UN HACHOIR À GRILLE DE 8 MM (L'OUTIL DE LA BASE : à main ou électrique, mais jamais un mixeur, qui écrase)
UN CONGÉLATEUR (viande et pièces du hachoir 45 minutes dedans : le gras doit rester ferme)
un grand saladier (posé sur un second saladier rempli de glace pendant tout le hachage)
une balance (16 g de sel par kilo : c'est une mesure, pas une appréciation)
un couteau qui coupe (des cubes de 3 cm, réguliers, qui passent sans forcer)
une petite poêle (une boulette témoin cuite avant d'utiliser toute la farce)
👨🍳 L'astuce du chef
Ce que c'est vraiment. La chair à saucisse est la farce d'une saucisse, sans son boyau. Rien d'autre. Un mélange de viande de porc maigre et de gras, haché, salé et poivré, éventuellement aillé. Ce n'est donc ni une viande hachée de bœuf, qui ne contient pas ce gras-là, ni une farce à terrine, qui reçoit des œufs et de la panade. C'est une préparation crue, qui se cuit toujours à cœur, et qui sert de point de départ à tout un pan de la cuisine familiale.
Trente pour cent de gras, et c'est une mesure. C'est le chiffre qui sépare une farce moelleuse d'une farce sèche et grise. Le gras fond à la cuisson, arrose la viande de l'intérieur et l'empêche de se contracter. En dessous de vingt pour cent, la farce serre et devient granuleuse ; au-dessus de trente-cinq, elle rend trop de graisse et le plat baigne. Sept cents grammes d'épaule pour trois cents de poitrine donnent exactement le bon rapport.
Deux degrés, du début à la fin. C'est la règle la plus importante et la plus ignorée. Un gras tiède ne se coupe pas : il s'étale, enrobe les fibres maigres et forme une pâte grasse qui rendra son huile à la cuisson. Un gras à 2 °C se tranche net et reste en grains blancs visibles dans la farce rose. D'où le passage de quarante-cinq minutes au congélateur, pour la viande comme pour les pièces métalliques du hachoir.
Huit millimètres, jamais plus fin. La grille de 8 mm donne une farce qui garde du mordant et laisse voir les grains de gras. Une grille de 4 mm produit une pâte homogène, bonne pour une terrine lisse mais triste dans une tomate farcie. Et le mixeur est à proscrire complètement : ses lames n'ont pas coupé, elles ont écrasé, et la chaleur qu'elles dégagent fait fondre le gras en quelques secondes.
Seize grammes de sel par kilo. C'est la dose de la charcuterie, celle qui assaisonne sans saler. En dessous de quatorze, la farce est fade ; au-dessus de dix-huit, elle devient de la chair à saucisson. On la pèse, parce qu'une pincée ne veut rien dire sur un kilo. Et on sale après le hachage, jamais avant : le sel sur la viande crue en attente commence à dissoudre les protéines et rend la farce collante.
Trente secondes de mélange, pas une de plus. C'est l'inverse d'une saucisse en boyau, qu'on pétrit deux minutes pour qu'elle se lie et ne s'émiette pas. Ici, on cherche justement le contraire : une farce qui reste aérée et friable sous la fourchette. Un mélange trop long dissout les protéines de surface, la farce devient élastique, et les boulettes rebondissent au lieu de fondre.
La boulette témoin, qui évite tous les regrets. On ne goûte pas de la viande de porc crue. On aplatit donc une cuillerée de farce et on la poêle deux minutes par face, puis on goûte : c'est le seul moment où l'assaisonnement peut encore être corrigé. Ce réflexe de charcutier prend cinq minutes et sauve un chou farci entier, qu'on ne peut plus rattraper une fois roulé et mis au four.
Les cinq usages, et ce qu'ils changent. Les tomates et les courgettes farcies demandent un peu de riz cru ou de mie de pain trempée, qui boit le jus. Le chou farci se contente de la farce nature. Les boulettes gagnent un œuf, qui les tient. La sauce tomate à la viande se fait avec la farce émiettée à la poêle et bien colorée. Et la farce à volaille reçoit le foie de la bête, haché avec le reste.
Vingt-quatre heures, et pas plus. Une farce crue est une viande hachée : sa surface d'exposition est immense et elle s'altère vite. Au réfrigérateur, à 4 °C et filmée au contact, elle tient une journée. Au-delà, elle grise et prend une odeur aigre. La congélation en portions de deux cent cinquante grammes, à plat dans un sachet, la garde trois mois et permet de n'en sortir que ce qu'on utilise.
Ce qu'on y met, et ce qu'on n'y met pas. Ail, persil, quatre-épices, muscade, thym, un peu de vin blanc : tout cela appartient à la tradition. En revanche, pas de chapelure ni d'œuf dans la farce de base, qui doivent rester le choix du plat final. Et surtout pas de sel nitrité, réservé aux préparations qui sèchent ou qui se conservent longtemps, ce qui n'est jamais le cas ici.
