Jarret de bœuf braisé dans une cocotte en fonte ovale, tranche épaisse à l'os à moelle, viande brune qui se défait à la cuillère, sauce sombre et brillante, carottes fondantes, oignons, thym, verre de rouge sombre, table de bois patiné

Plat principal

Jarret de bœuf fondant : la recette braisée au vin rouge, 3 h 30 au four, viande qui se défait

  • Préparation : 25 min
  • Cuisson : 3 h 50
  • Repos : 0 min
  • Moyen
  • 6 personnes
  • Facile
  • Automne et hiver
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Ingrédients

6 personnes

Ustensiles

  • UNE COCOTTE EN FONTE AVEC COUVERCLE (L'OUTIL DU PLAT : la fonte garde 150 °C sans à-coups pendant 3 h 30)
  • UNE PINCE À VIANDE (un jarret de 1,5 kg se retourne à la pince, jamais à la fourchette qui le pique)
  • une passoire fine (la sauce passée en fin de cuisson, pour la rendre lisse)
  • une louche (le dégraissage en surface avant de réduire)
  • de la ficelle de cuisine (si le jarret est désossé, pour qu'il garde sa forme)
  • un thermomètre de four (facultatif : beaucoup de fours affichent 150 et chauffent à 175)

L'astuce du chef

Le jarret, et pourquoi il est le meilleur morceau à braiser. C'est le mollet, un muscle de locomotion qui a travaillé toute la vie de l'animal. Il est donc traversé de tissu conjonctif, c'est-à-dire de collagène, ce qui le rend immangeable saisi à la poêle et parfait en cocotte. Entre 70 et 80 °C, en milieu humide et sur plusieurs heures, ce collagène se transforme en gélatine : la viande se détache en fibres fondantes et la sauce s'épaissit toute seule. Un morceau maigre et tendre comme le filet, soumis au même traitement, sortirait sec et filandreux.

L'os à moelle fait partie de la recette. On demande le jarret avec l'os, pas désossé. La moelle fond pendant la cuisson et se répand dans la sauce, qu'elle enrichit d'un gras profond et légèrement sucré ; l'os lui-même libère de la gélatine. Si le boucher n'a que du jarret désossé, on lui demande un os à moelle à ajouter dans la cocotte, ou deux tronçons d'os de bœuf.

Saisir, et vraiment saisir. Quatre minutes par face dans une huile qui fume, sans bouger la viande, jusqu'à une croûte brun foncé, presque acajou. Ce n'est pas une question de fermer les pores, ce qui n'existe pas : c'est la réaction de Maillard, qui crée en surface des centaines de composés aromatiques qui vont ensuite se dissoudre dans la sauce. Une viande mise à braiser sans avoir été saisie donne un plat gris, au goût de bouilli. Et pour que la croûte se forme, il faut que la viande soit sèche : épongée au papier absorbant, et sortie du réfrigérateur une heure avant.

Le vin réduit avant que la viande ne revienne. C'est l'étape que l'on saute le plus souvent, et c'est celle qui fait la différence entre une sauce et un jus acide. On verse les 75 cl sur la garniture, on gratte le fond de la cocotte pour décoller les sucs caramélisés, et on laisse réduire de moitié à feu vif, douze minutes environ. L'alcool s'évapore, l'acidité se concentre puis s'arrondit, les arômes du vin se fixent. Remettre la viande dans un vin cru, c'est la faire cuire trois heures dans de l'acidité.

150 °C, et pas un degré de plus. Le braisage veut un frémissement, pas une ébullition. À gros bouillons, les fibres musculaires se contractent violemment, expulsent leur eau et la viande devient sèche alors même qu'elle baigne dans du liquide : c'est le paradoxe classique du plat mijoté raté. À 150 °C dans un four, la cocotte fermée stabilise le liquide autour de 85 °C, la surface tremble à peine. Quand on soulève le couvercle, on doit voir une ou deux bulles paresseuses, pas un bouillonnement. Beaucoup de fours domestiques chauffent 20 °C au-dessus de leur affichage : un thermomètre de four règle la question une fois pour toutes.

