UNE CASSEROLE HAUTE, JUSTE À LA TAILLE DES 6 POMMES (L'OUTIL DU PLAT : serrées, elles sont couvertes de vin avec une seule bouteille)
un vide-pomme ou un couteau d'office (le trognon retiré par le dessous, la pomme reste entière)
un économe (les pommes pelées, le zeste en ruban)
un papier cuisson découpé au diamètre (posé sur le vin, il garde les pommes immergées)
une écumoire (les pommes sorties sans les casser)
un plat creux (les pommes et leur sirop, au frais une nuit)
👨🍳 L'astuce du chef
Une pomme qui tient. Tout est là : une golden ou une gala fond en compote dans le vin ; une reinette grise du Canada, une belle de Boskoop, une chanteclerc, une reine des reinettes, fermes et acidulées, cuisent 25 minutes et restent entières, avec une chair qui boit le vin sans s'effondrer. Les mêmes que pour la tarte Tatin. Des pommes moyennes, toutes de la même taille, pour cuire ensemble.
Pelées, entières, évidées par le dessous. La peau retirée, sinon le vin ne colore pas ; le trognon retiré par le dessous au vide-pomme, en s'arrêtant avant de percer le haut, et la queue gardée : la pomme reste entière, se tient debout, et se sert comme une poire au vin. Les pommes pelées noircissent vite : dans le vin tout de suite, ou dans de l'eau citronnée en attendant.
Le vin du dessert est un vin qu'on boirait. Un vin bouchonné, éventé ou de mauvaise qualité donne un dessert bouchonné, éventé, mauvais : le sucre ne cache rien, il concentre. Pas besoin d'un grand vin, mais d'un rouge jeune, fruité, coloré, sans bois, celui qu'on servira à table, un merlot ou un malbec du Sud-Ouest ; un vin boisé donne un goût de planche, un vin tannique une âpreté que le sucre ne corrige pas.
Une bouteille, une casserole serrée. 75 cl pour six pommes, dans une casserole haute où elles tiennent debout et serrées : le vin les couvre, et on n'a pas à en mettre deux bouteilles. Un papier cuisson découpé au diamètre et posé sur le vin garde les pommes immergées, sinon le dessus reste pâle.
Le sucre et les épices, d'abord infusés. 120 g de sucre pour 75 cl, cannelle, anis étoilé, poivre, girofle, zeste d'orange, vanille : les épices du vin chaud, qui vont à la pomme comme à rien d'autre, portées à frémissement 5 minutes avant les pommes pour parfumer le vin. Le sucre aide aussi la pomme à se tenir.
Frémir, jamais bouillir. C'est la règle des fruits pochés : un frémissement, quelques bulles qui montent, 25 minutes. À l'ébullition, la pomme éclate, se fend, et perd sa forme. Retournées une fois à mi-temps, à la cuillère, sans les piquer.
Le test du couteau. La pointe d'un couteau entre dans la pomme sans résistance, mais la pomme se tient quand on la soulève : c'est cuit. Une reinette demande 25 minutes ; une pomme plus petite ou plus mûre, 20. On goûte le vin : il doit être doux, épicé, et déjà parfumé de pomme.
La nuit dans le vin. C'est ce qui fait la différence entre une pomme rose en surface et une pomme rouge jusqu'au cœur : refroidies dans leur vin, casserole couverte, puis une nuit au réfrigérateur, toujours dans le vin. Le lendemain, elles sont rubis, parfumées, et fermes. On les fait donc la veille, ce qui est le luxe de ce dessert.
Le sirop, réduit de moitié. Le vin filtré des épices et réduit à feu vif, 10 minutes, jusqu'à ce qu'il nappe la cuillère : un sirop sombre, brillant, épicé, qu'on verse sur les pommes. Trop réduit, il devient caramel ; pas assez, il coule. On s'arrête quand il ride sur une assiette froide.
Comment on les sert. Une pomme par personne, debout, deux cuillères de sirop, et à côté de la crème fouettée, une boule de glace vanille, une cuillère de mascarpone, ou un riz au lait, le blanc contre le rouge. Ou coupées en deux et posées sur une tranche de pain d'épices. Tièdes ou froides, les deux sont bonnes ; jamais chaudes, le sirop coule.
Les autres fruits. Les poires, bien sûr, 20 minutes ; les coings, 45 minutes, le plus beau des fruits au vin ; les pêches, 8 minutes ; les pruneaux, 10 minutes, sans sucre ou presque ; les figues, 5 minutes. Le même vin, les mêmes épices, seul le temps change.
Les pommes au vin rouge boivent le vin de la casserole, ou un moelleux. La règle des desserts au vin : on boit ce qu'on a versé. Le même rouge jeune et fruité, servi à 14 °C, le verre de la tradition ; un moelleux du Sud-Ouest, dont le sucre rejoint celui du sirop et dont le miel rejoint les épices ; ou des bulles demi-sèches. Pas de blanc sec, aigre sur le sucre ; pas de rouge boisé, lourd sur la pomme.