Préparation pas à pas
Épaule et poitrine parées, débarrassées des nerfs et de la couenne, coupées en cubes de 3 cm ⏱️ 12 min
Les nerfs bloquent la grille et remontent en filaments.
Cubes étalés sur un plateau, au congélateur 45 min, avec la vis, la grille et le couteau du hachoir ⏱️ 45 min
Tout doit être à 2 °C : un gras tiède s'étale au lieu de se couper.
Ail dégermé et haché très fin, persil effeuillé et haché au couteau ⏱️ 5 min
Jamais de presse-ail, dont le jus fermente dans la farce.
Hachoir monté, cubes passés à la grille de 8 mm dans un saladier posé sur de la glace ⏱️ 8 min
8 mm : plus fin, on obtient une pâte et non une farce.
Sel pesé, poivre, quatre-épices, muscade, ail et persil semés sur la viande hachée ⏱️ 2 min
16 g de sel par kilo, ni plus ni moins.
Vin blanc versé si l'on en met ; mélangée à la main 30 secondes, du bout des doigts ⏱️ 1 min
30 secondes : au-delà, la farce se lie et devient élastique.
Une petite boulette aplatie et poêlée 2 min par face ; goûtée ; sel et poivre rectifiés ⏱️ 5 min
On ne goûte jamais une farce crue.
Utilisée dans la journée, ou pesée en portions de 250 g et congelée à plat ⏱️ 5 min
Une farce crue se garde 24 heures au froid, pas davantage.
🍷 Le conseil du caviste
De la chair à saucisse maison, épaule et poitrine hachées à 8 mm, 16 g de sel au kilo, ail et persil, cuite en farce ou en boulettes.
Château La Rose Piney Saint-Émilion à 16 °C, le saint-émilion souple, sur le chou farci et les tomates farcies.
Château Les Farcies du Pech Pécharmant à 16 °C, le pécharmant structuré, quand la farce est très aillée et longuement cuite.
Bordeaux Château Tour de Biot Vieilles Vignes à 16 °C, le bordeaux de garde, sur une terrine ou un pâté en croûte.
Une farce de porc n'a presque jamais de caractère propre : c'est ce qu'on en fait qui décide du verre, et la règle simple est de suivre la cuisson plutôt que la viande ; une tomate farcie ou un chou farci, cuits deux heures avec leur jus, restent doux et légèrement sucrés, et demandent un rouge souple et fruité servi à 16 °C, dont les tanins fondus n'écrasent pas le légume ; dès que la farce est très aillée, poivrée et colorée à la poêle, comme dans des boulettes ou une sauce tomate à la viande, elle gagne en puissance et un rouge plus structuré, toujours à 16 °C, tient mieux la longueur ; une terrine ou un pâté en croûte, mangés froids et gras, appellent un rouge de garde à la trame plus serrée, qui coupe le gras ; un rouge très tannique et jeune, en revanche, se heurte au gras de porc et devient sec. C'est la règle des farces : le verre suit le plat, pas la viande. Le La Rose Piney, à 16 °C, est le verre des farcis ; les Farcies du Pech, à 16 °C, sur les boulettes ; et le Tour de Biot Vieilles Vignes, à 16 °C, sur la terrine.
À éviter : un rouge jeune et très tannique, que le gras de porc rend sec et métallique.
Les bouteilles de la cave
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Dépannage
La farce est sèche et grise
Pas assez de gras. Il en faut 30 % : 700 g d'épaule pour 300 g de poitrine fraîche, et surtout pas d'épaule seule.
C'est une pâte grasse, pas une farce
Viande tiède au hachage. 45 minutes au congélateur pour la viande et pour les pièces du hachoir, et un saladier posé sur de la glace.
Les boulettes rebondissent
Farce trop mélangée. 30 secondes du bout des doigts suffisent : au-delà, les protéines se lient et la farce devient élastique.
Ça rend beaucoup d'eau à la cuisson
Trop de gras, ou farce salée trop longtemps à l'avance. On sale après le hachage et on cuit dans la journée.
C'est fade
Sel sous-dosé. On pèse : 16 g par kilo. Et on poêle toujours une petite boulette témoin pour goûter avant d'utiliser le reste.
Des filaments bloquent la grille
Nerfs et aponévroses non retirés. On pare la viande au couteau avant de la couper en cubes de 3 cm.
Conservation & préparation anticipée
La farce crue se garde 24 heures au réfrigérateur à 4 °C, filmée au contact ; au-delà, elle grise et prend une odeur aigre.
Elle se congèle 3 mois, pesée en portions de 250 g et étalée à plat dans un sachet, et se décongèle une nuit au réfrigérateur, jamais à température ambiante.
Cuite, en boulettes ou en farce, elle se garde 3 jours au réfrigérateur et se réchauffe 15 min à 160 °C, couverte.