Le liquide ne couvre pas la viande. On mouille aux deux tiers de la hauteur du jarret, pas davantage. Le haut du morceau cuit à la vapeur sous le couvercle et se colore, ce qui donne du goût, tandis que noyer la viande la fait pocher et dilue la sauce. C'est la différence entre un braisé et un pot-au-feu, qui est une cuisson à couvert d'eau et donne autre chose.

Trois heures trente, et la fourchette comme seul juge. On ne braise pas à la minute mais à la texture. Le test est simple : une fourchette plantée dans la viande doit entrer sans résistance et ressortir seule, et une pression du dos de la cuillère doit séparer les fibres. Si ça résiste encore, ce n'est pas trop cuit, c'est pas assez cuit, et on remet trente minutes. Un jarret qui reste ferme après trois heures est presque toujours un jarret cuit trop chaud, pas trop peu.

La sauce se finit après la viande. On sort le jarret et on le garde au chaud, couvert. Le liquide restant est dégraissé à la louche en surface, passé à la passoire fine en pressant la garniture, puis remis à réduire dix minutes à découvert. Il doit napper le dos d'une cuillère et laisser une trace nette quand on y passe le doigt. Trente grammes de beurre froid fouettés hors du feu lui donnent son brillant. On ne lie pas à la maïzena : la gélatine du jarret a déjà fait le travail.

Il est meilleur le lendemain, et ce n'est pas une formule. Refroidi une nuit, le plat laisse le gras figer en surface, qu'on retire d'un geste, et les arômes se redistribuent dans la viande, qui se réhydrate en absorbant la sauce. Réchauffé à feu très doux ou 30 minutes à 140 °C, il est franchement meilleur que le jour même. On peut donc le faire la veille sans aucun regret, ce qui en fait un plat de réception idéal.

Préparation pas à pas

  1. Jarret sorti du froid 1 h avant, épongé au papier, salé et poivré sur toutes ses faces 5 min

    Une viande froide et mouillée ne dore pas : elle bout.

  2. Huile chauffée jusqu'à la fumée dans la cocotte ; jarret saisi 4 min par face, jusqu'à brun foncé ; réservé 12 min

    On ne le bouge pas pendant les 4 minutes.

  3. Carottes, oignons et céleri en gros dés jetés dans le gras, 8 min à feu moyen, jusqu'à coloration 8 min

    Les gros dés tiennent 3 h 30, les petits fondent en bouillie.

  4. Ail écrasé, concentré de tomate et farine ajoutés, 2 min en remuant : la farine cuit et perd son goût cru 2 min

    La farine doit griller 2 min, sinon la sauce a un goût de colle.

  5. Vin rouge versé, fond de cocotte gratté à la cuillère, réduit de moitié à feu vif, 12 min 12 min

    Le vin réduit avant la viande : sinon la sauce reste acide.

  6. Jarret remis avec son jus, bouillon versé jusqu'aux deux tiers de la viande, bouquet garni et oignon clouté ; porté à frémissement 6 min

    Le liquide ne couvre pas : le haut cuit à la vapeur.

  7. Couvercle posé, cocotte au four à 150 °C pendant 3 h 30 ; jarret retourné à mi-cuisson 3 h 30

    150 °C : la surface du liquide doit trembler, jamais bouillonner.

  8. Viande réservée au chaud ; sauce dégraissée, passée, réduite 10 min, montée au beurre hors du feu ; servie sur la viande 12 min

    La sauce nappe le dos de la cuillère : c'est la gélatine.

Le conseil du caviste

Un jarret de bœuf braisé 3 h 30 à 150 °C, saisi à sec, déglacé au vin rouge réduit, sauce montée au beurre.

Château Les Farcies du Pech Pécharmant à 17 °C, le rouge de garde de Pécharmant, qui a le tanin et la profondeur du plat.

Château Tour de Biot Malbec à 16 °C, le malbec sombre et charnu, celui qu'on met aussi dans la cocotte.

Château Moulin Caresse Cœur de Roche à 17 °C, le montravel rouge élevé en fût, sur la sauce réduite et la moelle.

