UNE GRANDE POÊLE (L'OUTIL DU PLAT : 3 minutes à feu vif, en une seule couche)
UN SALADIER D'EAU FROIDE (la salicorne rincée à grande eau : elle vient de la vase)
une passoire (égouttée à fond, sinon elle rend son eau dans la poêle)
un linge propre (séchée avant la poêle, comme une salade)
une râpe fine (le zeste de citron, ajouté hors du feu)
une casserole (pour le blanchiment de 2 minutes, à l'eau NON salée, si elle est trop salée)
👨🍳 L'astuce du chef
Une plante qui vit dans le sel, et qui le stocke. La salicorne est une halophyte : elle pousse dans les vasières et les prés salés que la marée recouvre, et elle survit à cette salinité en accumulant le sel dans ses tissus, ce qui explique sa chair gonflée et gorgée d'eau. C'est donc un légume assaisonné par la nature, et toute la cuisine qui suit consiste à composer avec ce sel plutôt qu'à en ajouter.
On ne la sale jamais, à aucun moment. Ni l'eau de blanchiment, ni la poêle, ni l'assiette. C'est l'erreur qui rend le plat immangeable, et elle est fréquente parce que le geste est automatique. Si un plat contient de la salicorne, on baisse même le sel du reste : un poisson servi dessus sera salé plus légèrement que d'habitude, et une sauce beurre blanc se fera sans sel du tout.
Le tri, et le geste qui va vite. La base des tiges est ligneuse et reste dure quelle que soit la cuisson. Plutôt que de couper chaque pied au couteau, on tient la tige par le bas et on fait glisser le pouce et l'index le long de la pousse, qui se détache en laissant la partie fibreuse entre les doigts, exactement comme on effeuille du thym. Sur de la salicorne jeune et tendre, le tri est presque inutile.
Goûter crue, avant tout. La salinité varie énormément selon le lieu de cueillette, la saison et si le producteur l'a déjà rincée. On mâche donc une pousse avant de décider. Si le sel est agréable, on passe directement à la poêle. S'il pique, on blanchit deux minutes dans une eau bouillante non salée, ce qui en retire une bonne part, puis on rafraîchit à l'eau glacée pour garder le vert et on sèche.
Trois minutes, et pas une de plus. C'est une plante grasse, pleine d'eau, qui s'affaisse vite. Trois minutes à feu vif dans un beurre mousseux suffisent à la chauffer et à la faire briller, tout en lui laissant ce craquant sous la dent qui est sa raison d'être. À six minutes, elle est molle et rend son eau ; à dix, c'est de l'herbe cuite. Beaucoup la servent même simplement tiédie, à peine trente secondes.
Sèche avant la poêle, comme une salade. Après rinçage ou blanchiment, elle retient énormément d'eau entre ses tiges. Jetée mouillée dans le beurre, elle fait baisser la température, sue et bouillit. On l'essore donc à la passoire puis on la roule dans un linge propre, et seulement ensuite elle entre dans la poêle. C'est ce qui fait la différence entre une salicorne brillante et une salicorne fade.
Crue, elle est très bien aussi. Les pousses les plus jeunes se mangent telles quelles, en salade, avec un filet d'huile d'olive et du citron, ou éparpillées sur des huîtres, un tartare de poisson, un avocat. Crue, elle garde un croquant vif et une salinité franche qui remplace avantageusement le sel de la vinaigrette, laquelle se fait alors sans sel et avec moins de vinaigre.
Ce qu'elle accompagne, et pourquoi. Tout ce qui vient de la mer, par évidence de terroir : un poisson blanc au beurre, des saint-jacques, des moules, des huîtres chaudes, un maquereau grillé. Mais aussi un œuf mollet, une pomme de terre vapeur écrasée, un agneau de pré-salé, qui a mangé la même plante. On la sert en petit lit sous le produit plutôt qu'en grande quantité : c'est un condiment autant qu'un légume.
La conserve au vinaigre, l'autre usage. Blanchie deux minutes, égouttée et mise en bocal avec un vinaigre blanc aromatisé bouillant, elle donne un cornichon de mer qui se garde un an et qui accompagne une terrine, un poisson fumé ou un plateau de fruits de mer. C'est la façon traditionnelle de la conserver sur le littoral, et elle est bien meilleure que les bocaux du commerce, souvent mous.
