposée 30 minutes au froid ; précuisson à blanc 10 minutes à 190 °C ; poudre d'amandes semée sur le fond tiède ; prunes lavées, dénoyautées, posées serrées face coupée vers le haut ; 25 minutes à 180 °C ; appareil d'œuf, crème et sucre versé entre les fruits, 15 minutes de plus ; sucre glace à la sortie, une fois tiède.
Avant de partir
Les bouteilles que le caviste sert avec cette recette, en stock et prêtes à partir.
Dites le nombre de convives : l'assistant calcule les quantités à partir des doses de restaurant et propose des bouteilles de la cave, à panacher librement.