Le jarret braisé boit le vin de sa propre cocotte : c'est un plat long, sombre et gélatineux, où la viande s'est chargée de trois heures de vin rouge réduit, où la moelle a fondu dans la sauce et où le fond de cocotte a caramélisé, et il appelle un rouge structuré qui tienne la longueur, un malbec du Sud-Ouest, un pécharmant, un montravel élevé en fût, servis autour de 16 à 17 °C, avec assez de tanin pour répondre à la gélatine qui tapisse le palais et assez de fruit sombre pour rejoindre la sauce ; la loi est de mettre dans le verre le même vin que dans la casserole, ou son grand frère, parce que la sauce a le goût du vin qui l'a faite ; un rouge léger et fruité disparaît sous la sauce, et un blanc n'a rien à faire ici. C'est la règle des viandes braisées au vin rouge : le verre prolonge la cocotte. Les Farcies du Pech, à 17 °C, est le verre du dimanche ; le Malbec de Tour de Biot, à 16 °C, celui qu'on ouvre pour cuisiner et qu'on finit à table ; et le Cœur de Roche, à 17 °C, sur la sauce la plus réduite. La règle du jarret : saisi à sec, vin réduit, four à 150 °C.

À éviter : un rouge léger et fruité, effacé par la sauce, et tout blanc, désarmé devant la gélatine.

Les bouteilles de la cave

La sélection du caviste pour cette recette, en stock.

Château les Farcies du Pech PécharmantChâteau les Farcies du Pech Pécharmant 14,00 €
Château Tour de Biot MalbecChâteau Tour de Biot Malbec 9,50 €
Château Moulin Caresse Cœur de RocheChâteau Moulin Caresse Cœur de Roche 41,00 €
Livraison en Point de Retrait Mondial Relay dès 8,99 € Retrait gratuit à Sainte-Foy-la-Grande

Dépannage

La viande est encore dure après 3 heures

Ce n'est pas trop cuit, c'est trop peu. Le collagène demande du temps : 30 à 45 minutes de plus à 150 °C, et on teste à la fourchette, qui doit ressortir seule.

La viande est sèche et filandreuse

Ça a bouilli. À gros bouillons les fibres se contractent et expulsent leur eau. Four à 150 °C, couvercle en place, et une surface qui tremble à peine.

La sauce est acide

Le vin n'a pas été réduit avant de remettre la viande. On rattrape en réduisant 15 minutes de plus et en ajoutant une carotte râpée ou une pincée de sucre.

La sauce est trop liquide

Trop mouillé au départ. Viande réservée au chaud, sauce passée et réduite à découvert 10 à 15 minutes : la gélatine fait le reste, sans farine.

Le plat est gras

Normal avec la moelle. Refroidi une nuit, le gras fige en surface et se retire à la cuillère ; à chaud, on le retire à la louche en inclinant la cocotte.

La viande n'a pas de goût

Elle n'a pas été saisie assez fort. Une croûte brun foncé, 4 minutes par face dans une huile qui fume, sur une viande épongée et à température.

Conservation & préparation anticipée

Le jarret braisé se garde 4 jours au réfrigérateur dans sa sauce, et il est meilleur le lendemain : le gras fige en surface et se retire d'un geste, les arômes se redistribuent.

Le réchauffage se fait à couvert, 30 min à 140 °C ou à feu très doux sur la plaque, jamais à gros bouillons ni au micro-ondes à pleine puissance, qui dessèchent les fibres.

Il se congèle 3 mois, viande et sauce ensemble dans une boîte hermétique ; décongelé une nuit au réfrigérateur, puis réchauffé doucement.

Le jarret cru se garde 2 jours au réfrigérateur, sur la grille la plus froide, dans son papier de boucherie ouvert.

Variantes

Le paleron braisé

Notre paleron de bœuf braisé, la même cuisson avec un morceau d'épaule sans os, plus facile à trancher.

La joue de bœuf au vin rouge

Notre joue de bœuf braisée au vin rouge, le morceau le plus gélatineux de tous, en 3 heures.

La queue de bœuf braisée

Notre queue de bœuf braisée, la version la plus longue et la plus riche en os.

Le jarret à la bière brune

Le même braisé avec 75 cl de bière brune à la place du vin et une cuillère de cassonade : la version du Nord, plus douce et légèrement amère, qu'on sert avec des pommes vapeur et de la moutarde.