Ne pas la confondre, et la cueillir légalement. Sur l'estran poussent aussi l'aster maritime, dite oreille de cochon, aux feuilles plates et charnues, et la soude, qui lui ressemble. Aucune n'est dangereuse, mais les textures diffèrent. Surtout, la cueillette sur le domaine public maritime est réglementée et parfois interdite selon les communes, avec des quantités limitées : on se renseigne en mairie, et le plus simple reste le poissonnier.
Préparation pas à pas
Salicorne rincée à grande eau froide, deux fois, pour enlever le sable et la vase ⏱️ 4 min
Elle pousse les pieds dans l'eau de mer : elle est rarement propre.
Tiges tenues par le pied, pousses tendres raclées entre le pouce et l'index ; partie ligneuse jetée ⏱️ 6 min
Le pied est fibreux et dur : seules les pousses se mangent.
Goûtée crue : c'est le seul moyen de savoir si elle demande un blanchiment ⏱️ 1 min
D'un producteur à l'autre, le sel varie du simple au double.
Si trop salée : 2 min dans une eau bouillante NON salée, puis eau glacée, puis séchée ⏱️ 5 min
Jamais d'eau salée : on cherche à en retirer, pas à en ajouter.
Échalotes ciselées fondues 3 min dans le beurre et l'huile, à feu moyen, sans colorer ⏱️ 3 min
L'huile empêche le beurre de brûler.
Salicorne bien sèche jetée à feu vif, 3 min en remuant, jusqu'à ce qu'elle brille et reste ferme ⏱️ 3 min
Trois minutes : au-delà elle s'affaisse et perd son craquant.
Feu coupé ; zeste de citron râpé, filet de jus, poivre du moulin ⏱️ 1 min
On goûte avant tout ajout : elle est peut-être déjà parfaite.
Servie immédiatement, en lit sous un poisson blanc ou à côté de coquillages ⏱️ 1 min
Et toujours sans sel : c'est la règle de la plante.
🍷 Le conseil du caviste
De la salicorne poêlée au beurre avec des échalotes, trois minutes à feu vif, citron et poivre à la sortie, sans un grain de sel.
Bordeaux Château Tour de Biot Blanc à 9 °C, le bordeaux blanc sec et droit, le verre de tout ce qui est iodé.
Tour du Roy Brut Prestige Crémant de Bordeaux à 7 °C, le crémant brut, sur la salicorne crue avec des huîtres ou un tartare.
Moulin Caresse Le Sémillon à 10 °C, le sémillon rond, quand elle passe sous un poisson au beurre.
La salicorne est probablement l'aliment le plus salé du répertoire des légumes, et le sel est ce qui met le plus vite un vin en difficulté : il durcit les tanins, exagère l'amertume et fait paraître alcooleux un vin qui ne l'est pas, ce qui exclut d'emblée tout rouge et tout blanc ample ou boisé ; ce qu'il faut est un blanc sec, droit, très net, à l'acidité franche, servi assez froid à 9 °C, dont la tension répond au salé au lieu de s'y opposer, et l'accord est d'autant plus évident que la plante pousse au bord de la mer et accompagne des produits qui appellent exactement les mêmes vins ; servie crue sur des huîtres ou un tartare, elle gagne encore à des bulles brut à 7 °C, dont l'effervescence est la meilleure réponse connue au salé et à l'iode ; et dès qu'elle passe sous un poisson nappé de beurre ou de crème, on peut monter d'un cran en rondeur avec un sémillon à 10 °C, le gras de la sauce demandant du gras dans le verre. C'est la règle des produits iodés et salés : du blanc droit ou des bulles, jamais de rouge. Le Tour de Biot blanc, à 9 °C, est le verre de la salicorne ; le Tour du Roy brut, à 7 °C, sur la version crue ; et le Sémillon, à 10 °C, avec un poisson au beurre.
À éviter : tout rouge, que le sel durcit, et tout blanc boisé ou ample.