Préparation pas à pas
Vin, sucre, cannelle, anis, poivre, girofle, zeste et vanille fendue dans la casserole ; porté à frémissement ; 5 min d'infusion ⏱️ 8 min
Le vin s'épice avant les pommes.
Pommes pelées entières, la queue gardée ; trognon retiré par le dessous au vide-pomme, sans percer le haut ⏱️ 8 min
Entières et pelées : la chair boit le vin.
Pommes plongées dans le vin frémissant, debout, serrées ; papier cuisson posé dessus ⏱️ 1 min
Le papier les garde sous le vin.
25 min à frémissement, jamais à ébullition ; retournées délicatement à mi-temps ⏱️ 25 min
Frémir, pas bouillir : une pomme qui bout éclate.
Test : la pointe d'un couteau entre sans résistance mais la pomme se tient ; feu coupé ⏱️ 1 min
Tendre, entière.
Refroidies dans le vin, casserole couverte ; puis une nuit au réfrigérateur, dans le vin ⏱️ 12 h
La nuit dans le vin : c'est elle qui fait le rouge jusqu'au cœur.
Pommes sorties à l'écumoire ; vin filtré, réduit de moitié à feu vif, 10 min, jusqu'à napper ⏱️ 12 min
Un sirop sombre et brillant.
Pommes nappées de sirop ; servies froides ou tièdes, avec crème fouettée, glace ou riz au lait ⏱️ 3 min
Une pomme, deux cuillères de sirop.
🍷 Le conseil du caviste
Des pommes pochées au vin rouge, entières, rouges jusqu'au cœur après une nuit dans le vin épicé, nappées de leur sirop.
Bordeaux Château Tour de Biot Vieilles Vignes à 14 °C, le bordeaux de vieilles vignes, coloré et fruité, celui de la casserole et du verre.
Château Moulin Caresse La Frangine Moelleux à 8 °C, le moelleux léger, sur les pommes au vin servies avec la crème fouettée ou le riz au lait.
Tour du Roy Demi-Sec Crémant de Bordeaux à 7 °C, les bulles demi-sèches, sur les pommes au vin du dessert de Noël.
Les pommes au vin rouge boivent le vin de la casserole, ou un moelleux : c'est la règle des desserts au vin, on boit ce qu'on a versé, et une pomme pochée dans un bordeaux boit un bordeaux, le même, jeune, fruité, coloré, servi à 14 °C, dont le fruit se retrouve concentré dans le sirop et dont les tanins sont adoucis par le sucre et la cannelle, le verre de la tradition des pays de vigne ; un moelleux du Sud-Ouest, dont le sucre rejoint celui du sirop, dont le miel rejoint les épices et dont l'acidité passe la crème fouettée ou le riz au lait ; ou des bulles demi-sèches, dont le sucre et la fraîcheur font le dessert de fête ; un blanc sec est aigre sur le sucre, et un rouge boisé ou tannique est lourd sur la pomme. C'est la règle des fruits pochés au vin : la bouteille de la casserole, ou du sucre en face du sucre. Le Tour de Biot Vieilles Vignes, un bordeaux coloré et fruité, à 14 °C, est celui de la casserole et du verre ; la Frangine moelleux de Moulin Caresse, légère, à 8 °C, sur les pommes au vin avec la crème ou le riz au lait ; et le Tour du Roy demi-sec, un crémant de Bordeaux, à 7 °C, sur les pommes au vin du dessert de Noël. La règle des pommes au vin : une bouteille dans la casserole, et le sucre ou le fruit dans le verre.
À éviter : un blanc sec, aigre sur le sucre, et un rouge boisé ou tannique, lourd sur la pomme.
Les bouteilles de la cave
La sélection du caviste pour cette recette, en stock.
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Dépannage
Les pommes ont éclaté ou fondu
Pomme à compote, ou ébullition. Une reinette ou une Boskoop, et un frémissement, jamais une ébullition.
Elles sont roses dehors et blanches dedans
Pas de nuit dans le vin, ou pas immergées. Le papier cuisson sur le vin, et une nuit au frais dans le vin.
Elles sont encore dures
Pommes trop grosses ou trop fermes. 5 à 10 minutes de plus, le test du couteau.
Le sirop est trop liquide
Pas assez réduit. De moitié, à feu vif, jusqu'à napper ; il épaissit encore en refroidissant.
C'est âpre, ça râpe
Vin trop tannique ou boisé. Un rouge jeune, fruité, souple ; une cuillère de sucre de plus arrondit, et une nuit de macération adoucit.
Un goût bizarre, de bouchon ou de moisi
Le vin l'avait. On goûte le vin avant de le verser, toujours ; un vin bouchonné va à l'évier, pas dans le dessert.
Conservation & préparation anticipée
Les pommes au vin se gardent 5 jours au réfrigérateur dans leur sirop, et sont meilleures du deuxième au quatrième jour, plus rouges et plus parfumées.
Le sirop restant se garde 2 semaines au frais : sur une glace, un riz au lait, un fromage blanc, ou pour pocher d'autres pommes.