Ne jamais recongeler une farce décongelée, ni une viande qui a déjà été congelée avant d'être hachée.
Variantes
Le chou farci
Notre chou farci, le plat qui utilise cette farce nature, sans rien y ajouter.
Les courgettes farcies
Nos courgettes farcies, où un peu de riz cru vient boire le jus du légume.
Les saucisses maison
Nos saucisses maison, la même farce, mais poussée en boyau, avec ses trois chiffres.
La sauce tomate à la viande
400 g de farce émiettée à la poêle sans la remuer pendant 4 minutes, jusqu'à ce qu'elle colore franchement, puis un oignon, 2 boîtes de tomates et 40 minutes à petit feu : c'est la coloration de la farce, et elle seule, qui donne à cette sauce son goût de viande.
Questions fréquentes
Quelle viande pour la chair à saucisse ?
Du porc, et deux morceaux seulement : de l'épaule pour le maigre et de la poitrine fraîche pour le gras, dans un rapport de 700 g pour 300 g. C'est ce trente pour cent de gras qui fait toute la différence entre une farce moelleuse et une farce sèche. On peut remplacer l'épaule par de l'échine, un peu plus grasse, en réduisant alors la poitrine à 200 g.
Peut-on la faire sans hachoir ?
Oui, au couteau, et c'est même meilleur : deux grands couteaux et un hachage au fil, sur une viande bien froide, donnent une farce irrégulière très agréable. Le mixeur, lui, est à proscrire : ses lames écrasent au lieu de couper et la chaleur qu'elles dégagent fait fondre le gras en quelques secondes, ce qui donne une pâte grasse.
Combien de sel faut-il ?
Seize grammes par kilo, pesés. C'est la dose de la charcuterie : en dessous de quatorze la farce est fade, au-dessus de dix-huit elle vire au saucisson. Une pincée ne veut rien dire sur un kilo de viande. Et on sale après le hachage, jamais avant, parce que le sel sur une viande en attente dissout les protéines et rend la farce collante.
Combien de temps se garde-t-elle ?
Vingt-quatre heures au réfrigérateur à 4 °C, filmée au contact, et pas davantage : une viande hachée offre une surface immense et s'altère vite. Au-delà, elle grise et prend une odeur aigre. Congelée en portions de 250 g étalées à plat, elle tient trois mois et se décongèle une nuit au froid, jamais sur le plan de travail.
Faut-il ajouter un œuf ou de la chapelure ?
Pas dans la farce de base, qui doit rester nature pour servir à tout. C'est le plat final qui décide : un œuf dans les boulettes, pour qu'elles tiennent ; du riz cru ou de la mie trempée dans les tomates et les courgettes farcies, pour boire le jus ; rien du tout dans le chou farci. Une farce de base chargée d'avance ne sert plus qu'à un seul usage.
Quel vin servir avec ?
C'est le plat qui décide, jamais la viande, qui n'a pas de caractère propre. Une tomate ou un chou farci, longuement cuits et un peu sucrés, appellent un rouge souple et fruité à 16 °C. Des boulettes aillées et bien colorées supportent un rouge plus structuré, toujours à 16 °C. Une terrine froide demande un rouge de garde, qui coupe le gras. Pas de rouge jeune et très tannique.
On l'achète en barquette sans se demander ce qu'il y a dedans, et c'est dommage, parce que c'est la préparation la plus simple de toute la charcuterie : de la viande de porc hachée, du sel, du poivre, éventuellement un peu d'ail et de persil. Rien de plus. Faite à la maison, elle coûte moins cher, elle a du goût, et surtout on sait ce qu'on farcit. C'est la base d'une dizaine de plats du répertoire familial : tomates farcies, chou farci, courgettes farcies, boulettes, terrine, sauce tomate à la viande, pâté en croûte, farce à volaille.
Les ingrédients, pour 1 kg : 700 g d'épaule de porc ; 300 g de poitrine de porc fraîche ; 16 g de sel fin ; 3 g de poivre du moulin ; 2 gousses d'ail ; 1 petit bouquet de persil plat ; 1 pincée de quatre-épices ; 1 pincée de muscade ; 5 cl de vin blanc sec, facultatif.
La méthode : viandes parées, coupées en cubes de 3 cm, étalées sur un plateau et mises 45 minutes au congélateur avec les pièces du hachoir ; ail et persil hachés finement ; cubes passés à la grille de 8 mm, directement dans un saladier posé sur de la glace ; sel, poivre, épices, ail et persil ajoutés ; mélangée 30 secondes à la main, pas davantage ; une petite boulette poêlée pour goûter et rectifier ; utilisée le jour même ou congelée en portions.
Avant de partir
Les bouteilles que le caviste sert avec cette recette, en stock et prêtes à partir.
Dites le nombre de convives : l'assistant calcule les quantités à partir des doses de restaurant et propose des bouteilles de la cave, à panacher librement.