Les bouteilles de la cave
La sélection du caviste pour cette recette, en stock.
Blanchie 2 minutes, égouttée et rangée en bocal, couverte d'un vinaigre blanc bouilli avec du poivre, du laurier et de l'échalote : elle donne un cornichon de mer qui se garde un an et accompagne une terrine, un poisson fumé ou un plateau de fruits de mer.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la salicorne ?
Une plante grasse des vasières et des prés salés, qu'on appelle aussi passe-pierre, haricot de mer ou corne de salé. Elle pousse là où la marée monte et survit au sel en l'accumulant dans ses tissus, d'où sa chair gonflée et sa saveur franchement iodée. On la trouve d'avril à septembre chez les poissonniers et sur les marchés du littoral.
Faut-il saler la salicorne ?
Jamais, à aucun moment, et c'est sa règle absolue. Ni l'eau de blanchiment, ni la poêle, ni l'assiette. C'est un légume assaisonné par la nature. On baisse même le sel du reste du plat : un poisson servi dessus sera salé plus légèrement, et une sauce beurre blanc se fera sans sel du tout.
Comment la préparer ?
On la rince à grande eau froide deux fois, car elle vient de la vase. Puis on retire la base ligneuse : on tient la tige par le bas et on fait glisser le pouce et l'index le long de la pousse, qui se détache en laissant la partie dure entre les doigts, comme on effeuille du thym. Sur de la salicorne jeune, ce tri est presque inutile.
Faut-il la blanchir ?
Seulement si elle est trop salée, et c'est en la goûtant crue qu'on le sait, la salinité variant du simple au double selon le lieu et la saison. Si elle pique, deux minutes dans une eau bouillante non salée en retirent une bonne part ; on rafraîchit aussitôt à l'eau glacée pour garder le vert, et on sèche soigneusement avant la poêle.
Avec quoi la servir ?
Tout ce qui vient de la mer : un poisson blanc au beurre, des saint-jacques, des moules, des huîtres chaudes, un maquereau grillé. Mais aussi un œuf mollet, une pomme de terre vapeur écrasée ou un agneau de pré-salé, qui a mangé la même plante. On la sert en petit lit plutôt qu'en grande quantité : c'est un condiment autant qu'un légume.
Quel vin servir avec ?
Un blanc sec, droit et très net servi à 9 °C, dont la tension répond au salé au lieu de s'y opposer. Le sel durcit les tanins et exagère l'amertume, ce qui exclut tout rouge et tout blanc ample ou boisé. Crue, sur des huîtres ou un tartare, elle gagne à des bulles brut à 7 °C. Sous un poisson au beurre, un sémillon rond à 10 °C.
On l'appelle aussi passe-pierre, haricot de mer ou corne de salé, et c'est une plante grasse qui pousse dans les vasières et les prés salés, là où la marée monte. Elle a la forme de petits cactus verts et une saveur qu'aucun légume de jardin ne donne : franchement iodée, saline, avec un craquant particulier. On la trouve d'avril à septembre chez les poissonniers et sur les marchés du littoral, et elle accompagne naturellement tout ce qui vient de la mer. Sa seule règle est absolue, et c'est celle qu'on oublie : elle est déjà salée.
Les ingrédients, pour 4 : 400 g de salicorne fraîche ; 30 g de beurre ; 2 échalotes ; 1 citron ; 1 cuillère à soupe d'huile d'olive ; poivre du moulin. Et pas un grain de sel.
La méthode : salicorne triée, les tiges tenues par le pied et les pousses tendres raclées entre deux doigts pour laisser la partie ligneuse ; goûtée crue ; si elle est très salée, blanchie 2 minutes à l'eau non salée puis rafraîchie à l'eau glacée ; échalotes ciselées fondues au beurre sans colorer ; salicorne jetée à feu vif, 3 minutes en remuant ; hors du feu, zeste et jus de citron, poivre ; servie aussitôt avec un poisson.
Avant de partir
Les bouteilles que le caviste sert avec cette recette, en stock et prêtes à partir.
Dites le nombre de convives : l'assistant calcule les quantités à partir des doses de restaurant et propose des bouteilles de la cave, à panacher librement.