Elles se font la veille, c'est même la règle.
Elles se congèlent 2 mois dans leur sirop, un peu plus molles au retour.
Variantes
Les poires pochées au vin rouge
Nos poires pochées au vin rouge, le dessert au vin de référence, le sirop épicé et le fruit qui prend la couleur.
Les pommes au four
Nos pommes au four, la version sans vin, au beurre et au sucre, pour comparer.
La tarte Tatin
Notre tarte Tatin, faite avec les mêmes reinettes, l'autre grand dessert de pommes.
Les coings pochés au vin rouge
Trois coings pelés et coupés en quartiers, le cœur retiré, pochés 45 minutes dans le même vin épicé, refroidis une nuit : ils deviennent rouge grenat, translucides, parfumés comme rien d'autre, le plus beau des fruits au vin ; ils se boivent avec un liquoreux du Sud-Ouest.
Questions fréquentes
Quelles pommes choisir ?
Des pommes à chair ferme et acidulée, qui tiennent la cuisson : la reinette grise du Canada, la belle de Boskoop, la chanteclerc, la reine des reinettes, les mêmes que pour la Tatin. Une golden, une gala ou une pink lady fondent en compote dans le vin. Des pommes moyennes, toutes de la même taille, pour cuire ensemble en 25 minutes.
Pourquoi une nuit dans le vin ?
Parce que la couleur ne se prend pas à la cuisson mais au refroidissement : une pomme pochée 25 minutes est rose en surface ; après une nuit immergée dans son vin au réfrigérateur, elle est rubis jusqu'au cœur, plus parfumée, et plus ferme. C'est ce qui rend ce dessert précieux : il se fait la veille, et le jour même il ne reste que le sirop à réduire.
Peut-on les faire sans épices ?
Oui, avec seulement le sucre et un zeste d'orange, ou une gousse de vanille : les pommes goûtent alors surtout le vin et le fruit, plus sobres. Les épices du vin chaud, cannelle, anis étoilé, girofle, poivre, sont la tradition et vont à la pomme comme à rien d'autre, mais on peut n'en garder qu'une. Une branche de romarin ou de thym donne une version plus sauvage.
Avec quoi les servir ?
Debout, nappées de sirop, avec à côté du blanc contre le rouge : crème fouettée, glace vanille, mascarpone, fromage blanc, ou un riz au lait, l'accord des dimanches d'hiver. Coupées en deux sur une tranche de pain d'épices. Ou, en salé, une demi-pomme au vin avec un boudin noir, un rôti de porc, une pintade, un gibier.
Quel vin rouge utiliser ?
Un rouge jeune, fruité, coloré, souple, sans bois : un merlot de Bergerac ou de Bordeaux, un malbec, un gamay. Le sucre concentre le goût du vin, ses qualités comme ses défauts : un vin boisé sent la planche, un vin tannique râpe, un vin bouchonné gâche tout. Pas besoin d'un grand vin, qui serait perdu sous le sucre ; le fond d'une bonne bouteille de table suffit, et la même bouteille se boit avec.
Quel vin servir avec ?
Le vin de la casserole, ou son cousin : un bordeaux rouge coloré et fruité, à 14 °C, le verre de la tradition. Ou du sucre en face du sucre : un moelleux du Sud-Ouest à 8 °C avec la crème ou le riz au lait, des bulles demi-sèches à 7 °C pour Noël. Pas de blanc sec, aigre sur le sucre, ni de rouge boisé.
Les poires au vin sont célèbres, les pommes au vin sont oubliées, et c'est injuste : une reinette pochée dans le vin rouge épicé prend la même robe rubis, garde plus de tenue, coûte trois fois moins et se trouve toute l'année. C'est le dessert des dimanches d'hiver dans les campagnes de vignes, de la Bourgogne au Bergeracois, et il se fait la veille, ce qui le rend précieux : le jour J, il n'y a plus qu'à réduire le sirop.
Les ingrédients, pour 6 : 6 pommes à chair ferme, reinettes grises, belles de Boskoop, chanteclerc ; 75 cl de vin rouge jeune, fruité, coloré, une bouteille ; 120 g de sucre ; 1 bâton de cannelle ; 2 anis étoilés ; le zeste d'une orange en ruban ; 4 grains de poivre ; 1 clou de girofle ; 1 gousse de vanille, facultative ; et, pour servir, de la crème fouettée, de la glace vanille ou du riz au lait.
La méthode : vin, sucre, épices et zeste portés à frémissement dans une casserole juste à la taille ; pommes pelées entières, le trognon retiré par le dessous, plongées ; 25 minutes à frémissement, retournées à mi-temps ; refroidies dans le vin, une nuit au frais ; pommes sorties, sirop réduit de moitié, versé dessus ; servies froides ou tièdes.
Avant de partir
Les bouteilles que le caviste sert avec cette recette, en stock et prêtes à partir.
Dites le nombre de convives : l'assistant calcule les quantités à partir des doses de restaurant et propose des bouteilles de la cave, à panacher librement.