Questions fréquentes

Faut-il le jarret avec l'os ?

Oui, c'est le cœur de la recette. La moelle fond pendant les trois heures et se répand dans la sauce, qu'elle enrichit d'un gras profond, et l'os libère de la gélatine qui donne à la sauce sa texture nappante. Si votre boucher n'a que du jarret désossé, demandez-lui deux tronçons d'os à moelle à ajouter dans la cocotte : le résultat sera presque identique.

Combien de temps faut-il vraiment cuire un jarret ?

Trois heures trente à 150 °C pour 1,5 kg, mais la montre n'est pas le juge : c'est la fourchette. Elle doit entrer sans résistance et ressortir seule, et le dos d'une cuillère doit séparer les fibres. Si ça résiste, on remet trente à quarante-cinq minutes. Un jarret qui reste ferme est presque toujours cuit trop chaud, pas trop peu longtemps.

Peut-on le faire à la cocotte-minute ?

Oui, en 50 minutes sous pression après avoir saisi et réduit le vin de la même façon. La viande sera fondante, mais la sauce aura moins de profondeur : la réduction lente de trois heures concentre des arômes que la vapeur sous pression n'a pas le temps de construire. On finit alors par réduire la sauce à découvert dix bonnes minutes.

Quelle différence entre le jarret et l'osso buco ?

C'est le même morceau, coupé de la même manière, sur deux animaux différents. L'osso buco est un jarret de veau tranché en rouelles de 4 cm avec l'os au centre ; le jarret de bœuf est plus gros, plus goûteux, plus long à cuire, et se trouve aussi en un seul morceau à ficeler. La méthode de braisage est la même, seul le temps change.

Avec quoi le servir ?

Tout ce qui absorbe la sauce : une purée de pommes de terre bien beurrée, des tagliatelles fraîches, une polenta crémeuse, ou simplement des pommes de terre vapeur. Les carottes de la cocotte se servent avec, et on peut ajouter des oignons grelots glacés ou des champignons revenus à part la dernière demi-heure.

Quel vin servir avec ?

Le vin de la cocotte, ou son grand frère : un rouge structuré du Sud-Ouest, malbec, pécharmant ou montravel élevé en fût, servi entre 16 et 17 °C. Il faut du tanin pour répondre à la gélatine qui tapisse le palais, et du fruit sombre pour rejoindre la sauce réduite. Un rouge léger disparaît sous le plat, et un blanc n'a rien à y faire.

Le jarret de bœuf, c'est le mollet de l'animal : un muscle qui a travaillé toute sa vie, dur à cru, bardé de nerfs et traversé par un os à moelle. C'est exactement pour cela qu'il est le meilleur morceau à braiser. Tout ce qui le rend coriace, le collagène, se transforme en gélatine au bout de trois heures de chaleur humide, et cette gélatine fait deux choses à la fois : elle rend la viande fondante et elle donne à la sauce une texture nappante qu'aucune farine n'imite. Coupé en tranches épaisses, c'est l'osso buco ; en un seul morceau ficelé, c'est le rôti braisé du dimanche. Et c'est l'un des morceaux les moins chers de l'étal.

Les ingrédients, pour 6 : 1,5 kg de jarret de bœuf avec l'os ; 75 cl de vin rouge corsé ; 30 cl de bouillon de bœuf ; 3 carottes ; 2 oignons ; 2 branches de céleri ; 4 gousses d'ail ; 1 cuillère à soupe de concentré de tomate ; 2 cuillères à soupe de farine ; 3 cuillères à soupe d'huile ; 30 g de beurre ; 1 bouquet garni ; 2 clous de girofle ; sel et poivre.

La méthode : jarret sorti 1 heure avant, épongé, saisi 4 minutes par face dans l'huile fumante ; garniture revenue 8 minutes ; concentré et farine 2 minutes ; déglaçage au vin, réduit de moitié ; viande remise, bouillon et bouquet garni, frémissement sur le feu ; 3 h 30 à 150 °C à couvert, retourné à mi-cuisson ; viande réservée au chaud, sauce passée et réduite, beurre hors du feu.

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